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25/02/2012

Skier au pays du Beaufort

La Libre, Momento, Escapade, ski, SybellesUn coin reculé de la Savoie, loin des grandes stations de ski, moins cher aussi : les Sybelles. En 2003, six villages se sont regroupés pour créer le quatrième domaine skiable de France. Du ski agricole et familial dans le pays du fromage.

Tout schuss: Christophe Lamfalussy


IMAGINEZ SIX VILLAGES proches de l’Italie, jadis un climat de désolation économique dans cette Maurienne qui envoya ses enfants travailler à Paris, un esprit de clocher et puis l’arrivée d’un battant, marié à une femme du pays, l’industriel Gaston Maulin, lequel décide de mettre toutes les ressources des six villages en commun. Voilà comment est né, en 2003, le domaine skiable des Sybelles, le quatrième de France, avec 310 kilomètres de pistes.

Les Sybelles est un pari gagné sur la morosité, sur ces belles vallées agricoles du sud de la Savoie, où l’on croyait à tort qu’il n’y avait pas d’avenir. Six villages d’un acabit très différent. Si celui du Corbier abrite des immeubles sans charme, construits au pied des pistes, celui de Saint-Jean d’Arves, avec ses toits en lauzes, est beaucoup plus convivial. Le pari est clair : offrir au touriste une diversité de logement dans un domaine skiable interconnecté. On peut loger dans de vieilles bâtisses reconverties en luxueuses maisons de vacances, dans des appartements ou des centres pour collectivités. Il y a très peu d’hôtels. Les promoteurs veulent développer les capacités en nuitées, mais sans dépareiller le côté “villages” de certaines stations du site. En ce début février, on y croise des familles belges tout comme les étudiants venus de Bruxelles en car fêter la fin des examens.

En France”, dit Bernard Balmain, boulanger et adjoint au maire de Saint-Sorlin, “on a peu de villages qui se sont développés en stations de ski. Il y a quarante ans, on construisait au-dessus, en terrain vierge”. Les villages béton au pied des pistes françaises en sont la triste illustration, là où la Suisse a su préserver ses villages.

La Maurienne est la terre de Pierre Balmain, le couturier français, et de François Emmanuel Fodéré, père de la médecine légale. Elle est surtout une terre agricole, entourée de sommets peu élevés, où les agriculteurs et boulangers sont moniteurs de ski durant l’hiver. “La neige”, dit Bernard Balmain, “je l’aime comme ma mère. S’il n’y en avait pas, il n’y aurait plus que 50 âmes à Saint-Sorlin”. On est loin ici de la France des 35 heures : pendant des années, l’adjoint au maire a cumulé 45 heures de boulangerie et 8 heures de cours de ski par semaine.

Le domaine des Sybelles offre une grande variété de pistes, dont sept noires. Il est dominé par le sommet de l’Ouillon (à 2 341 mètres) d’où l’on peut bifurquer vers l’un ou l’autre des six villages. Les traversées d’un sommet à un autre sont longuettes, mais le domaine est étendu. Le revers de la médaille est que le skieur n’a pas intérêt à se trouver du mauvais côté de la montagne passé seize heures : il devra retourner à son village en taxi, à un prix élevé.

Comme toutes les stations de ski, Sybelles développe un maximum d’activités, été comme hiver.

Durant l’été, c’est le VTT qui est mis à l’honneur (cette année, le Tour de France fait halte le 12 juillet à la Toussuire, en provenance d’Albertville). Durant l’hiver : motoneige, ski de randonnée, initiation au ski de vitesse et à la sécurité ou discothèque à 2 000 mètres. Les non-skieurs peuvent aussi participer à des ateliers de massage et de fabrication de cosmétiques, ou visiter les belles églises de la vallée, dont celle de Saint-Sorlin, bâtie en 1603. Et ne pas manquer la visite de la coopérative laitière d’Arves où l’on produit le Beaufort, le fameux fromage savoyard.

Gaston Maulin n’a pas investi 110 millions d’euros dans les remontées mécaniques par pur idéalisme. Il espère amortir les équipements en une quinzaine d’années, et a lancé lui-même plusieurs promotions immobilières dans les stations, qui devraient générer 6 millions d’euros de chiffre d’affaires par an. L’or blanc reste avant tout un business.


La Libre, Momento, Escapade, ski, SybellesBeaufort
Certains détaillants le vendent à prix d’or. Ici, à Saint-Sorlin, le Beaufort est vendu à 15 euros le kilo.
Fromage d’exception, qui rentre dans la confection de la fondue au fromage, le Beaufort fait la fierté des Mauriennais. Et pour cause : la qualité du fromage tient aux prés alpins que les vaches gravissent au fil de l’été. “Plus on monte, plus l’herbe est courte, plus la flore est abondante, plus le goût est prononcé”, explique Fabienne Rosaz, agricultrice et guide à la coopérative de la vallée des Arves. Du coup, le Beaufort, produit dans la vallée de la Maurienne, change au gré des saisons, selon que les vaches mangent du fourrage pendant l’hiver ou exclusivement de l’herbe assortie de trèfles, de pissenlits, de violettes ou de gentianes, à partir du début juin, ce qui rend le fromage plus crémeux et plus jaune. Le Beaufort est une appellation d’origine protégée (AOP), de production savoyarde. Sept coopératives s’activent dans la vallée. Celle des Arves collecte le lait de 22 fermes. Le lait est brassé dans de grandes cuves métalliques, décaillé, chauffé à 54° Celsius, puis moulé dans un cercle de bois de hêtre avant d’être affiné cinq mois. A Arves, c’est un robot qui frotte deux fois par semaine la croûte du Beaufort avec de l’eau salée. La fermentation dégage une forte odeur d’ammoniaque, mais au bout du compte, le fromage vaut certainement le détour.


Ph.: Christian Tatin & Jean-Luc Flemal

11:30 Publié dans Escapade | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : la libre, momento, escapade, ski, sybelles | |

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