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28/01/2012

Luang Prabang, reine des saveurs

La Libre, Momento, Escapade, Laos, Luang PrabangResplendissante, authentique et fragile, l’ancienne cité-Etat sublime l’afflux de touristes, dont elle est victime, pour conserver un charme intemporel et plonger les visiteurs dans un irrésistible état d’apaisement.

Découverte: Valentin Dauchot


PLUSIEURS CENTAINES DE mètres en amont de la ville, surgit une sensation étrange. Comme un changement d’atmosphère, un effluve chaleureux qui se propage sur le Mékong et annonce aux passagers de l’embarcation l’arrivée imminente dans un univers féerique. Puis, viennent les couleurs, les centaines d’arbres en floraison, les bâtisses coloniales et les ruelles brunâtres, d’où s’échappent les toits dorés des temples et les tuniques safran des moines. En l’espace d’une minute, la trentaine de touristes, étourdis par deux jours de navigation, basculent dans un monde à part, et embarquent leurs sacs à dos pour sauter sur le rivage. La nuit n’est pas encore tombée que des centaines de tentes se dressent déjà dans la rue principale et invitent à la flânerie avant même d’avoir déposé ses bagages. Le marché de nuit a pris ses quartiers et constitue l’une des attractions les plus prisées de la ville, où Akha, Hmong, Lisu et autres ethnies viennent tous les soirs des montagnes environnantes pour vendre des confections locales, dont le faible coût a quelque peu évincé la qualité du tissu. Qu’à cela ne tienne, les vendeurs viennent réellement des villages du Nord, et il serait dommage de ne pas se laisser tenter par les innombrables pantalons, T-shirts et lampes artisanales majoritairement fabriqués à la main.

Aux couleurs, viennent s’ajouter la lumière et les dizaines de lampions disséminés, ci et là, qui donnent à la rue une magnifique tonalité pastel. Il vous faudra batailler avec les touristes pour vous frayer un passage et exhiber vos jambes pour essayer un pantalon, mais l’ensemble est séduisant et l’effet garanti. On ne vient d’ailleurs pas à Luang Prabang pour passer d’un site à l’autre entre deux pauses déjeuner. Outre le palais royal, le mont Phu Si, les temples et quelques grottes, rien ne se visite avec un guide, mais tout se regarde et s’apprécie. La plupart des visiteurs viennent pour deux jours, et repartent à contre-cœur une semaine plus tard, imprégnés de cet univers unique pour le Sud-Est asiatique.

La Libre, Momento, Escapade, Laos, Luang PrabangDans le centre, les vestiges coloniaux, hérités de la protection française “offerte” en 1887, côtoient maisons traditionnelles et quartiers pauvres, où vivent la majorité des habitants. C’est l’une des forces du Laos, le visiteur de base étant relativement fainéant, il suffit de se tenir à l’écart des activités proposées en agences et de s’éloigner de quelques kilomètres, pour découvrir des quartiers contemporains et boire une bière, le seul produit que l’on trouve frais absolument partout, avec des Laotiens. Au-delà, ce sont les montagnes. Elles entourent la ville et illustrent la richesse naturelle des lieux qui se contemplent du haut du mont Phu Si, avant de redescendre vers l’école bouddhiste. Pas de quoi trouver son moi intérieur, mais l’occasion d’appréhender un peu mieux le culte et la pratique de cette religion si attirante, souvent mal comprise par les Occidentaux qui mélangent prière, méditation, karma et relaxation.

Pour la relaxation, d’ailleurs, il y a plus simple : une après-midi de détente dans l’un des trois centres de massage, suivie par un repas-dégustation en bordure de fleuve. Fuyez l’artère principale et ses restaurants consensuels aux cartes bêtement occidentales, et préférez des établissements tout proches, où la cuisine locale s’illustre dans des menus-dégustation très démocratiques comme au “Tamarind”. Riz gluant, poisson grillé, pousses de bambou et viande séchée y sont savamment épicés, pour ajouter à des produits typiques une finesse agréable.

De son côté, le voyageur solitaire préférera les buffets de rue ! Une autre spécialité de Luang Prabang où d’excellents plats laotiens, comme la soupe de bambou, la viande émincée ou les grillades en tous genres, sont servis sur des grandes tables communautaires, dans une ambiance un brin surréaliste. Chacun s’installe et discute en pleine rue, avec des congénères venus du monde entier. Pas la panacée pour rencontrer des Laotiens, mais l’endroit idéal pour vider des quantités industrielles de Beerlao, avant de rentrer en titubant. Pas trop de risques de se faire écraser, le centre de la ville est interdit aux bus et aux camions depuis son classement au patrimoine mondial de l’Unesco en 1995, mais une certaine probabilité de ne pas retrouver son logement, toute source de lumière étant coupée dès 23h.

Quelques heures plus tard, les moins sensibles aux effets secondaires de la Beerlao s’engouffreront avec joie dans le marché matinal où s’échangent ananas frais, café et… baguette à la confiture, deuxième héritage de la période coloniale. Les autres traverseront le Mékong dans un radeau de fortune pour accéder à une merveille absolue. Deux ou trois adresses aérées et parfaitement intégrées dans la nature, qui disposent des tables basses entourées de coussins. Vautré à même le sol, cocktail à la main avec une vue imprenable sur le fleuve, le voyageur se prélasse, lit et observe au ralenti tout ce qui se passe autour de lui pendant des heures. Difficile de décoller, mais personne ne vous le demande ! Il ne reste plus qu’à aller flâner en ville pour terminer la journée, avant de faire ses bagages, et de découvrir d’autres merveilles du Laos à moins d’une journée de route.


Ph.: M.-A.G.

Commentaires

Mon fils, qui en revient, est moins enthousiaste. Il m'écrit :
"Le marche de nuit est uniquement pour touristes, et tous les produits sont fabriqués au meme endroit (et beaucoup par des machines), car ils sont tous pareils, avec peu d'originalite.

Les buffets de rue ne m'en parle pas. C'est principalement de la nourriture Thai bon marche qui n'a rien avoir avec la cuisine locale, et on se fait engueuler si on s'assied è la mauvaise table. Bref, j'aime bien Luang Prabang, mais c'est pas le paradis non plus.

Écrit par : Grunchard | 05/02/2012

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