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28/04/2012

Pourquoi sont-ils si agités?

La Libre, Momento, Bien-être, enfants, difficiles, agitésLeurs parents, voire les enseignants, les trouvent particulièrement “difficiles”. On les dit aussi agressifs, en opposition, dans la provocation... Des chercheurs de l’UCL les ont suivis pour les comprendre.

Entretien: Laurence Dardenne


COMMENT DIRE… CE SONT DES enfants qui causent du tracas à leurs parents, notamment. Trop agités, parfois agressifs, souvent dans l’opposition, dans la provocation, aussi… Du genre à “dépasser les bornes des limites”, comme aurait dit le gamin à son poisson rouge Maurice. Un peu vite et abusivement, on les dit hyperactifs. Qu’importe le qualificatif, les “classer” ici ou là n’est en réalité pas le souci premier.
 
Essayer de comprendre les facteurs de risque, évaluer ces enfants précocement, observer si, oui ou non, ces comportements perdurent, identifier à partir de quel moment une intervention s’impose, imaginer des moyens d’agir sur ces troubles eux-mêmes et éventuellement prévenir l’apparition de troubles secondaires… paraît plus intéressant. C’est ce à quoi travaillent des chercheurs de l’UCL. Depuis 2005, une équipe de l’Institut de recherche en sciences psychologiques (IPSY), en collaboration avec les Cliniques universitaires Saint-Luc, a suivi des enfants de 0 à 3 ans et leurs familles. “Il se fait qu’à cette époque, on avait en consultations un nombre croissant de parents qui venaient nous voir avec pour seul motif que leur enfant était difficile, agressif, agité, que les enseignants s’en plaignaient”, nous explique le Pr Isabelle Roskam, de l’IPSY, qui donnera une conférence sur ce sujet, le mardi 22 mai, à Louvain-la-Neuve (voir ci-dessous). “Face à ce phénomène et à de si jeunes enfants (0 à 3 ans), nous ne savions pas très bien que faire, et l’on se demandait si, en attendant simplement un peu, avec la maturité, les choses n’allaient pas tout naturellement rentrer dans l’ordre. Avec des petits, on hésite toujours à mettre en route une prise en charge très lourde”, poursuit ce professeur de la Faculté de Psychologie et sciences de l’éducation de l’UCL.
 
 
C’est alors qu’un vaste programme de recherche a été lancé, enrôlant quelque 120 enfants venus avec cette plainte, et un groupe contrôle de 300 écoliers de la Communauté française, qui ne présentaient pas de troubles du comportement et qui ont, donc, servi d’échantillon témoin. Ces enfants ont été suivis pendant trois ans, soit de 2005 à 2008.
Nous les avons vus une fois tous les six mois dans une consultation complète qui consistait à évaluer les troubles du comportement, ainsi qu’un ensemble de facteurs dont on imaginait qu’ils pouvaient être les raisons pour lesquelles l’enfant était difficile, explique le Pr Roskam. Sur le plan individuel, nous avons tout d’abord exploré les capacités intellectuelles, le développement du langage et de la zone frontale du cerveau qui est responsable des capacités d’inhibition. Ou, en d’autres mots, ce qui empêche de faire des gestes dans tous les sens ou encore d’agir avant de réfléchir. Cette zone, qui évolue de 2 à 7 ans, peut s’avérer très immature chez certains enfants. Pour l’évaluer, l’enfant est soumis à des tests où on le met face à des épreuves d’inhibition (voir ci-dessous). Sachant quel niveau d’excellence les enfants qui n’ont pas de problème peuvent atteindre, on compare les résultats du groupe contrôle avec ceux des enfants dits difficiles, afin de détecter une possible immaturité chez ces derniers. Il est tout à fait impossible que cette zone se développe de façon moins optimale chez certains de ces enfants difficiles”.
 
En plus des facteurs individuels étudiés, sont pris en compte plusieurs facteurs familiaux, dont les pratiques éducatives des parents. Comment mettent-ils les limites ? Comment présentent-ils les demandes à l’enfant ?
 
Enfin, pour ce qui est du domaine affectif, tout ce qui concerne l’attachement, a également été étudié. Comment se sont construits les liens affectifs entre l’enfant et les parents ? “On sait que lorsqu’il y a des liens dits insécurisés, l’enfant ne se sent généralement pas à l’aise. Etant sur le qui-vive au niveau affectif, soit ce sont des enfants au profil anxieux, soit qui se font continuellement remarquer, car ils craignent de ne plus être au centre de l’attention, car ils ne sont pas tout à fait sûrs que ce lien est stable.”
 
Tous les six mois, pendant trois ans, ces enfants ont ainsi été évalués de façon complète, tant dans leurs troubles du comportement que dans dans une série de facteurs dont on imagine qu’ils peuvent avoir un lien causal. Une fois le suivi terminé, tous ces petits étaient entrés en première primaire.
En suivant les trajectoires de ces enfants, nous avons pu voir lesquels se sont normalisés. Si certains ont été diagnostiqués, pour d’autres, les choses étaient, entre temps, rentrées dans l’ordre. Nous sommes alors retournés en arrière, afin de voir ce qui, dans la vie de ces enfants, avait changé ou pu les influencer, et faire en sorte que certains allaient mieux que d’autres. Ou quelles étaient leurs caractéristiques au départ suscpetibles de dire que les uns ont un meilleur ou un moins bon pronostic. Ce qui nous permet de mieux cibler les tout jeunes enfants chez lesquels il y a lieu de faire de la prévention ou ceux chez lesquels il y a de fortes chances que la situation s’arrange spontanément.”
 
 
Le test d’inhibition
Concrètement, voici deux exemples d’exercices d’inhibition que l’on peut faire chez un tout-petit.
On lui montre trois dessins : un chien, un chat, un poisson. Il les reconnaît. On lui dit alors : “On va sur la planète Mars, et là, les poissons s’appellent toujours des poissons, mais les chats s’appellent des chiens et les chiens des chats.” On lui montre à nouveau les dessins, et, pour répondre correctement, il doit arriver à inhiber ce que l’on appelle la réponse automatique. Cela constitue un signe du développement frontal.
Un autre exemple : on dit à l’enfant de faire comme s’il tenait en main un drapeau, de fermer les yeux et de ne pas les ouvrir, et on le distrait, par exemple, en faisant tomber un stylo d’un bureau, afin de voir s’il est capable de garder les yeux fermés.
Il existe toute une série d’épreuves motrices et cognitives pour pouvoir évaluer cette maturité.
 
 
CONFERENCE
L’IPSY, Institut de recherche en sciences psychologiques, organise une conférence ouverte au grand public, le mardi 22 mai, de 18h30 à 20h, Place du Cardinal Mercier, 10 à 1348, Louvain-la-Neuve, Auditoire Socrate 10. Rens. : www.uclouvain.be/ipsy-cycle-conferences.htlm. Tél. : 010/47 45 47
 
 
Ph.: Reporters / BSIP

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