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21/04/2012

Pauvre France !

La Libre, Momento, Papilles, Vins, FranceQuels sont les enjeux politiques de la prochaine élection présidentielle pour la filière viticole en France ? Les trois thèmes d’actualité qui préoccupent les vignerons français sont l’interdiction de publicité, énoncée dans la loi Evin liée à la politique de santé publique, les aides au développement du commerce extérieur et les fameux droits de plantation.

Baudouin Havaux


EN BELGIQUE, LE VIN EST synonyme de joie de vivre, de culture, de convivialité, de gastronomie. Par contre, en France, depuis la fin des années 80, il semble être considéré par les gouvernants de droite comme de gauche comme un problème de santé publique. C’est du moins le point de vue, largement partagé par la profession, de Jean-Michel Peyronnet qui est à l’initiative, en France, d’une chaîne câblée de télévision thématique dédiée aux amateurs et passionnés du vin.
 
Confronté à l’application pure et dure de la loi Evin, il n’est pas autorisé par le CSA (Conseil supérieur de l’audiovisuel) à diffuser des émissions qui parlent du vin dans tous ses états, de ceux et celles qui le produisent, ou de montrer à l’antenne des scènes de dégustation assimilées à de la publicité. “Alors que cette même CSA tolère sur les chaînes câblées françaises des scènes pornographiques ou de violence”, se plaît-il à souligner. Pour rappel, cette fameuse loi Evin, du nom du ministre de la Santé de l’époque, adoptée en 1991 sous le règne de Michel Rocard à Matignon et de François Mitterrand à l’Elysée, est considérée comme l’apogée de la politique prohibitionniste. Au cours de ses longues plaidoiries, Jean-Michel Peyronnet a invoqué en tant que journaliste le droit à l’information et la formation, le caractère pédagogique et ludique de son initiative.
 
Argumentant ensuite que le vin, c’est d’abord une culture multimillénaire dont l’histoire est liée aux religions et à l’avancée des civilisations, que c’est aussi une formidable aventure humaine où interviennent des femmes et des hommes passionnés, passeurs de convivialité et de joie de vivre, ou encore que le vin, c’est aussi le patrimoine associé, les paysages, la culture locale, les monuments et tout ce que l’on regroupe maintenant sous le label de l’œnotourisme. Par contre, il ne nie pas que le vin, c’est aussi un produit qui contient de l’alcool et que l’alcool reste en France la seconde cause de mortalité évitable par cancers après le tabac. Il est cependant regrettable de mettre la consommation de tous les types d’alcool sur le même pied, et de ne pas pouvoir informer, grâce à un programme de large diffusion, sur les risques d’une consommation excessive et les effets bénéfiques d’une consommation modérée et responsable.
 
Mais ses arguments ne semblent pas avoir convaincu, car Jean-Michel Peyronnet a installé ses studios au Luxembourg d’où il émettra en toute légalité ses émissions à destination des téléspectateurs français et autres amateurs de vin francophones et anglophones. En fin de compte, on se demande pourquoi la France s’obstine à se tirer des balles dans le pied, et à qui profite le crime. La seule réponse rationnelle vient du côté du lobby médico-pharmaceutique qui, de connivence avec les responsables ministériels de la santé publique et les firmes pharmaceutiques, finance les campagnes anti-vin au nom de la lutte antialcoolique, appuie les ayatollahs du lobby hygiéniste et prohibitionniste.
 
Cependant, le vent semble tourner. En effet, suite aux scandales des vaccins antigrippes H1N1 et du Mediator, les responsables sanitaires, forts de leurs diktats, ont perdu de leur crédibilité, ce dont profitent les défenseurs de la viticulture pour faire pression sur les candidats à l’élection présidentielle.
 
Il faut également remarquer que la loi Evin, qui interdit toute publicité pour les boissons alcoolisées, a sans doute été profitable aux producteurs de vins français, dont la plupart n’ont pas la surface financière suffisante pour s’offrir un spot à la télé. Faisant un peu de protectionnisme, elle a évité la concurrence de gros producteurs étrangers qui, eux, ont les moyens de se payer des campagnes publicitaires.
 
Paradoxalement, les exportations de vins et spiritueux représentent le premier secteur à l’exportation, avec, en 2011, un excédent qui pèse pour plus de 10 milliards d’euros dans la balance du commerce extérieur. La direction Vins et Spiritueux d’UbiFrance à Paris semble être seule à s’en réjouir, car cette excellente performance est bien moins médiatisée que lorsque la France vend un Airbus. Forts de ces résultats, les exportateurs de vins français incitent les candidats à doper les moyens financiers des agences nationales en charge de la promotion des vins et du commerce extérieur, la Sopexa et UbiFrance.
 
La libéralisation des droits de plantation – qui, selon la PAC, devrait être d’application le 1er janvier 2016 – constitue un enjeu de taille pour les producteurs français. En effet, cette suppression des droits de plantation, qui régulent actuellement la production de vin en Europe, entraînerait le développement d’une production de masse, qui ferait chuter les prix et la qualité des vins. La pression sur les candidats est forte pour qu’à Bruxelles, ils pèsent de tout leur poids afin de convaincre leurs partenaires européens d’empêcher cette libéralisation. Le vote de la Belgique et de la Bulgarie sera prépondérant.
 

13:30 Publié dans Papilles | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : la libre, momento, papilles, vins, france | |

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