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17/03/2012

"Des chiffres et des lettres": "pas mieux!"

La Libre, Momento, Derrière l'écran, Des chiffres et des lettresC’est l’émission quotidienne la plus ancienne du PAF : “Des chiffres et des lettres” a 40 ans. Devenu culte, ce jeu produit en interne à France Télévisions s’offre un prime, enregistré exceptionnellement dans un grand studio de la Plaine-St-Denis. Sur France 3, lundi, à 20 h 35.

Entretien: Caroline Gourdin, correspondante à Paris


DES CHIFFRES ET DES LETTRES a un côté secte”, s’amuse Patrice Laffont, animateur historique et producteur du jeu depuis l’an 2000. “Quand j’ai renouvelé l’émission à la demande de Michèle Cotta, le décor était dramatique, les lumières sombres, c’était une grand-messe. Il s’agissait d’aller vers quelque chose de plus en phase avec les nouveaux jeux qui sortaient, tout en gardant l’identité du jeu. Je ne suis pas sûr qu’Armand Jammot aurait totalement adhéré à la nouvelle formule, parce qu’entre autres, j’ai inventé une épreuve, le duel, et je me suis fait engueuler par les puristes qui m’ont accusé de trahir la mémoire d’Armand !

Lancé le 4 janvier 1972 sur la deuxième chaîne de l’ORTF, ce jeu devenu culte est sorti de l’imagination d’Armand Jammot. Il avait simplement ajouté un jeu de chiffres, “Le compte est bon”, au jeu de lettres qui avait déjà trouvé son public pendant 5 ans, “Le mot le plus long” (de 1965 à 1970). Le décor, vert sur fond noir, est minimaliste avec ses fauteuils en cuir et sa table grise. Secondé par Max Favalelli, homme cultivé en charge des lettres, et Fabien Buhler pour le calcul mental, Patrice Laffont fait ses premiers pas en tant que meneur de jeu. “C’était la panique totale. Je n’avais jamais fait d’antenne, et j’étais complètement paumé. C’était un rôle difficile, parce que j’étais au milieu des candidats et je ne savais quelle attitude adopter pendant qu’ils jouaient. Si je souriais, j’avais l’air con, si j’étais impassible, j’avais l’air de m’ennuyer. J’ai mis des années à faire comprendre à Armand qu’il fallait qu’il m’isole. La présentation était réduite à sa plus simple expression. Si vous faisiez un mot, vous vous faisiez engueuler. En tant qu’examinateur, je devais me taire”, se souvient Patrice Laffont, qui officia pendant 17 ans à la présentation du jeu. “Cela m’a apporté du plaisir, de l’argent et de la notoriété.”

Un poste d’autant plus confortable que l’enregistrement des “Chiffres et des lettres” n’occupe que quatre jours par mois… Et quand Patrice Laffont s’ennuie entre les séquences de jeu, il obtient qu’on lui installe un poste de télé (sans le son) branché sur Roland Garros ou le foot ! En 1989, il claque pourtant la porte du jeu. “Le déclic s’est fait avec le film ‘Tandem’ avec Jean Rochefort, à qui on faisait croire qu’il était toujours à l’antenne alors qu’il n’y était plus, et qui finissait dans un supermarché en train de vendre des produits ménagers. Armand a tenté de me retenir en me disant : ‘Mais coco, t’as rien derrière, on peut durer des années !!’ Il était visionnaire.”

A quoi attribue-t-il cette longévité ? “Armand Jammot a pris les éléments les plus basiques du monde, écrire, lire et compter, et il n’y a pas besoin d’être fort pour y jouer. Les gens chez eux peuvent trouver des mots de 4 lettres quand un candidat en trouve 10, mais ils sont quand même contents. Cela a aussi un côté culturel que beaucoup de gens continuent à aimer. En plus, la formule de présentation, qui est basée sur trois personnes qui s’entendent bien et forment une famille, fonctionne bien. Bertrand Renard est le bon tonton qui a une belle culture et la dispense, Arielle Boulin-Prat, c’est la classe, et Laurent Romejko, l’éternel jeune homme qui peut être le gendre de toutes les familles”, analyse Patrice Laffont, qui prend des libertés avec le carcan imposé par son mentor depuis qu’il est le producteur artistique du jeu. “J’ai souhaité que les animateurs jouent beaucoup ensemble, se renvoient la balle, et la chaîne a souhaité que Laurent soit plus présent. Nos téléspectateurs, qui sont très casaniers, en parlent dans leurs courriers et réagissent énormément aux changements dans l’émission. Pour ne pas se scléroser, il faut faire évoluer l’émission par petites touches, tout en gardant notre identité.”

S’il touche davantage les téléspectateurs de plus de 50 ans, “Des chiffres et des lettres” se regarde néanmoins toujours en famille, les grands-parents initiant leurs petits-enfants… Programmé entre “Slam” et “Questions pour un champion”, le jeu réunit en semaine 1,4 million de téléspectateurs sur France 3, pour 12,9 % de part de marché (la chaîne oscillant autour de 9,7 % de pdm). Aucune raison de s’arrêter en si bon chemin. “Si Armand Jammot avait été là, on n’aurait pas fêté ces 40 ans”, note Patrice Laffont. “Je voulais faire une fête pour les 10 ans du jeu, et il avait dit : ‘Non, coco, restons tranquilles. Si on commence à dire que ça fait 10 ans, les gens vont se dire, merde, ça fait 10 ans, et si on arrêtait ?’


Ph.: CLAUDE DOUCE/ANTENNE 2

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