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04/02/2012

"Les politiques se servent des journalistes"

La Libre, Momento, Derrière l'écran, BorgenInspiré par “The West Wing”, série politique modèle, Adam Price a imaginé “Borgen”, récit de l’accession au pouvoir d’une femme politique. Une série réaliste qui, comme “The Killing”, impose le label de qualité danois à travers le monde. Dix épisodes, une leçon de politique bluffante, à suivre sur Arte, jeudi à 20 h 35.

Entretien: Virginie Roussel, correspondante à Paris


ADAM PRICE, AIGUILLONNÉ PAR “THE WEST Wing” et les problématiques de notre modèle démocratique occidental, a tricoté le scénario de “Borgen” à partir de faits réels, avec deux autres auteurs. Il a rencontré des “spin doctors”, ces fameux conseillers en communication, des politiques et des journalistes. Et il a choisi Sidse Babett Knudsen, “une grande actrice, très populaire, un nouveau visage à la télé”, pour incarner le Premier ministre danois. Sidse Babett Knudsen, héroïne captivante, très éloignée du genre télévisé qu’elle ne regarde jamais, a aussi découvert le jeu des médias et de la politique. Formée au métier de comédienne de théâtre à Paris, où elle a vécu 5 ans, elle voulait connaître la bohème, être artiste et revenir au Danemark avec une formation différente.

Vous qui jouez exclusivement au théâtre et au cinéma, pourquoi avoir accepté ce rôle à la télé ?
Au départ, je ne me sentais pas prête. Mais Adam m’a convaincue de regarder ce que fait aujourd’hui la télé. Il m’a donné les DVD des “Soprano” et les sept saisons de “The West Wing”. Je les ai dévorées au rythme de 4 à 5 heures par jour. C’était boulimique ! Quand on m’a appelée pour le casting, je n’avais jamais joué de personnage autoritaire. J’étais cantonné au registre des émotions, dans des drames ou des comédies. Je suis allé au casting pour jouer une femme de pouvoir. Et ça a marché.

De qui vous êtes-vous inspiré ?
Un acteur de télé qui a l’expérience des séries m’a dit de ne pas trop jouer le personnage, au départ. Parce qu’on ne sait jamais ce qui va se passer ensuite. Dans les deux premiers épisodes, je me suis servi de moi, de ma façon de parler, de marcher. Mon personnage est d’abord un être humain qui essaie de faire de son mieux, au sein de sa famille et qui, ensuite, accède au pouvoir. Nous nous sommes un peu inspirés du règne d’Elizabeth pour jouer cette évolution. Et puis, j’ai rencontré d’autres ministres femmes dont je tairai le nom. C’est le deal ! J’ai fait mes recherches à Borgen, j’ai suivi des meetings, des conférences de presse, j’ai regardé comment les hommes se comportaient. Ce sont des esprits particulièrement agiles et rapides. Sitôt informés, ils s’expriment de façon politique. C’est fascinant !

Adam Price vous a également permis de façonner votre personnage.
“Borgen” est écrit par trois hommes. Et ils ne saisissaient pas toujours certaines réactions féminines. Mon personnage était un peu “passif-agressif”, manipulateur. Je leur ai dit qu’ainsi, on n’allait pas l’aimer. Je les ai convaincus qu’il fallait qu’elle soit responsable de ce qu’elle faisait. C’est intéressant de voir quelqu’un de responsable au point de se perdre complètement plutôt que de le regarder pleurer tout le temps.

Le Premier ministre danois élu il y a quelque mois est une femme. La série a-t-elle influencé le vote ?
C’est impossible de ne pas faire un parallèle. Mais je ne le crois pas. Je ne l’espère pas. Ça me fait un peu peur de penser que les gens peuvent être autant influencés par la télé.

Le parti politique proche du centre-gauche que vous dirigez dans “Borgen” n’existe pas au Danemark…
Tous les partis politiques sont imaginaires. Les noms de pays sont inventés, aussi. Adam a choisi consciemment de ne pas me faire ressembler à un personnage-type. La chaîne a pris des précautions pour éviter les critiques du genre : “Encore une série gauchiste !

Votre regard sur la politique a-t-il changé, depuis ?
Aujourd’hui, je vois le jeu des politiques. J’ai l’impression de comprendre ce qui se passe. Je suis davantage consciente de la manière dont tout est présenté par les médias. Et ça, c’est important. J’ignorais à quel point les politiques se servent des journalistes pour changer le “focus”, pour détourner l’attention sur un détail. J’ai envie de dire aux gens : soyez plus critiques, cherchez les vraies infos et ne vous perdez pas dans les ragots !


Ph.: Arte

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