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03/03/2012

Davaï, la banya n’attend pas !

La Libre, Momento, Bien-être, banya, bania, russieUn chaud/froid de vapeur pour activer la circulation sanguine, purifier le corps et rendre à la peau fermeté, souplesse et douceur. Une tradition ancestrale qui se pratique encore aujourd’hui.

Tout un rituel: Laurence Dardenne


BANYA. SANS CONNAÎTRE LE PREMIER mot de russe, on peut aisément imaginer la traduction : bain. Mais pas n’importe quel bain, un bain avec étuve de vapeur, un grand classique, incontournable s’agissant d’évoquer le bien-être en Russie.

La banya (ou bania), c’est aussi une belle histoire à conter. Elle débute au Moyen Age, dans des paysages de brumes glaciales. On y voit fleurir dans les campagnes des banyas, petites cabanes en bois chauffées à 60° et plus. Le climat est rude, les distractions  peu nombreuses, mais surtout les bains privés quasi inexistants à l’époque. C’est ainsi que, chaque samedi et veille de fête, s’agglutinent dans les cabanons les paysans de classe modeste, les moujiki.

S’étant préalablement savonnés et massés les uns les autres, les baigneurs se fouettent alors le corps au moyen de petits rameaux de bouleau, les veniki. Non par masochisme, mais juste histoire d’activer leur circulation sanguine. Alors que les plus hardis se roulent dans la neige ou s’immergent dans un trou d’eau glacée qu’ils auront eux-mêmes creusé, d’autres se contentent d’une très vivifiante douche fraîche...

Depuis lors, les banyas se sont bien modernisés. Mais aujourd’hui encore, bonnet de feutre (chliapa dlia bany) sur la tête, pour se protéger de la chaleur, et venik à la main, les Russes – ainsi que les touristes curieux et avides de nouvelles expériences et sensations – se rendent en pantoufles, les tapotchki, dans ces lieux cultes, et pratiquent cette coutume ancestrale.

Le cérémonial commence dans le predbannik, antichambre du bain où se retrouvent pour un moment de convivialité les baigneurs, avant de passer se laver sous une douche chaude, dans la moechnaïa. Une fois fermée derrière eux la petite porte de l’étuve (parilka), il ne reste plus qu’à s’installer sur les estrades de bois pour la sudation. Auparavant, le banchik (chauffeur en russe) se sera occupé de la mise en chauffe. Davaï, la banya est prête ! Une fois tout ce petit monde installé, le banchik jette de l’eau sur les pierres brûlantes afin de créer les suppléments de vapeur parfumée dégageant des senteurs d’épicéa de Sibérie, d’eucalyptus, de menthe, de genévrier, de pin, de bière…  Entre deux séances de vapeur, comme il en va dans un sauna finlandais, il est d’usage de se rafraîchir, que ce soit en passant sous la douche, en se faisant déverser sur le corps un bac d’eau fraîche, ou, plus romantique si l’endroit s’y prête, en se baignant dans la rivière. Ou – mieux encore – en se roulant dans la neige. Un contraste qui “rend le corps léger et agit comme une fonction sédative sur le système nerveux”, selon les adeptes. Une façon aussi de purifier l’organisme, le débarraser des toxines et rendre à la peau douceur, souplesse et fermeté.

Car vient alors le temps de la deuxième étuve. Ici, l’atmosphère s’avère souvent moins chaude, mais plus vaporeuse (supérieure à 40 % d’humidité). Place aux massages avec les faisceaux de branchages, de bouleau, mais aussi de chêne, d’absinthe, de tilleul, de saule, ou d’eucalyptus… A chaque “fouet” sa vertu, en fonction de l’espèce, de la forme et de la fraîcheur des feuilles. Pour assouplir la peau, activer la circulation, augmenter la sudation ou diminuer le stress, une trentaine de balayages différents sont proposés pour ces massages.  Avant la détente et la relaxation, passage obligé pour se reposer des diverses étapes auxquelles a été exposé le corps, afin d’interrompre le processus de transpiration et de réguler la température corporelle.

Retour au predbannik, pour les baigneurs, ou à l’extérieur pour se réhydrater, que ce soit avec de la bière, du kvas, du jus de bouleau ou  un thé avec l’eau du samovar, le breuvage étant accompagné de tartes aux myrtilles, grillades, poissons séchés et autres zakouski…

Véritable rituel pour lequel il est recommandé de prévoir un minimum de deux, voire trois heures, ce traditionnel bain russe est considéré comme une méthode d’autoendurcissement indispensable à l’entretien de tout bon Russe qui soigne sa forme et veut se maintenir en bonne santé.

Selon que l’on se trouve en Sibérie, en Asie centrale ou dans le nord de la Russie, de nombreuses versions de banya existent : noire avec fumigation ou blanche équipée d’un poêle plus sophistiqué. Si Moscou est surnommée la troisième Rome, peut-être est-ce en raison de ses nombreux bains. Aujourd’hui encore, il existe de nombreuses banyas publiques ouvertes à tous, ainsi que des versions privées louables à l’heure. A moins que l’on ne préfère une banya à l’ancienne dans un petit village de Sibérie, par exemple.

S liogkim parom ! (Bon moment de détente !)


Ph.: Alexis Haulot

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