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18/02/2012

Les Guignols ne sont ni de gauche, ni de droite

la libre,momento,derrière l'écran,les guignolsEntre le “Petit journal” de Yann Barthès et l’hyper-médiatisation de la nouvelle campagne présidentielle  française, les Guignols risquent-ils une extinction de voix ? Réplique des auteurs de cette institution de la satire politique qui attire encore plus de 3 millions de curieux en France. Et en semaine sur Be1 à 19h50.

Entretiens: Virginie Roussel, à Paris


QUAND ILS VISENT JUSTE, Les Guignols frappent fort. Et ça fait mal. Récemment, la marionnette de Rafael Nadal a dénoncé le dopage dans le sport espagnol. Un sketch qui n’aurait peut-être pas suscité l’ire du pays et du sportif s’il n’avait été précédé de la tribune de Yannick Noah intitulée “La potion magique”, dans “Le Monde” du 19 novembre dernier…
Les Guignols s’inscrivent dans la longue tradition française de la presse satirique. En 20 ans, le programme de Canal est devenu une institution. Mais d’autres se sont imposés, depuis : Yann Barthès et son “Petit Journal”, Nicolas Canteloup et ses imitations sur TFI, les humoristes Sofia Aram sur France Inter, Anne Roumanoff sur Europe 1 et Laurent Gerra sur RTL.
A la Plaine Saint-Denis, le repaire des studios de télévision où s’enregistrent aussi bien “Secret Story” pour TF1 que “N’oubliez pas les paroles” pour France 2, le Bâtiment 283 abrite les trois auteurs du show quotidien. Entretien avec Lionel Dutemple et Julien Hervé qui se préparent à vivre leur troisième campagne présidentielle.

Quelles relations les Français entretiennent-ils avec leurs politiques ?
Julien Hervé : Contrairement à la Belgique, on ne pourrait pas se passer de gouvernement pendant plus de 500 jours !
Lionel Dutemple : Les Français sont devenus dépendants des politiques. Ils ont l’impression que le gouvernement peut tout régler, que l’Etat est leur papa.

La présidence de Nicolas Sarkozy, c’est…
Julien : Assez fatigant. Tu traites un sujet un jour, un autre le lendemain. Il faudrait mettre un pupitre à sa marionnette ! En plus, Sarkozy a connu plusieurs phases, changé de femme.
Lionel : Sur n’importe quel sujet, tu as huit démentis de ses ministres. Ses sbires sortent à quinze pour dire un truc. Tu as l’affaire des écoutes des journalistes, celle de Bettencourt, de Karachi… Si tu veux être précis, tu ne peux pas parce que tu te noies !

Pour créer une histoire, vous avez besoin de non-dit
Julien : Et comme il y en a moins, c’est plus difficile d’imaginer. Avec une personne ultra-présente, tu ne peux pas énormément t’écarter de la réalité, sinon les gens se disent : “ce n’est pas du tout comme ça qu’il est.” Et tu ne peux pas, non plus, changer le caractère d’un personnage en deux jours. Les histoires s’installent dans le temps. Ça fonctionne bien avec Strauss Kahn quand il est enfermé pendant des mois, ne bouge pas, ne déclare rien. Pendant ce temps, on enfonce le même clou. Tu peux lui inventer une vie parce qu’il n’existe plus dans les médias.
Lionel : Tu ne peux pas dire que Sarkozy est en train de danser des claquettes à Rio, parce que les gens savent très bien qu’hier, entre 10h et 18h, il était à tel endroit, dans une usine, ensuite qu’il a dîné avec machin. Ils ont leurs storytellers maintenant.

Comment se distinguer dans un espace saturé d’humoristes ? 
Julien : L’effet de nouveauté ne joue plus. Mais on essaie d’avoir, en toute modestie, une vision du monde. Les messages sont présents depuis très longtemps. La “World Compagnie” disait déjà à l’époque de Bill Clinton que ce n’était pas les politiques qui dirigeaient, mais les multinationales. On parle aussi des politiques qui jouent sur la peur. On traite du système capitaliste qui fait que peu de gens ont beaucoup, et beaucoup de gens ont peu.
Lionel : On travaille sur des axes. Pour Bayrou, on ne lâche pas son “Achetez français ”. On sait très bien que le 100% français est devenu impossible. Pour Marine Le Pen, on appuie sur son manque de crédibilité. Elle est à des milliers de kilomètres de pouvoir réaliser ce qu’elle dit. L’axe UMP, c’est la poursuite du FN. Depuis 2002, on est là-dessus. C’est eux qui ont commencé !

Les Guignols aiment la gauche.
Lionel : Ils ne sont ni de gauche ni de droite. Le principe du guignol, c’est de frapper sur le plus fort. Ça fait 17 ans, maintenant, que le président est à droite.

Actuellement, quelles nouvelles thématiques vous occupent?
Lionel : Je pensais au Triple A. On en parlait tous les jours parce que Sarkozy avait réussi à le garder. Et maintenant qu’il l’a paumé et qu’il dit que ce n’est pas très grave, tu n’as plus d’acharnement sur le triple A. C’est hyper intéressant. Et puis, on réfléchit à un autre axe qui nous fait bien marrer. Tu es avec des potes, une info arrive sur ton smartphone, tu regardes, tu apprends qu’un ministre vient de se faire “serrer” et tu te marres avec tes copains. L’idée que l’info est devenue un loisir est un axe qu’on va traiter dans les mois à venir.

Elio di Rupo pourrait-il, un jour prochain, découvrir sa marionnette ? 
Lionel : A priori non. Les Guignols sont une caricature des journaux télévisés. Et la France s’intéresse surtout à elle-même. On a parlé de la Belgique quand la RTBF révélait des trucs que les journalistes français, qui avaient les mêmes infos, étaient incapables de divulguer. C’est intéressant de montrer que la liberté, en Belgique, est plus importante qu’en France qui se dit le pays de la liberté.


Ph.: Pierre Emmanuel Rastoin

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