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10/03/2012

Le Maroc au sud du sud

La Libre, Momento, Escapade, Maroc, sudAu sud de la voie royale qui relie Essaouira à Marrakech et à Ouarzazate, s’étend un Maroc plus sauvage et plus secret : c’est l’Anti-Atlas. Les villages, très typés, s’y font rares, les paysages plus arides et encore plus grandioses. Et les couleurs explosent sous la lumière d’un soleil qui ne se voile pratiquement jamais.

Découverte: Pierre Gilissen


L’AÉROPORT LE PLUS PRATIQUE EST CELUI d’Agadir, mais nul besoin de séjourner à deux reprises dans cette cité de béton : la ville de Taroudant, encore tout entière contenue dans ses remparts, est tout aussi proche.

Taroudant a souvent été comparée à un petit Marrakech – elle en a les teintes ocre –, et ce sont justement ses 7,5 km de fortifications qui en constituent la principale attraction.

On en fera le tour, à pied ou à vélo, à travers des quartiers parfois fort modestes, en n’oubliant pas d’aller admirer les murailles de l’extérieur, notamment à hauteur des deux portes sud. La kasbah, blottie dans un coin, est désormais occupée à la fois par un quartier populaire et par un hôtel chic aux allures de palais maure. Les deux vastes souks (arabe et berbère) complètent la visite.

A 30 km de là, la belle palmeraie de Tioute constitue un but d’excursion possible. C’est dans ce petit village en cul-de-sac que le film “Ali Baba et les quarante voleurs”, avec Fernandel, a été tourné en 1954.

Quelques kilomètres au-delà de Tioute, en direction de Tata, les choses sérieuses commencent. C’est d’abord la montagne qui se fait grandiose, de lacet en lacet, puis, au-delà d’Igherm, le paysage qui devient de plus en plus aride. On traverse de grandes zones inhabitées et désertiques, tout étonné qu’une bonne route goudronnée prenne la peine de passer par ici. On regarde le spectacle comme au cinéma, les yeux grands ouverts à la fenêtre du car.

Au bout de la route, Tata est une drôle de ville neuve, qui a la patine d’une vieille, tout en bâtiments roses à arcades. Le rose, c’est, paraît-il, pour soulager les yeux au soleil d’été – le thermomètre frôle ici les 50 degrés en juillet-août. La route de Tata à Tissint est une sorte de bout du monde. Quelques kilomètres plus loin, la zone cesse d’être habitée et, plus loin, la frontière avec l’Algérie est fermée à cause du différend entre les deux pays sur la question de l’ex-Sahara occidental. C’est dans ce no man’s land que, depuis quelques mois, certains aventuriers cherchent les débris d’une météorite martienne tombée en juillet 2011 en espérant toucher quelque trois millions d’euros de récompense promis par la Nasa, voilà pour la touche far west.

La région est encore fort peu équipée pour le tourisme, mais quelques initiatives isolées permettent une première approche du désert (voir épinglé). Une seule lumineuse journée de randonnée, et l’on pourra déjà se rendre compte de la surprenante diversité du désert marocain : plateaux rocheux, étendues de cailloux, dunes de sable, croûtes de sable formant comme des montagnes en miniature, salines… Et puis, surtout, apprécier ce luxe incroyable : celui d’un silence absolu, y compris le soir, sous le ciel étoilé du Sahara.

La Libre, Momento, Escapade, Maroc, sudCap à l’Ouest ensuite, en repassant par Igherm. Cent kilomètres d’une autre route grandiose, et nous voici à Tafraoute, au cœur de l’Anti-Atlas. Cette petite ville animée est entourée de rochers de granit rose, comme une démultiplication à l’infini de ceux des côtes de Bretagne. Tafraoute est touristique dans le bon sens du terme : entendez qu’il y a ici suffisamment d’agences de voyage et de loueurs de vélos pour que chacun puisse explorer les environs à sa guise.

Et nonobstant la grandeur du paysage, nul besoin d’être champion cycliste pour pédaler jusqu’aux Rochers bleus, œuvre controversée de Land Art du Belge Jean Vérame datant des années 80, ou remonter la vallée d’Ameln dans des paysages de western : les dénivelés sont raisonnables, on oserait presque dire familiaux.

En continuant encore vers l’ouest, on retrouve finalement la plaine à Tiznit. L’Atlantique n’est qu’à quelques encablures, mais, surprise : en allant vers la côte, la montagne reprend ses droits très vite et la ville côtière de Sidi Ifni est tout en montées et en descentes, parfois vertigineuses. Le charme particulier de cet endroit hors du temps est aussi dû à l’Histoire. La ville, qui s’appelait autrefois Ifni, a appartenu à l’Espagne, conjointement avec le Sahara espagnol, jusqu’en 1969.

Les Espagnols sont partis, mais ont laissé – outre une habitude inhabituelle au Maroc, celle de la siesta – quelques immeubles Art déco qui datent de l’époque où Franco voulait faire de la cité le centre névralgique de son (maigre) empire colonial. Les autres bâtisses, toutes blanches et aux volets bleu clair, évoquent immanquablement Essaouira. A Sidi Ifni, si l’on n’est pas surfeur, on prendra plaisir à se promener au pied des falaises – en évitant de se faire piéger par la marée. Les plus vaillants pousseront jusqu’à Lezgira, où deux arches en pierre plongent dans la mer, ou encore Mirleft, où les plages sont davantage propices à la baignade.

Et puis, finalement, il y a cette Agadir qu’on semble avoir évité comme la peste jusqu’ici. Mais on ne tire pas sur une ambulance : Agadir est avant tout une ville martyre, entièrement détruite par un tremblement de terre le 29 février 1960. La ville, qui s’étendait autrefois au pied de la kasbah, a été rebâtie plus loin, et tout n’est pas raté, loin de là, reconnaissons-le. Agadir, unique en son genre au Maroc, mérite un coup d’œil. Le large front de mer laisse tout l’espace aux promeneurs et, dans son genre, la luxueuse marina est plutôt réussie. Au final, une transition farniente bienvenue avant le retour vers des cieux plus gris.


Camper dans le désert
Dans la partie occidentale du désert marocain, les hébergements se font rares. Le campement d’Akka Naït Sidi propose, en plein désert (sur le territoire de  la commune de Tissint), une quinzaine de tentes confortables avec douches solaires et sanitaires communs dans des constructions traditionnelles. Possibilité d’excursions et de randonnées à la carte. Pas de 4x4 vrombissants ni de dégâts collatéraux ici.
Le prix est à la hauteur des prestations et des difficultés d’approvisionnement de cet endroit unique : compter entre 40 et 70 euros par personne en demi-pension selon la saison.
www.cans-akkanaitsidi.com


Ph.: Pierre Gilissen

17:25 Publié dans Escapade | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : la libre, momento, escapade, maroc, sud | |

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