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17/03/2012

La langue française se met au vert

La Libre, Momento, Dehors, jardin, littératureLa langue française a son jardin secret. Des mots bizarres trésors de la botanique, une grammaire étonnante. Certains écrivains sont jardiniers, certains jardiniers écrivains.

Marie Pascale Vasseur et Marie Noëlle Cruysmans


LE THÈME DU “MOMENTO” de ce week-end est un fifrelin théorique. Poétique assurément. De quoi rêver au jardin d’Epicure, des Hespérides, des délices, d’Eden…

Les jardins ont toujours eu avec les écrivains une relation privilégiée. Quelques auteurs ont en effet réellement l’âme jardinière. Jean Giono écrivait “L’homme qui plantait des arbres” et Marie Gevers nous contait son jardin d’enfance à Missembourg notamment dans “Vie et mort d’un étang”. Dans “La Nouvelle Héloïse”, le merveilleux Jean-Jacques Rousseau nous emmenait dans la nature et dans le célèbre jardin d’Ermenonville. George Sand jardinait dans son domaine de Nohant dans le Berry, alors que les frères Goncourt, dans leur jardin d’Auteuil, invitaient tout le gratin littéraire parisien.

Par ailleurs, quelques jardiniers ont, eux aussi, mis la main à la plume. Sans doute moins populaires que les écrivains mais bien connus des amoureux de la binette. En 1600, Olivier de Serres relatait son expérience de jardinier dans un fameux traité dénommé “Le théâtre d’agriculture et mesnage des champs”; Jean-Baptiste de La Quintinie, chef jardinier sous Louis XIV et créateur du potager de Versailles publiait ses “Instructions pour les jardins fruitiers et potagers” alors qu’Antoine Joseph Dezallier d’Argenville écrivait “La Théorie et la pratique du jardinage où l’on traite à fond des beaux jardins…”, ouvrage réédité encore il y a peu. Un bijou de l’art des jardins toujours d’actualité. Plus proche de nous, l’architecte paysagiste belge René Pechère nous a laissé une “Grammaire des Jardins”, considérée comme la bible, tant par les professionnels du paysage que par les simples passionnés.

Ceci dit, la botanique est une discipline qui a un langage bien particulier. Au premier abord, les noms scientifiques des plantes paraissent rébarbatifs mais ils deviennent beaucoup plus simples dès que l’on sait ce qu’ils signifient. En fait, derrière ces noms curieux se cache une véritable mine de renseignements quant à l’aspect des plantes, la taille, la couleur, l’utilisation ou le nom du découvreur. Le feuillage de l’achillée millefeuille est très découpé, celui du millepertuis percé de nombreux trous. La tige de la laitue et du laiteron contient du lait. Le muscari sent bon le musc et la giroflée le clou de girofle. Le pissenlit est un diurétique et le tussilage calme la toux. La période de floraison est rappelée dans les mots pâquerette et primevère. D’autres sont formés à partir de noms de personnes, botanistes, chasseurs de plantes ou célébrités. Armand David, missionnaire français en Chine, a donné son nom au Davidia et à la viorne de David, le botaniste suédois Anders Dahl au dahlia et Pierre de Ronsard à la rose homonyme.

Le nom populaire peut varier d’une région à l’autre. Le hêtre, par exemple, est appelé haistr, fayard, fouteau, fays ou faux, des appellations proches de son origine latine fagus. La molène devient bouillon-blanc, brandon, chandelier ou cierge de Notre-Dame. Attention aussi aux confusions lorsqu’un même nom désigne des plantes totalement différentes. Le laurier de cuisine ou laurier-sauce n’a rien à voir avec le laurier-cerise aux grandes feuilles épaisses ni avec le laurier-rose, méditerranéen et toxique. Il y a laurier et laurier.


Comment nommer une plante?
La plupart des noms botaniques puisent leurs racines dans le grec ancien et le latin. L’utilisation du latin permet à tous les amoureux des plantes de se comprendre, comme par miracle, aux quatre coins du monde. Depuis trois siècles, ils sont mis en musique par le Suédois Linné et divisés en deux parties. La première énonce le genre auquel la plante appartient. Pour une viorne, il s’agira de Viburnum, son nom de famille en quelque sorte. La deuxième définit l’espèce. Pour la viorne obier, Viburnum opulus, son prénom. La combinaison des deux détermine alors, sans équivoque, un végétal particulier. Vient souvent un troisième nom qui désigne une variété ou un cultivar issu d’une sélection horticole. Viburnum opulus ‘Compactum’ est une viorne obier naine et compacte, résultat d’une hybridation. En jonglant un peu, vous verrez que ce n’est pas si compliqué que cela.


Illustration: Blaise Dehon

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