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17/03/2012

Ma colonne vertébrale

La Libre, Momento, Autoportrait, Dan Van RaemdonckDan Van Raemdonck est docteur en Philosophie et Lettres à l’ULB. Il enseigne la linguistique française à l’ULB et à la VUB. Il est également président d’honneur de la Ligue des droits de l’homme pour la Belgique francophone.


DAN VAN RAEMDONCK EN 6 DATES

6 janvier 1965 : naissance à Ixelles, enfance à Anderlecht, sans histoire, dans une famille d’origine juive. Père plutôt autoritaire. Education cadrée, obligation de résultats scolaires.

1981-1987 : trouve subtil d’échanger une crise d’adolescence en rupture d’autorité paternelle par une maladie chronique des reins, ce qui oblige à arrondir les angles plutôt qu’à défier. Acteur réduit par la force des choses au rang d’observateur; consolidation d’un esprit analytique et critique.

1991 : inscription à la Ligue des droits de l’homme, compagnonnage d’une vie : administrateur en 1992, secrétaire général en 1996, président de 2000 à 2006, président d’honneur depuis. A partir de 2007, engagement au niveau international comme vice-président de la Fédération internationale des Ligues des droits de l’homme (FIDH).

1996 : défend, à l’ULB, sa thèse de doctorat sur l’adverbe français, après des études de philologie romane. Sésame, nécessaire même si pas suffisant, pour une carrière universitaire de professeur de linguistique française, où le souci de l’impact social de la recherche sera constant, notamment afin de modifier un discours grammatical scolaire souvent jugé abscons.

13 septembre 2003 : le mariage, envisagé comme acte d’amour, absolument, et comme acte de militance, nécessairement. Pour une redéfinition de l’institution. Xavier comme partenaire, ancrage, projet, chemin et destination affectifs.

Depuis 2007 : vice-président du Conseil de la langue et de la politique linguistique de la désormais Fédération Wallonie-Bruxelles. Défendre et illustrer la langue française, sans sectarisme. Là également, volonté d’agir contre le cout social d’une non-maitrise de l’outil langue. Aucun citoyen usager ne devrait se sentir exclu de sa propre langue ou de celle de sa cité. A propos, bonne fête de la langue ! (www.lalanguefrancaiseenfete.be)

 

UN EVENEMENT DE MA VIE

Mon engagement aux droits de l'Homme.
La construction d’un vivre ensemble nécessite un socle de valeurs communes. Les droits de l’homme sont ma colonne vertébrale idéologique et sociale, dans un cadre de laïcité politique où aucune hégémonie de pensée n’est tolérée, qui porterait atteinte à la liberté d’autrui. Mon engagement est celui de quelqu’un qui se force à penser hors de ses propres catégories pour pouvoir inclure l’autre dans son monde, sans l’y désintégrer, en le respectant dans sa dignité. Défendre les droits d’autrui, de tous, dans un combat constant contre l’abus d’autorité, oblige à vaincre ses petites lâchetés et ses conforts quotidiens. C’est le moins que l’on puisse faire au regard des violations perpétrées ici et ailleurs.

 

UNE PHRASE

“Efforcez-vous d’aimer vos questions elles-mêmes, chacune comme une pièce qui vous serait fermée, comme un livre écrit dans une langue étrangère. Ne cherchez pas pour le moment des réponses qui ne peuvent vous être apportées, parce que vous ne sauriez pas les mettre en pratique, les ‘vivre’. Et il s’agit précisément de tout vivre. Ne vivez pour l’instant que vos questions. Peut-être, simplement en les vivant, finirez-vous par entrer insensiblement, un jour, dans les réponses.”
Rainer Maria Rilke, Lettres à un jeune poète.
Eloge de la distance et du temps dans un monde voué à une prétendue immédiateté.

 

TROIS OEUVRES

Un livre : “Œdipe sur la route” de Henry Bauchau
Roman initiatique, où les destins mythiques sont transfigurés par l’art, la musique, la danse, la poésie et la sculpture. Croisement de chemins et d’histoires. Livre que je fais passer comme un témoin.

