Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Envoyer ce Blog à un ami | Avertir le modérateur

28/04/2012

Le grand feuilleton de l'automobile

La Libre, Momento, Routes, la grande histoire de l'automobile, livreEn dix volumes pratiques, documentés et très bien illustrés, “La grande histoire de l’automobile” fait
un très large tour sur une épopée de plus de 120 ans. Industrielle, bien sûr, mais aussi esthétique et sociologique.

Lecture: Dominique Simonet


L’AUTOMOBILE, QUELLE HISTOIRE ! Déjà maintes fois racontée, elle est cependant toujours à redécouvrir. Tel est le propos de “La grande histoire de l’automobile”, une encyclopédie en dix volumes de 77 pages. De 1880 à nos jours, le découpage se fait par décennies, sauf entre 1900 et 1914, puis entre 1915 et 1929, car la Première Guerre mondiale fut marquante à bien des égards.
 
Présentée dans un format proche de celui de la bande dessinée, cette collection apparaît fort bien écrite et illustrée de documents d’époque pour la plupart. Précise, elle ne heurtera jamais le spécialiste, dont elle rafraîchira la mémoire, et ravira tous les publics par son accessibilité et sa présentation dynamique.
 
Mais de quoi parle-t-on, au juste ? Comme toute histoire, l’automobile a sa préhistoire, qui porte en germe les quelque 125 ans de son existence. Il est, en effet, frappant de constater que, de 1880 à 1899, l’essentiel était dit. Les grands principes des carrosses motorisés sont établis. Entre les machines ambulantes à essence de pétrole, à l’électricité et à la vapeur, la lutte est féroce, comme peut l’être, déjà, le débat entre l’auto-mobile, le tricycle, la bicyclette, à une époque où la notion de mobilité individuelle voit le jour. Dans tous les cas de figure, la course aux records est engagée, et c’est un Belge, Camille Jenatsy, qui franchit le premier le cap des 100 km/h au volant d’une sorte de cigare électrique appelé “La Jamais Contente”. Né à Mussy-la-Ville, dans ce qui était encore le Luxembourg à l’époque, et la Gaume aujourd’hui, Etienne Lenoir inventa un “moteur à explosion alimenté par gaz”, et il a sa place dans cette histoire.
 
Durant la période, apparurent plusieurs grandes figures de l’automobile, comme Gottlieb Daimler et sa “Motorwagen”, Carl Benz et son tricycle à moteur. Longtemps concurrents, ils ne s’associeront que le 18 juin 1926, pour produire la Mercedes-Benz. C’est aussi le temps de marques comme (Albert) de Dion – (Georges) Bouton, (René) Panhard – (Emile) Levassor, époque où furent créées la F.I.A.T. par Giovanni Agnelli et la société Renault Frères, où la grande famille Peugeot passa à l’auto. Une auto qui, bientôt, tient salon à Paris, puis à Bruxelles, au Palais du Cinquantenaire à partir de 1902. Les inventions, les brevets – concernant les transmissions, moteurs, éclairages, pneumatiques – foisonnent, et la compétition est le meilleur terrain d’essai. Décidément, tout est là, y compris les limitations de vitesse à… 30 km/h dans les campagnes, quand on s’aperçoit qu’après tout, l’auto est une machine dangereuse, son chauffeur itou.
 
Ces bases techniques, industrielles et sociologiques jetées, l’automobile peut devenir, avec l’aéronautique qui la précède de peu, l’une des plus formidables aventures du XXe siècle. Pilotée par le journaliste spécialisé Serge Bellu, cette “Grande histoire” ne manque quasi aucun nom, aucune étape, aucune évolution. Bien sûr, auteurs et éditeurs sont de France, vers laquelle leur cœur balance, mais ils embrassent cette industrie devenue phénomène de société dans toute sa mondialité.
 
Tout est passionnant dans cette aventure, à commencer par l’évolution des méthodes de production, de l’artisanat des carrossiers qui battaient la tôle pendant qu’elle était chaude aux premières industries de montage. Se basant sur les principes du Taylorisme, un certain Henry Ford inaugure le montage “à la chaîne”. La méthode inspira non seulement les industriels de toute la planète, mais aussi Charlie Chaplin qui y vit un signe patent des “Temps modernes” : loin de tout angélisme, les auteurs savent se montrer critiques. L’homme peine à la tâche et surtout coûte cher ? Les robots découpeurs, fraiseurs, soudeurs prennent progressivement sa place au début des années 80.
 
 
Les marques et modèles sont, bien sûr, à la fête et suscitent bien des nostalgies avec leurs images noir et blanc ou aux couleurs passées, d’un autre temps. A raison d’une double page, “La grande histoire de l’automobile” s’arrête sur des modèles phare comme la Bugatti Royale, la Citroën Rosalie IV, la Traction Avant au nom pléonastique, l’aérodynamique et audacieuse Peugeot 402, la Renault R4, la Mini, mais aussi la Trabant 601. On s’étonnera juste du peu de cas relatif fait à la Coccinelle de Volkswagen, à ses origines politiques et aux conditions de travail des déportés et autres travailleurs forcés dans ses usines pendant la guerre. Par contre, il est bien question de la mise sous tutelle de l’industrie européenne, et notamment l’autorité de Ferdinand Porsche sur les usines Peugeot à Sochaux.
 
Les grandes heures de la compétition sont aussi là, comme le triplé Matra aux 24 Heures du Mans 1972-1974, le moteur suralimenté imposé par Renault en F1, mais aussi des aventures comme la croisière jaune, des phénomènes de société ou historiques comme les voyages en auto, l’exode de mai 1940; des tendances stylistiques comme l’obsession de l’aérodynamisme dans les années trente, et l’importance croissante de designers, tel le génial Raymond Loewy qui, à côté de locomotives, de réfrigérateurs ou de l’intérieur de l’avion Concorde, fut le grand inspirateur de la marque Studebaker. Aucun des grands pilotes d’envergure internationale ne manque à l’appel, ni notre Jacky Ickx ni Jim Clark qui incarna si bien les Lotus de Colin Chapman.
 
Cette histoire encyclopédique tombe à pic dans la mesure où, depuis quelques années, l’automobile envahit les derniers territoires et, surtout, réalise des progrès phénoménaux. Cette industrie est une fois de plus à la croisée des chemins, et n’a pas fini de susciter controverses ni passions.
 
"La grande histoire de l’automobile", 10 vol. de 77 pages, éd. Cobra.
 
 
Ph.: Citroën

Les commentaires sont fermés.