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24/03/2012

Pixar sur Sambre

La Libre, Momento, Derrière l'écran, studios, Dreamwall, Petit SpirouCréés en 2007 à Marcinelle, les studios Dreamwall s’imposent comme un acteur majeur de l’animation en Belgique. On y travaille actuellement sur une adaptation des aventures du “Petit Spirou”. Un dessin animé que l’on pourra découvrir à la rentrée dans “Ouftivi” sur La trois.

Reportage: Hubert Heyrendt


AVEC LE FONDS WALLIMAGE (qui consacre une ligne de crédit spécifique à l’animation) et l’aide au développement d’entreprises, la Région wallonne et la Communauté Wallonie-Bruxelles ont décidé d’investir massivement dans le développement d’un secteur audiovisuel fort. Si l’on ajoute la création du Tax Shelter au niveau fédéral, on comprend pourquoi la Wallonie accueille de plus en plus de tournages de productions internationales… Au sein de cet écosystème, l’animation est un secteur de pointe, avec notamment les studios Nozone à Liège et bien sûr Dreamwall à Marcinelle, joint-venture entre la RTBF et les éditions Dupuis. Quand on débarque dans les bâtiments de Dreamwall, on remarque d’emblée cette double identité. Si les studios sont installés au sein de Dupuis, on découvre à l’entrée deux petits bureaux, où Jean-Charles Beaubois et Tatiana Silva préparent leurs bulletins météo. Qui seront enregistrés quelques mètres plus loin au Keywall, un immense studio virtuel.

C’est devant cet écran vert géant que, mercredi après-midi, Léon Perahia, administrateur-délégué de Dreamwall et directeur de Dupuis Audiovisuel, et Coralie Pastor, responsable du secteur jeunesse de la RTBF, accueillaient quelques journalistes et un groupe d’enfants. “Bonjour Barbara ! Bonjour Gérald !”, s’amusent-ils, incrustés dans le décor de “C’est du Belge”. Qui, en un claquement de doigts, est remplacé par un environnement coloré inspiré de l’univers du “Petit Spirou”. C’est en effet de la première adaptation à l’écran du personnage imaginé en 1987 par Tome  & Janry dont il est question aujourd’hui. Une grosse production. Cette série de 78 épisodes de 7 minutes a en effet droit à un budget global de 6 millions d’euros : 2 millions en Belgique (Araneo, RTBF et, à hauteur de 1 million, le Tax Shelter et, de 400 000 €, Wallimage), 3 millions en France (Dupuis Audiovisuel et M6) et 1 million au Luxembourg (Luxanimation).

Contrairement à ce qui s’était passé pour ‘Cédric’, dont une partie de l’animation avait été délocalisée en Asie, ce dessin animé est 100 % européen. Ce qui nous a permis de conserver l’entièreté du contrôle éditorial, explique Léon Perahia. On pense à l’adaptation de ce grand succès du catalogue Dupuis depuis longtemps. Mais il y avait deux difficultés. Dans la BD, il s’agit de gags en une planche, alors que les épisodes font 7 minutes. Il a donc fallu allonger les histoires. Ensuite, les responsables des chaînes françaises étaient assez frileux à l’idée de diffuser à l’antenne un personnage comme le Petit Spirou, qui a un côté très irrévérencieux, comme tous les enfants… On s’est donc mis autour d’une table avec les auteurs pour imaginer des histoires de 7 minutes adoucies, tout en conservant l’esprit du Petit Spirou… On a débouché sur le concept “Comment survivre à ?”, qui permet d’aborder des problèmes auxquels sont confrontés tous les enfants d’aujourd’hui.”

Dans les deux premiers épisodes dévoilés mercredi, on découvre ainsi comment Spirou survit à l’épreuve du bain chez sa grand-mère et au fait d’avoir oublié son maillot à la piscine… L’occasion de découvrir quelques édulcorations. Monsieur Mégot, le prof de gym, n’a plus de cannettes de bière dans les poches, ni la clope au bec. Tandis que l’abbé Langélusse a carrément disparu, histoire de ne pas froisser les diverses sensibilités religieuses ! Léon Perahia justifie en partie ces reculades par le fait qu’avec ce dessin animé, on s’adresse aux 6-9 ans, un public nettement plus jeune que celui des bandes dessinées. Après avoir défini une “bible”, Tome et Janry n’ont plus été réellement associés au projet. Ce sont des équipes de scénaristes qui ont pris le relais, livrant chacune dix épisodes. “Et ils ne se sont pas privés d’aller piocher des gags dans les BD.

Responsable artistique de Dreamwall, Olivier Auquier fait visiter les studios. Une immense salle accueille une cinquantaine de postes de travail. Casque sur les oreilles, regard fixé sur leur écran double, main rivée sur leur palette graphique dernier cri, une cinquantaine d’animateurs s’activent. Certains travaillent sur des habillages pour la RTBF, d’autres sur l’animation 3D de la seconde saison de “Lulu Vroumette” ou des effets spéciaux pour “Métal hurlant”. Mais la majorité d’entre eux sont occupés à mettre la dernière main aux épisodes du “Petit Spirou” qui leur ont été confiés (environ un tiers). L’animation est en effet répartie entre Dreamwall à Charleroi, les studios HLC à Paris et Luxanimation à Luxembourg.

Le travail de préproduction a été effectué à Paris, explique M. Auquier. On reçoit un “pack” composé du story-board, des personnages numériques et des décors de référence.” Débute alors le travail de Dreamwall. A partir des dessins des personnages, il s’agit de créer un squelette numérique, des marionnettes virtuelles sur lesquelles on applique des banques de costumes, d’expressions, de regards, de bouches, de mains… Paris ne livrant que deux décors, un champ et un contrechamp, reste à inventer le reste. Et à réaliser divers effets spéciaux (jet d’eau, fumée…).

Après ce premier travail de layout, l’animation en elle-même peut débuter. Les marionnettes sont importées dans les décors, on règle les rapports de taille et on leur imprime les premiers mouvements. Histoire de créer une première esquisse de l’épisode, régler le rythme, définir les cadres… Les animateurs donnent alors vie aux marionnettes numériques, dessinant, image par image, ce qu’elles ne peuvent pas faire. A cette étape, l’épisode est envoyé à Paris pour validation, puis revient à Charleroi. Débute alors le travail de compositing, où on règle la lumière, on crée les mouvements de caméra. Le travail de Dreamwall s’arrête là. Ce bout-à-bout est ensuite monté et mixé ailleurs. Tandis que les voix sont enregistrées par des comédiens belges chez Dame blanche à Genval. Et c’est une femme, Mélanie Dermont, qui prête sa voix au Petit Spirou…

De la réception du pack au compositing, cinq semaines seulement se seront écoulées. Léon Perahia précise en effet l’excellent rendement des animateurs de Dreamwall, qui fournisse chacun 8 secondes d’animation par jour. Tandis que du début du développement à la livraison à la RTBF et à M6, dix-huit mois seulement se seront écoulés.


Ph.: Christophe Bortels

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