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18/02/2012

Vignobles de l'extrême en bicolore

La Libre, Momento, Papilles, Vins, Val d'AosteFrancesco Delorenzi parcourt tous les hivers le Val d’Aoste à l’affût d’un cliché toujours en noir et blanc des pieds de vigne accrochés aux parois des montagnes à plus de 1 200 mètres d’altitude.

Mise en bouteille: Baudouin Havaux


NOIR ET BLANC NE SONT PAS les couleurs associées spontanément au vin ou aux vignobles. Francesco Delorenzi ne le voit de cet œil, lui qui parcourt tous les hivers, depuis plus de 50 ans, le Val d’Aoste et ses 14 vallées transversales à l’affût d’un cliché toujours en noir et blanc et exclusivement sur support argentique. A travers ses optiques Nikon, le photographe, aussi sensible que ses pellicules et toujours à la recherche d’émotions intenses et de sensations fortes, nous révèle des paysages de montagne enneigée dans un ouvrage intitulé : “La magie de la neige” (1). Pour Francesco, qui aime l’hiver plus que toute autre saison, parce que les autres saisons ne sont qu’une attente parfois pénible de l’hiver, le noir et blanc s’est imposé naturellement pour donner une vision singulière des vignobles de montage.

En vallée d’Aoste, la culture de la vigne remonte à la nuit des temps. Les pieds de vigne – accrochés aux parois des montagnes à plus de 1 200 mètres d’altitude, et retenus par des murs de pierre qui trouvent leur origine à l’époque romaine – illustrent la notion de vignobles de l’extrême. Ce n’est pas un hasard si un vieux dicton français affirme que la vigne doit souffrir pour donner le meilleur d’elle-même, et s’il est un lieu où elle souffre terriblement c’est bien sur les flancs escarpés de la vallée d’Aoste.

On recense trois types de vignes valdôtaines : tout d’abord, les tonnelles de vigne de la Basse Vallée (Pont-Saint-Martin), où la structure portante est soutenue par des piliers en pierre, légèrement coniques, parfois recouverts d’enduit, dont la hauteur peut dépasser deux mètres, puis les vignes en espalier de la zone centrale ( Chambave, Gresssan ou Charvensod) et enfuies, dans la Haute Vallée, surtout à Morgex, sous des tonnelles qui sont, cette fois, soutenues par des piquets en bois ou en pierre assez bas.

A la belle saison, la vigne luxuriante est soignée, mais à cause de la rigueur du climat, la vie végétative est limitée et, jouant avec la limite de la chute des neiges, la date des vendanges est repoussée à la marge. C’est en hiver, dans ces conditions naturelles extrêmes, que les vignes, complètement oubliées et souffrant de la rigueur extrême de la saison froide, deviennent les plus spectaculaires. A Morgex, en raison de l’altitude, le vignoble sombre totalement sous un épais manteau de neige, et, parfois, sous des avalanches qui sèment la destruction.

Les vins sont le reflet des particularités du vignoble de la plus petite région coincée dans le nord de l’Italie à l’ombre du mont Blanc contre les frontières de la Suisse et de la France. La Vallée d’Aoste couvre 23 catégories de vin dont les noms sont donnés en italien et en français, les deux langues officielles. Parmi eux, le Donnas et l’Enfer d’Arvier en rouge, de même que les blancs Morgex et La Salle. La production est très faible et pratiquement entièrement consommée localement par les habitants et les nombreux touristes de passage.

L’altitude donne aux vins beaucoup de fraîcheur, de la tension, des notes de fruits à baies rouges et noires, une bonne acidité et des degrés d’alcool plutôt bas. A noter également une production confidentielle de vin, issue de raisins passerillés, remarquable.

(1) La Magie de la neige, Francesco Delorenzi, Edition Le Château, Aoste.


DEGUSTATION

La cuvée “Rayon”, 2008, de la Cave du vin blanc de Morgex et de La Salle

Cette coopérative, reconnue pour la production de ses vins blancs, et qui se situe dans la partie haute de la vallée (la Valdigne), compte 90 membres et produit 150 000 bouteilles sur environ 20 ha; des vins blancs dont le célèbre Blanc de Morgex et de La Salle, méthode classique, brut et extrabrut, et le Chaudelune, un vin de glace rare et précieux. Sur les terres situées le long de la gauche orographique de la Doire Baltée, appartenant aux communes du mont Blanc, elle exploite principalement des cépages locaux, “francs de pieds”, c’est-à-dire que ce sont des plantes qui n’ont pas été touchées par le phylloxéra à la fin du XIXe siècle. Ces cépages locaux sont notamment le cornalin, le mayolet, le prié blanc et la petite arvine, dont Valdotains et Suisses se réclament l’ancienneté.

La cuvée “Rayon” est un 100 % prié blanc du biotype Blanc de Morgex et de La Salle, un cépage précoce, connu sous le nom d’Agostenga en Piémont et de Précoce vert à Madère. Il ne souffre pas trop du froid et certaines années, les vendanges se déroulent sous la neige. La couleur jaune paille tire sur le vert. Le nez est fin, délicat et fruité, avec des notes de fleurs et d’herbes de montagne, poire blanche, silex, amande et glycine. La bouche est sèche, légèrement pétillante et très délicate. On s’imagine en pleine montagne. Belle franchise, des notes de fleurs blanches, une bonne acidité, et une finale nette. Un degré alcoolique faible, 11,5 %. Un vin alerte qui réveille le palais !

Distribué par Septentrion “North Fine Wines”, le caviste spécialisé dans les vins septentrionaux, 26, rue Ernest Solvay, 1050 Ixelles. Tél : 02/514.94.98. www.northfinewines.com. Prix : 14,80 €.


Ph.: F.Delorenzi

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