Une sculpture : “Le scribe accroupi” du Musée du Louvre
Le scribe, passeur de communication, est puissamment ancré dans la terre depuis l’époque pharaonique, et engloutit le spectateur dans son regard de verre azuréen.

Une estampe : “La grande vague de Kanagawa” (“Sous la vague au large de Kanagawa”) de Katsushika Hokusai
Puissance des éléments, fragilité, mais résistance de l’esquif humain sur fond de mont Fuji impassible. Composition magistrale d’un artiste (pré-)manga qui annonce de loin en loin les tableaux d’un Takashi Murakami, que j’apprécie particulièrement.


TROIS FILMS

“Mr Smith au Sénat”, de Frank Capra
Film culte pour un militant de contre-pouvoir. L’idéal triomphe de la corruption. On veut y croire. On se bat pour cela.

“Chambre avec vue”, de James Ivory
Au-delà de la bluette, qui fait du bien au moral et au cœur de midinette qui sommeille en moi, une apologie subtile du lâcher prise dans des univers toscans revisités par des personnages so british.

“Les Liaisons dangereuses”, de Stephen Frears
Le calcul, la manipulation, la politique des sentiments. Une cruauté et une perversité jubilatoires : “It’s beyond my control.”


TROIS DATES CONCERNANT LA LANGUE FRANCAISE

1970
Création de l’Agence de Coopération culturelle et technique, devenue depuis Organisation internationale de la Francophonie (OIF). D’abord coloniale à la fin du XIXe siècle, puis légèrement postcoloniale dans la seconde moitié du XXe, l’idée francophone réunit, au début du XXIe, des partenaires enfin sur pied d’égalité, dans l’esprit de Senghor. Les combats pour la diversité culturelle et la non-marchandisation des services culturels, dans un contexte de mondialisation, figurent parmi les priorités de l’OIF, au point d’influer sur les accords internationaux.

1990
Les rectifications orthographiques, qu’on persiste à appeler “nouvelle” orthographe. Tollé chez les puristes; tempête dans un verre d’eau pour les linguistes. Pour imparfaites qu’elles soient, ces rectifications ont le mérite de permettre un changement de mentalité vis-à-vis de l’esprit réformiste nécessaire à la survie d’une langue, esprit présent pour d’autres langues comme le néerlandais. Soldons ces rectifications et autorisons-nous à penser l’orthographe de demain.

1993
Le décret relatif à la féminisation des noms de métier, fonction, grade ou titre de la Communauté française de Belgique. Exclues de la langue par des détenteurs hétéromâles du pouvoir sur celle-ci, les femmes retrouvent droit de cité. La féminisation réactive une pratique pourtant déjà effective il y a des siècles et met fin à la violence symbolique faite aux femmes par le biais du déni de représentation dans la langue. Ce progrès indéniable se fait au grand dam de la rétrograde Académie française qui tance la Belgique. Il faudra bien qu’elle s’y fasse, car la Fédération Wallonie-Bruxelles s’apprête à en remettre une couche.


UNE DATE

11 septembre 2001
Peu original de choisir une date que l’on s’accorde presque à considérer comme le tournant du siècle. Cependant, c’est moins pour les attentats et les guerres qui ont suivi que pour les politiques de lutte contre le terrorisme et les “dommages collatéraux” qu’elles ont occasionnés : contrôle social accru des citoyens, peurs distillées à l’encontre des populations musulmanes, stigmatisation de la religion, replis identitaires, tant des majorités que des minorités, communautarisation des rapports et des conflits, notamment sociaux, mise en danger du vivre ensemble, le tout sous le prétexte de la sécurisation de l’espace public. Le Rubicon de la régression en matière d’acquis de droits fondamentaux a été franchi. La vigilance est de mise pour continuellement reconquérir ces droits et permettre réellement le vivre ensemble au-delà du slogan incantatoire.


Ph.: Christophe Bortels

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