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21/04/2012

Made in France

16_37_38_331270983_Reporters_00200236.jpgMade in France, le pays de mon enfance...

Aurore Vaucelle


Le “made in France”, un concept, ou un souvenir plutôt, une expression que l’on apprenait à connaître il y a trente ans, dès que l’on se sentait petit Français. En fait, pour tout dire, l’expression était assurément l’un des premiers contacts avec la langue anglaise… Le made in, celui qui te dit d’où arrive l’objet que tu tiens en main. Fascinant.
 
Dans les années quatre-vingt, difficile de ne pas rêvasser en lisant, à l’arrière de sa Barbie préférée, un “made in Taiwan” gravé au bas du menu dos bronzé de la poupée. Déjà, “made in Taiwan” semblait plus excitant que le “made in China”. D’abord, parce que l’on s’était renseigné, et que l’on nous avait dit que Taiwan était une île lointaine, et puis, finalement, le “made in China” se rapportait souvent à des jouets dont on avait bien compris, même si on était petit, qu’ils n’étaient pas si jolis et pas si surprenants. Tout le monde avait les mêmes. La piètre qualité/originalité n’échappe pas à un enfant.
 
Durant les vacances en Bretagne, ou au marché de Dinan, sur la place Duguesclin les jeudis fériés, en balade en famille, parfois, on avait droit à un jouet. Un jouet en bois, c’était mieux; d’abord, parce que papa est menuisier, et puis, parce qu’à cette époque-là, il y avait encore, à l’arrière des trains en bois et des boîtes de dominos, ce “made in France” inscrit en lettres hiératiques et majestueuses, signifiant que, quelque part dans ce pays qui était le nôtre, des gens fabriquaient des jouets. Quel métier de rêve, à n’en pas douter. On voulait aussi participer.
 
Et puis, ce logo, on avait fini par s’y habituer, souvent écrit également sur l’étiquette de son manteau en lettres toutes droites, à côté de son prénom tracé d’un geste plus hésitant, au crayon, par sa maman, pour qu’on ne perde pas son nouveau vêtement. Le “made in France”, cependant, a fini par ne plus apparaître dans l’étiquette de l’anorak ou sur la semelle des baskets, qu’on chaussait pour le cours de gym. Il était parti, avait laissé “made in Bangladesh” faire le boulot. Et nous, on a fini par l’oublier. Juste désolés, comme tout le monde, de voir à la télé cette usine de chaussures, à Fougères, fermer.
 
Des chaussures Noël, pourtant, un nom dément ! La fête est terminée. Depuis, le logo est réapparu, vaillamment, avec le développement, surtout, des concepts de mode éthique. Enfin, des gens se sont dit tout simplement que le savoir-faire, ici présent, valait bien la peine d’être défendu. Pour que les petits Français rêvent de nouveau de devenir fabricants de jouets, chausseurs, ou gantiers. Et pas seulement analyste financier.
 
 
Ph.: Rue des Archives/Reporters

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