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11/02/2012

Et 20 ans de plus dans la vue et dans le corps!

La Libre, Momento, Bien-être, vieillissement, dans la peau d'un senior, age simulatorPour développer leurs produits spécifiquement destinés aux personnes âgées ou à mobilité réduite, certaines firmes recourent à une combinaison de simulation du vieillissement. Age Simulator est son nom. Testée pour vous...

Expérience: Laurence Dardenne


PRENDRE VINGT ANS DE PLUS en moins de vingt minutes. Enfiler une combinaison et ses multiples accessoires, et se glisser aussitôt dans la peau d’un senior, avec tout ce que cela peut impliquer. Dans son imagination, dans un premier temps. Et puis, y passer – en vrai – et se rendre compte qu’avec le nombre des années, oui, tout est effectivement plus lourd ou plus pesant, plus lent, plus pénible, plus compliqué… S’apercevoir que l’amplitude des mouvements s’avère indéniablement limitée, diminuée.
C’est l’expérience – tentante quoiqu’un tantinet angoissante – qu’il nous a été proposé de vivre.

Spécialiste en élévateurs et ascenseurs d’escaliers, la firme ThyssenKrupp Encasa recourt, en effet, à une combinaison troisième âge, baptisée Age Simulator, pour développer ses produits. Comme son nom l’indique à suffisance, le concept paraît évident : il s’agit de simuler l’état de vieillesse ou le vieillissement. En d’autres mots : se mettre de façon aussi proche que possible de la situation que vit une personne âgée ou de toute personne à mobilité réduite, qu’elle soit infirme moteur cérébral, handicapée, amputée, souffrant de fibromyalgie, d’insuffisance cardiaque, d’un cancer, de sclérose en plaques, d’arthrose… afin de simuler ses mouvements.

L’outil en question a effectivement été créé pour aider les entreprises – mais pas seulement (voir par ailleurs) – à concevoir des produits adaptés aux personnes âgées, que ce soit dans les secteurs de l’automobile, de l’ergonomie, de l’architecture, des nouvelles technologies, ou autres… “En plus de faire tester les  prototypes dans nos laboratoires par des personnes âgées, cette combinaison nous permet de faire des mises en situation avec nos chercheurs, nos ingénieurs, nos concepteurs, en collant au plus près de la réalité quotidienne de nos clients, afin de pouvoir développer des produits garantissant une sécurité maximale”, nous explique la responsable marketing et communication de la société.

Ce jour-là, c’est Juliette (68 ans) et Pierre (80 ans) qui nous accueillent. Eux, ce sont de “vrais” seniors qui savent que l’on n’a plus tous les jours vingt ans, même si “c’est dans la tête que tout se passe”, nous dit d’un clin d’œil la petite dame  coquette. Cinquante-six ans de vie commune pour ce couple bruxellois tout en tendresse, qui commence à sentir  – certains jours plus que d’autres – le poids du temps. Pas de gros tracas de santé, “<i>parfois un peu de mal à monter les escaliers, le soir, à  cause du cœur, doit admettre Juliette, avant de s’empresser d’ajouter, mais  il y a des jours où on voltige encore. Faut pas se plaindre”.

De nous voir enfiler le harnachement, elle rit. “C’est comique. Et c’est joli, en plus!” Comique, oui, certainement. Joli ? Question de point de vue. Une salopette bleue – genre mécano – et par-dessus, des attelles au niveau des genoux et des mollets, puis des avant-bras. On commence doucettement à se sentir engoncée. Lourde, aussi. Surtout lorsque l’on nous passe, par-dessus les épaules, une pesante brassière. Que toutes les orthèses nous paraissent alors légères. “Ce n’est pas tant le poids qui devrait être gênant que la limitation des mouvements”, nous précise alors un représentant de la firme.

Le coup de grâce, ce sera la pause de la minerve autour du cou. Là, oui, on se dit que, si c’est véritablement comme ça, il ne fera pas bon avoir vingt ans de plus. Sensation d’oppression. A côté de ça, les “gants” ou orthèses qui gênent les gestes de préhension, les lunettes jaunes que l’on nous invite à porter pour brouiller la vision et le casque sur les oreilles pour simuler une diminution de l’audition sont presque un plaisir. Quoique faire répéter trois fois à Pierre – qui ne s’appelle pas Jean-Pierre – son prénom devient gênant.

Equipé de pied en cap, tel Neil Armstrong qui a dû se sentir plus léger quand il a mis le pied sur la lune, nous voilà paré à faire quelques pas, quelques gestes anodins de la vie quotidienne comme porter un verre d’eau à la bouche et, tant que nous y sommes, tenter une première : une montée en ascenseur d’escaliers aimablement prêté par le couple bruxellois. D’abord, trouver la parade pour s’asseoir sur le siège, sous le regard d’une Juliette dont le sourire au coin de l’œil nous laisse penser qu’elle s’est glissée à son tour, sans peine, dans notre peau de “nouvelle vieille”... Puis, surtout, faire la manœuvre inverse : s’extraire sans entendre – la faute au casque – les  explications que l’on s’escrime à nous donner pour nous faciliter la tâche.

Ce n’est évidemment là qu’un petit aperçu, très réducteur, des difficultés qui peuvent se poser au quotidien pour toute personne âgée ou physiquement diminuée. Enfiler le simulateur du vieillissement une journée durant, se rendre en bus au magasin, prendre un repas et tout ce que l’on peut imaginer faire dans une journée, deux, trois journées, des années... aurait certainement amplifié cette sensation de perte de liberté que l’on n’est pas pressé d’endurer. Mais alors là, franchement pas pressé.


La Libre, Momento, Bien-être, vieillissement, dans la peau d'un senior, age simulatorPrécieux outil pour un service de gériatrie

Disponible en plusieurs modèles et coloris (!), selon qu’elle a été conçue par l’une ou l’autre université (aux Pays-Bas, en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis, au Japon…), la combinaison de simulation du vieillissement n’est pas réservée aux seules firmes commerciales amenées à concevoir des produits spécifiquement destinés à un public âgé ou à mobilité réduite.

Ainsi le service de gériatrie du CHU de Nancy en a-t-il fait l’acquisition. “Armés de cette combinaison qui vaut tous les discours théoriques, les plus jeunes peuvent ressentir le poids des années et les sensations d’une personne de plus de 80 ans”, dit-on là-bas.

Dans ce service, cette combinaison est utilisée principalement comme “un outil pédagogique et d’apprentissage permettant à des professionnels de la santé et à des étudiants de ressentir les difficultés rencontrées par une personne âgée dans la réalisation de gestes quotidiens (se relever d’une chaise, s’asseoir, manger, marcher, s’allonger…). Outre les difficultés physiques, les expérimentateurs peuvent ressentir un sentiment d’insécurité lorsqu’ils doivent monter ou descendre des escaliers, de la frustration et de l’irritation lorsqu’ils ne sont pas en mesure de plier les bras et les genoux librement, de l’anxiété et de la peur lorsqu’ils ne sont plus capables de se relever seul du sol, etc.”


Ph.: Alexis Haulot

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