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10/03/2012

Des étoiles sur les rails

La Libre, Momento, Papilles, Brusselicious, Tram ExperienceDepuis une semaine, le Tram Brusselicious propose un restaurant itinérant dans les rues de Bruxelles. Une expérience unique !

Mise en bouche: Hubert Heyrendt & Laura Centrella


AVEC BRUSSELICIOUS, BRUXELLES A DÉCIDÉ de faire de 2012 l’année de la gastronomie. Au programme, d’innombrables activités : Dinner in the Sky, salon Horeca Life, festival Omnivore… L’une d’entre elles marquera certainement les esprits : la Tram Experience, un restaurant itinérant qui sillonnera les rues de la capitale durant un an. Au total, 421 voyages sont prévus, soit 14 321 clients potentiels ! Le concept est imparable, même s’il n’est pas original. Depuis plusieurs années, Milan a en effet son “ATMosfera Tram”, sur le même principe. L’idée a été transposée chez nous grâce à une collaboration entre la Région bruxelloise, la Stib et Electrolux. VisitBrussels a en effet fait appel à l’expertise du groupe d’électroménager, qui cherche de plus en plus à associer son image à celle de la haute gastronomie. On se souvient par exemple du très classe “Cube”, restaurant éphémère installé pendant plusieurs mois au sommet de l’arche du Cinquantenaire en 2011.

Le “Cube” est clairement dans les esprits. Parmi les six chefs doublement étoilés choisis pour concocter les menus servis durant la Tram Experience, on retrouve les deux hôtes du “Cube” : le Wallon Sang-Hoon Degeimbre (“L’air du temps”) et le Flamand Bart De Pooter (“De pastorale”). Mais aussi Denis Roberti (traiteur “Les Garrigues”), qui avait travaillé avec le premier au Cinquantenaire. C’est lui qui est chargé de réaliser les menus imaginés par les six chefs : deux Bruxellois, deux Wallons et deux Flamands. Vendredi dernier, c’est un Bruxellois, Lionel Rigolet, qui avait l’honneur d’inaugurer cette Tram Experience.

Dimanche dernier, 11h45, place Poelaert. Rien n’indique qu’un restaurant ambulant va s’arrêter ici. Mais quelques signes ne trompent pas : un jeune homme porte une vareuse Brusselicious. Tandis qu’arrivent au compte-gouttes une poignée de voyageurs guillerets un peu trop habillés pour attendre un simple tram… Une vingtaine de minutes plus tard, le Tram Experience débarque enfin. Repeint en blanc et siglé aux couleurs de l’événement, le tram ne fait pas ses 50 ans ! Quand on embarque, la bonne impression se confirme. Moderne et épurée, la déco mise en place par Electrolux, tout en blanc et néons bleus, a indéniablement de la gueule, faisant oublier le manque d’espace. Les tables sont dressées joliment et on est accueilli par une coupe de mousseux brut de la Moselle luxembourgeoise.

La Libre, Momento, Papilles, Brusselicious, Tram ExperienceMême si douze chauffeurs ont été spécialement formés à une conduite en douceur, dès que le tram débarque, on se sent comme dans un bateau. Les tables sont d’ailleurs creusées pour épouser la vaisselle. Tandis que serveurs et cuistots multiplient les grands écarts pour conserver leur stabilité. “Les premiers jours, j’ai eu le mal de mer", plaisante Denis Roberti. On en est aux balbutiements de l’expérience, les problèmes techniques sont donc inévitables (des tickets repas et billets taxi sont d’ailleurs prévus en cas de gros pépins…). Pendant une demi-heure ce jour-là, la batterie du tram, assurant l’alimentation électrique, est en rade. Mais le service est à la hauteur. Les arrêts prolongés du tram à Montgomery et Herrmann-Debroux sont d’ailleurs judicieusement mis à profit pour peaufiner le dressage du plat et du dessert.

Côté mises en bouche, petite crème de potiron et gingembre et un excellent bonbon au magret de canard. En entrée froide, Rigolet a imaginé deux cannellonis de veau cru, crème de foie gras d’oie aux olives vertes et Comté dix-huit mois, magnifiquement dressé. On déguste le plat en jetant un regard, un peu gêné, aux passants, pour le moins interloqués de découvrir les passagers d’un tram en train de trinquer et de manger ! Côté plat, la cuisson du filet de sandre laisse un peu à désirer (problème technique au départ oblige), mais les accompagnements sont raffinés et la sauce, une réduction de syrah au curry fumé, plutôt savoureuse. Au contraire du dessert, un peu aseptisé : une poire Doyenné pochée à la Poire William, sorbet poire-basilic, agrumes au combava. Il ne faut pas se faire d’illusion. Pour 75 €, ce n’est pas comme si l’on mangeait dans un restaurant deux étoiles, même si la qualité des plats et les dressages sont dignes de l’expérience, qui doit encore prendre son rythme de croisière… En deux heures, on aura donc fait une belle balade d’une vingtaine de kilomètres dans les rues de Bruxelles avec le sentiment d’avoir vécu un moment aussi agréable qu’amusant.


Ph.: H.H.

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