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28/04/2012

La 3D à la recherche d’un nouveau souffle

La Libre, Momento, Derrière l'écran, télévision, 3dIl y a quelques semaines, le MipTV réunissait les professionnels de l’audiovisuel pour réfléchir à l’avenir de la 3D. Constats en demi-teintes… La technologie est là, partout. Mais les contenus manquent.

Reportage: Hubert Heyrendt, à Cannes


CETTE ANNÉE ENCORE, LE MIPTV, l’un des principaux marchés des programmes audiovisuels au monde, se penchait sur l’avenir de la 3D. La technologie n’est plus si neuve, relancée sur le grand écran dès 2007 avec “Beowulf” notamment, avant le succès mondial d’“Avatar” de James Cameron fin 2009. C’est la même année qu’apparaissaient les premiers téléviseurs “3D Ready”. On estime que 6 millions d’écrans 3D ont déjà été vendus à travers le monde en 2011, tandis qu’on en prévoit 70 à 80 millions en 2015. Le hic, c’est que la plupart de ces écrans ne servent pas à regarder des contenus en relief, les consommateurs refusant de débourser 100 dollars supplémentaires par paire de lunettes.
Les chiffres sont, ceci dit, encourageants. Sur ce marché naissant, c’est déjà la télévision payante (abonnement aux chaînes 3D, VOD…) qui se taille la part du lion, avec un chiffre d’affaires de 221 millions de dollars, contre 34 millions pour les salles de cinéma, 38 pour les consoles et 37 pour les Blu-Rays. Pourtant, l’enthousiasme est loin d’être de mise…
 
 
Au-delà du prix des lunettes, le principal frein au développement de la 3D, c’est surtout – et c’était un leitmotiv dans toutes les conversations au MipTV – le manque de contenu, même si l’on recense aujourd’hui plus de 40 chaînes proposant de la 3D dans le monde (HBO 3D on Demand, Discovery 3D…). Le problème, c’est que l’on a multiplié les dispositifs en relief (cinéma, télés et bientôt ordinateurs, GSM, tablettes, appareils photos et caméscopes) mais qu’on ne parvient pas à alimenter les tuyaux avec du contenu de qualité.
 
Côté cinéma, on attend encore le film qui créera le même engouement qu’“Avatar”. Par manque d’une production de qualité suffisante, on remarque déjà un essoufflement de la technologie. Pour preuve, pour faire tourner les milliers de salles qui se sont équipées, on doit les alimenter avec des ressorties en 3D de films anciens, comme “Star Wars” ou “Titanic” récemment… Et ce à quoi l’on assiste déjà, c’est à un recul de la production en 2012 et 2013. Si l’animation représente 50% des sorties, la 3D a cependant désormais conquis tous les domaines : concerts, danse, documentaires… Et bientôt les drames. Second maillon de cette chaîne 3D, la télévision pâtit du même problème de manque de contenu. Même si l’on compte beaucoup sur l’arrivée des téléviseurs avec lunettes passives et sans lunettes pour voir exploser, enfin, le marché. Mais pour l’instant (et même si l’Allemagne représente une exception), l’offre de Blu-Rays 3D est quasi nulle. Dès lors, on pousse les consommateurs à acheter des écrans qu’ils ne peuvent utiliser…
 
Pour défendre ses intérêts, le secteur a créé il y a 3 ans l’International 3D Society, soutenue par de grands noms comme Cameron, Scorsese ou Lucas. Celle-ci vient de dévoiler le palmarès de la seconde édition de ses prix, qui ont notamment récompensé “Hugo” de Scorsese et “Tintin” de Spielberg. Son président Jim Chabin (ancien président des Emmy Awards) était présent au Mip pour tenter de remonter le moral des troupes. Et la méthode Coué marche à plein tube. Chabin invoque ainsi la mémoire d’Harold Lloyd (cf. ci-contre) ou… celle de saint Steve Jobs. En 1984, tout le monde pensait que le Mac était un gadget, regardez où en est Apple aujourd’hui ! Et de relancer la rumeur du lancement de la 3D sur les produits à la pomme…
 
 
Le tableau n’est cependant pas totalement sombre. A Cannes, Erwin M. Schmidt, de Neue Road Movie, venait par exemple partager son expérience de producteur spécialisé dans la 3D. C’est lui, notamment, qui a produit “Pina”, documentaire de Wim Wenders sur la chorégraphe Pina Bausch qui marquait le premier rendez-vous entre la 3D et le cinéma d’auteur. “D’habitude, on utilise la 3D pour épater le spectateur. Nous, on cherche à l’utiliser pour enrichir son expérience.” Comme lui, certains producteurs se sont lancés dans l’aventure avec une réelle ambition. Pour “créer des expériences 3D spectaculaires et immersives”, explique John Cassy, directeur de la chaîne britannique Sky 3D. Laquelle s’est associée avec Anthony Geffen, d’Atlantic Productions, pour développer des documentaires nature en collaboration avec sir David Attenborough. Avec des productions ambitieuses comme “The Flying Monsters” (sur les dinosaures volants) ou un documentaire à venir sur le monde des plantes façon “Microcosmos”. Des films conçus en même temps pour une sortie sur grand écran puis une exploitation en télé.
 
“Faire de la 3D est très facile , explique Spencer Stephens de chez Sony Pictures. Faire de la bonne 3D est très difficile !” Pourant, et quitte à transiger sur la qualité, beaucoup pensent que la 3D doit désormais s’appliquer à tous les types de programmes : info, téléréalité, émissions de fitness ou de cuisine, opéras, écrans publicitaires, etc. “La 3D est juste un format plus avancé, comme la couleur par rapport au noir et blanc, mais n’a rien à apporter en plus”, défend Eric Klein, dont la société High TV 3D, basée à Hong Kong, produit à la chaîne 500 heures de programmes par an. Pourtant, le phénomène est encore loin d’attirer l’adhésion des téléspectateurs. En Italie, Sky 3D a ainsi filmé la finale de “X Factor” en 3D pour un public limité. Tandis que la finale de “Dancing with the Stars” de la BBC a été suivie en relief par… moins de 1000 personnes !
 
Pourtant, les expériences se multiplient. Ainsi, les chaînes américaines se lancent, timidement, dans la production de séries en 3D. NBC a ainsi tenté le relief pour un épisode de son soap quotidien “Days of our Lives”, tandis qu’ABC s’y est essayé pour sa sitcom “Happy Endings”. Pour un résultat assez affligeant… En effet, le relief est ici réduit au gadget inutile. Si l’industrie ne parvient pas à dépasser ce stade, il y a fort à parier que la 3D retombera, comme ce fut déjà souvent le cas dans le passé, dans l’oubli.
 
 
Ph.: 360Medias

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