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04/02/2012

Megaupload, récit d'une fin burlesque

La Libre, Momento, Pixels, Megaupload, fin, fermeture, Kim DotcomAvec la fermeture de Megaupload, le Web du Direct Download a vécu l’épisode le plus épique de sa courte histoire. Retour sur des péripéties dignes d’un film hollywoodien.

Récit: Michi-Hiro Tamaï


IL Y A D’ABORD CES IMAGES, à peine croyables, où Kim Dotcom (1), le patron déchu de Megaupload, défile dans un slideshow publié sur Vimeo. Une encyclopédie des clichés du nouveau riche où yacht pharaonique, hélico fluo, jet privé en cuir et soirées dégoulinantes de bimbos bling bling/douchebags s’entassent. Sur chaque instantané doré, Kim prend la pose et pointe du doigt ses jouets ridicules.

Les acteurs entourant la secousse tellurique qu’a provoquée la chute, il y a deux semaines, de l’ennemi public numéro un du Net, alignent d’ailleurs des profils caricaturaux. De quoi emballer un long métrage plus épicé que le récent Social Network de David Fincher. Une sorte de Fargo des frères Cohen, où les bad guys n’existent pas vraiment. Juste un chaos rocambolesque et des protagonistes maladroits.

On racontera plus tard dans les chaumières que l’Internet post-Megaupload est né fin 2011. Quelques semaines avant la fermeture de ses serveurs par le FBI, Megaupload publiait ainsi la Mega Song sur Youtube. Ce énième camouflet médiatique sous forme de clip léché (175 000 dollars de budget à voir d’urgence sur Dailymotion) castait, notamment, Snoop Dogg, Kanye West, Chris Brown, Will.i.am et autres P. Diddy. Une prestation au ton forcé qui vantait les mérites d’un service dont le succès s’est nourri de piratage filmique, musical et vidéoludique depuis 2005.

De quoi énerver Universal Music qui obtient le retrait du clip par Youtube, 48 heures avant l’arrestation de Kim Dotcom en Nouvelle-Zélande. A l’autre bout du globe, Lamar S. Smith, un Texan républicain élevé au maïs, introduit, auprès du Congrès américain, un projet de loi baptisé SOPA (Stop Online Piracy Act). Accompagné du PIPA (Protect IP Act), sa loi “sœur”, le texte facilite la lutte contre le piratage, permettant aux USA de torpiller d’un clic tout site enfreignant un copyright.

Les hacktivistes d’Anonymous fulminent. Google, Wikipédia et d’autres références Web noircissent temporairement leur homepage. Une pression qui finit par reporter ces textes en vue d’un remaniement. 24h plus tard, Dotcom fête ses 37 ans avec ses proches à la Dotcom Mansion, manoir néo-zélandais à 18 millions d’euros. L’instant est idéal pour le coup de filet du FBI qui peut ainsi menotter le multimillionnaire, mais aussi quatre de ses collaborateurs, au terme d’une course-poursuite qui se conclut dans la panic room de Dotcom.

Les tentaculaires Anonymous n’y tiennent plus et ripostent en bloquant l’accès de sites symboliques de l’affaire, du département américain de la justice au FBI. L’action a plus valeur de sitting que de destruction. En attendant, ces cyberpunks libertaires prennent le parti d’un business man mégalomane adepte de délits d’initié. Pas certain que l’initiative fasse l’unanimité dans leurs rangs…

Hollywoodienne, cette affaire sonne la dernière séance pour les adeptes de séries et films en streaming ou en téléchargement direct. D’autres sites concurrents, apeurés par ce coup de filet inattendu, limitent depuis lors les fonctions de partage de fichiers et nettoient en profondeur leurs serveurs. Parmi les plus connus, Fileserve et sa galaxie de sites (Uploadstation, Filejungle…). Mediafire et Rapidshare tiennent toujours bon. Mais pour combien de temps ?

(1) Né Kim Schmitz.


Dégâts collatéraux

En pratique, le DDL, ou Direct Download, a vulgarisé le piratage. Face au Peer 2 Peer qui demandait un minimum de notions techniques, un seul clic suffit. Les non-initiés regardent un film en direct ou le téléchargent, le tout en moins de dix minutes, contre une semaine avec l’ancienne méthode ! Clef de voûte de cet écosystème : un système de rémunération monétaire pour les personnes mettant des films à disposition des internautes. Si on ne pleurera pas le sort des fraudeurs cinéphiles et accros de séries, ce coup dur pour le DDL menace le VHS Rip, un de ses phénomènes connexes les plus intéressants. Soit la numérisation et le partage sur le Net de films cassettes jamais édités en DVD. Parmi les nombreux blogs (“Video Party Massacre”, “Cinema of The World”, “Horreur VHS Collector”...), jouant aux cinémathèques de la dernière chance, “Les Introuvables” le plus connu d’entre eux a fermé boutique. Who’s Next ?

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