Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

17/03/2012

S'approprier la langue de Voltaire plutôt que l'étudier

La Libre, Momento, Sorties, CedasTelle est la philosophie du Cedas. Le centre de développement et d’animation schaerbeekois entend travailler sur le plaisir “du parler français”, et ce, en respectant la culture d’origine de chacun.

Alice Dive


SCHAERBEEK, UN LUNDI MATIN, il est 10 heures. Au numéro 210 de la rue Verte, Rachida, Cema et Ramize s’apprêtent à enregister leur voix. Aujourd’hui, c’est Rachida qui se lance. Pour son baptême du feu, elle a choisi de “conter et raconter” une histoire directement importée de son pays d’origine : le Maroc. A peine a-t-elle entamé son élocution que son public se voit littéralement transporté jusque dans les profondeurs et vallées de Ouarzazate. En en français, s’il vous plaît.

Car elle est bien là l’ambition du Cedas. Donner des moyens d’expression aux populations étrangères afin qu’elles s’approprient la langue française, et ce, au départ de leur bagage culturel, c’est le défi que s’est lancé le centre de développement et d’animation schaerbeekois. “Ici, nous ne parlons pas d’apprentissage, mais bien d’appropriation de la langue française”, déclare Thierry Barez, directeur du Cedas. Qui poursuit : “L’idée est de casser cette image forte et persistante d’une langue suprême, voire postcoloniale, et d’en faire quelque chose d’accessible à tous. Bien sûr que le français est dominant à Bruxelles et doit le rester, mais c’est la perception que l’on s’en fait qui doit changer.

Dans cette optique, trois modules d’activités ont été imaginés et proposés aux personnes de l’institution. Il y a d’abord les saynètes théâtrales au cours desquelles chaque individu est amené à s’exprimer, à se libérer. Viennent ensuite les moments de “contes et racontes” permettant à chacun de se situer, au travers de ses histoires, dans son environnement culturel. Enfin, dans un souci de pérennité et de mémoire, des plages de temps sont consacrées à l’enregistrement desdits contes pour constituer, à terme, une bibliothèque numérique. Tout cela, faut-il le préciser, dans la langue de Voltaire.

Des ateliers qui, soulignons-le encore une fois, entendent effacer le caractère “d’autorité” de la langue française et travailler sur le sentiment d’unité. “Le Bruxelles de demain se construit ici et maintenant. Nous devons chercher ce qui nous rassemble. Et ce lien d’union, quel est-il ? La francophonie, précisément”, assure Thierry Barez. Un discours auquel semblent adhérer Cema et Ramize, toutes deux d’origine turque. “Je suis arrivée au Cedas il y a deux ans. Avant, quand je me baladais en rue, j’avais peur que quelqu’un m’interpelle et me pose une question en français, j’étais vraiment stressée. Aujourd’hui, je me sens mieux, même si j’ai encore beaucoup de progrès à faire”, raconte Cema. Et Ramize d’enchaîner : “Mes enfants vont à l’école. Forcément, ils y apprennent le français. Il est donc important que je puisse comprendre cette langue.

Rachida, Cema et Ramize viennent tous les jours au centre schaerbeekois. Pour elles, c’est une véritable aubaine que de pouvoir venir se libérer et faire part de leurs expériences personnelles en ces lieux. “Je leur demande toujours d’apporter toute la matière. C’est la philosophie de la maison. L’idée est de les pousser à raconter une histoire de chez eux, de leur pays, que l’on adapte par la suite en français”, explique Aurélie, coordinatrice de l’atelier “contes et racontes”.

Au total, pas moins de 400 personnes se présentent quotidiennement et gratuitement au Cedas. Créée il y a bientôt 20 ans, cette asbl entend toucher toutes les tranches d’âges de la population du Quartier Nord de Schaerbeek : les 6-12 ans par le biais d’une école des devoirs; les 12-26 via un centre de jeunes; les plus de 18 ans en privilégiant l’éducation permanente; enfin, les adultes par la tenue de formations diverses.

Mais quel que soit le niveau d’activités, la ligne de conduite du Cedas reste la même : modifier la perception que se font les populations étrangères de la langue française, trop souvent perçue comme sacro-sainte et inaccessible. “Je suis un amoureux de la langue française, je la défends bec et ongles. Si l’objectif du Cedas est de favoriser l’appropriation du français par le plaisir et le respect de la culture d’origine, en aucun cas, il ne s’agit de tomber dans un relativisme culturel ou dans le pathos”, insiste le directeur du centre. Une façon de rappeler que Rachida, Cema, Ramize et tous les autres sont là dans un seul et même but : s’intégrer par le biais de la langue. Sans gêne, sans retenue. Sans douleur.

Cedas asbl, rue Verte, 210, 1030 Bruxelles. Plus d’infos : 02/242.20.83 ou www.cedas.be


Ph.: Asbl Cedas

17:55 Publié dans Sorties | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : la libre, momento, sorties, cedas | |

Les commentaires sont fermés.