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25/02/2012

Les deux Luxembourg à travers leurs bières

La Libre, Momento, Papilles, bières, Luxembourg, provinceL’ouvrage, intitulé “Bières et brasseries des 2 Luxembourg”, offre la possibilité de découvrir les spécificités de chacune des brasseries visitées de part et d’autre de la frontière.

Lecture: Baudouin Havaux


JEAN-LUC BODEUX N’EST PAS TOMBÉ dans un fût de cervoise dans sa tendre enfance. Ce n’est que plus tard qu’il a commencé à sillonner la Wallonie à la découverte des brasseries pour réaliser son mémoire théorique à la fin de ses études de journalisme. Depuis, la passion ne l’a plus quitté, et à travers les pages d’un ouvrage, intitulé “Bières et brasseries des 2 Luxembourg”, il nous ouvre les portes de ses amis brasseurs situés de part et d’autre de la frontière. Pourquoi les deux Luxembourg ? Parce qu’il existe une homogénéité géographique et historique, mais, par contre, les traditions de fabrication et de consommation sont diamétralement opposées. Du côté belge, on brasse des bières de fermentation haute, plutôt fortes, et en face, au Grand-Duché, on affectionne presque exclusivement les pils fraîches et légères, des bières de basse fermentation, un héritage des brasseurs allemands.

Si la Belgique, reconnue comme un haut lieu de l’activité brassicole, peut se vanter du succès remporté par ses bières locales sur les marchés d’exportation les plus lointains, il n’en demeure pas moins que, paradoxalement, la grande majorité des Belges n’affichent pas une connaissance très poussée des différentes techniques brassicoles, ou des brasseries régionales. Le Belge connaît, bien évidemment, le nom de ces produits qu’il consomme très régulièrement avec passion et délectation. Ce livre lui offre la possibilité de découvrir les spécificités de chacune des brasseries visitées.

On raconte que, jadis, chaque village possédait une brasserie, ce qui est un peu exagéré, même si la Belgique comptait près de 3 000 brasseries en 1900. Aujourd’hui, la province du Luxembourg est, sans doute, proportionnellement à sa population, celle qui compte en Belgique le plus de brasseries. Entre brasseries renommées, comme Orval ou Achouffe, et microbrasseries, elles sont au nombre de quatorze, mais ce nombre pourrait augmenter, car d’autres projets sont en cours de fermentation. Avant la Seconde Guerre mondiale, le Grand-Duché abritait également une multitude de brasseries qui ont été rachetées ou qui ont disparu. Luxembourg-ville comptait plus de dix brasseries, dont la renommée Mosel intégrée dans le groupe ABInbev aujourd’hui brassée à Diekirch.

Comme lors d’un pèlerinage, Jean-Luc Bodeux accompagne les disciples de Gambrinus, de brassins en brassins, pour leur conter anecdotes et histoires de chaque brasseur. La visite commence par la Brasserie d’Achouffe, située dans un petit hameau de la vallée des fées – qui, 25 ans après avoir vu le jour dans une cuisine – exporte l’image de son lutin chouffien aux quatre coins du monde. La brasserie de Bastogne, la dernière-née, est une initiative de Philippe Minne qui baptise ses bières du nom générique de “Trouffette”, en référence à un personnage (le Troufet) sorti du folklore carnavalesque bastognard. La brasserie de Bouillon qui fit ses premiers pas dans l’arrière-boutique d’un magasin de fruits et légumes, et qui brasse actuellement près de 600 hl/an. La brasserie fantôme à Soy-Erezée qui, malgré son statut de brasserie artisanale, brasse annuellement 300 hl/an. Elle porte bien son nom, car, exportant 90 % de sa production, on a du mal à la trouver chez nous. La brasserie Gigi, à l’ombre de l’église de Gérouville, est la plus ancienne et la plus pittoresque. La brasserie Inter-Pol, à Mont, où Pol Ghekiere se contente de brassins de 70 litres. La Ferme au Chêne à Durbuy, c’est l’histoire de deux autocaristes devenus restaurateurs-brasseurs. La brasserie Millevertus, qui a récemment déménagé à Weyleron, est le nouvel écrin de Daniel Lessire, ex-trader d’ING reconverti en brasseur. La bière de l’abbaye d’Orval est l’objet d’une véritable dévotion de la part des Gaumais qui en parle au masculin, alors que partout ailleurs, on parle d’une Orval. Oxymore, à Limerlé, est sans doute la moins connue, elle ne se vend que sur place.

L’auteur ne peut s’empêcher de faire une escapade en province de Namur et nous compter les trois couleurs de la Rochefort. A Rulles, Grégory Verhelst, ingénieur brasseur de l’UCL, vit avec de la levure d’Orval qu’il a domptée aux conditions de sa brasserie. Originaire de Mons, Eddy Pourtois a déménagé sa brasserie la Sainte-Hélène trois fois en dix ans, avant de s’installer à Ethe. La ferme brasserie de Saint-Monon, du nom du saint “paroissial” d’Ambly. Après avoir cédé les rênes de la brasserie d’Achouffe, Pierre Gobron et Chris Bauweraerts s’associent à un restaurateur d’Houffalize pour lancer, dans une ancienne ferme de Courtil, la Lupulus.

Au Grand-Duché, il reste trois brasseries qui dominent le marché national : la brasserie National (Bofferding-Battin), les Brasseries Réunies de Luxembourg (Diekirch-Mousel) et Simon, la seule brasserie des deux Luxembourg dirigée par une femme. Elles sont suivies par de plus petites brasseries comme Beierhaascht à Bascharage.

Un livre de référence qui sent le terroir et le houblon que tout amateur de bière peut consommer sans modération.

“Bières et brasseries des 2 Luxembourg”, Jean-Luc Bodeux, photos de Kevin Mannand, 214 pages, Editions Weyrich. ISBN : 978-2-87489-122-9. Prix : 30 euros.

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