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12/05/2012

"Ecouter, voir et se taire"

La Libre, Momento, Tendances, parfumeur, senteurs d'ailleursRencontre avec Pablo Perez, le responsable de la boutique Senteurs d'ailleurs, installée depuis peu à Bruxelles.

Marie Baudet


LORSQU’IL S’AGIT DE S’OFFRIR ou d’offrir un parfum, on peut s’adresser au circuit des parfumeries classiques – indépendantes ou sous de plus vastes enseignes – avec leur panel de marques habituelles. D’aucuns, cependant, optent pour la sélection pointue de jus qu’on ne croisera pas à tous les coins de rue.
Dans un cas comme dans l’autre, à moins de racheter toujours et à jamais la même eau de toilette, le conseil prime – et rime avec le métier qu’exerce depuis quinze ans Pablo Perez, responsable de la boutique Senteurs d’ailleurs, fondée en 1997 par la famille Donie et depuis peu installée place Stéphanie, à Bruxelles.
Sur ce grand carrefour très lumineux, la boutique de haute parfumerie (doublée d’un volet haute cosmétique et d’un institut) arbore “une atmosphère sombre, feutrée, voulue”, peu visible de la rue : “Un écrin confidentiel, pour initiés – bien que nous soyons prêts à initier tout le monde à découvrir les gammes que nous proposons, pour la plupart très peu diffusées ailleurs”, sourit Pablo.

Si on parle des parfums pour soi, et en schématisant, certains clients viennent pour eux-mêmes, et d’autres cherchent un parfum à offrir…
Offrir du parfum, très franchement, nous le déconseillons, à moins de connaître très bien la personne et ses goûts, ou de savoir précisément la référence qu’elle souhaite. Si quelqu’un cherche un parfum pour soi, on tente d’abord de savoir quel type de fragrance a sa préférence, ce qu’il porte ou a porté, on définit une identité olfactive, dont on va tâcher de conserver le caractère, tout en répondant à la demande qui peut être un souhait de changement (“j’ai porté ceci et je veux quelque chose de très différent” – “je pars au soleil et j’ai besoin de quelque chose de léger”...), la recherche d’une odeur du passé…

Avant tout, votre travail relève de l’écoute, de l’observation. Et de la pédagogie. Votre rôle est aussi de traduire des désirs exprimés couramment dans le vocabulaire spécifique à la parfumerie…
Exactement. Le langage est d’ailleurs très important. Certaines personnes affirment aimer “les parfums musqués”, ce à quoi je réponds qu’ils le sont tous, le musc étant un ingrédient fixateur présent dans toutes les compositions.

Pouvez-vous nous rappeler les grandes familles de parfum ?
Il y en a sept – les hespéridés, les ambrés, les cuirs, les fleuris, les boisés, les chyprés, les fougères –, elles-mêmes se subdivisant en sous-catégories.

Que cherche-t-on en poussant la porte de Senteurs d’ailleurs ?
La différence, voire l’exclusivité. Ici, on récolte les frustrés et les déçus de la parfumerie classique, qui auront d’ailleurs bien du mal à y retourner ensuite. Certains croient trouver chez nous du 100 % naturel: il faut les détromper, même dans les parfums de créateurs, ça n’existe pas, certaines substances sont interdites, d’autres beaucoup trop coûteuses; les ingrédients de synthèse existent partout. En revanche, il y a indéniablement de la qualité, des créations originales. Ici, les parfums ont une âme.

Comment faire abstraction de ses propres goûts quand on accompagne et conseille un client ?
Oh, c’est facile ! Il faut être très psychologue – or, dans la vente, ça manque souvent. Le métier de vrai vendeur est très sous-estimé. Par ailleurs, ici, il s’agit de vente active, on ne vient pas, comme dans d’autres commerces de luxe, en brandissant un magazine pour acheter ce sac ou cette robe-là.

Vous parlez de luxe : ces parfums de créateur ont un prix. Dans quelle mesure est-ce un frein ?
On est, en effet, dans le vrai luxe, en distribuant des maisons qui ne suivent pas les modes, et très peu le marketing, là où d’autres vendent une image. Je dis souvent : choisissez ce qui vous plaît, pas un prix, quitte à attendre, plutôt que d’acheter quelque chose de moins cher mais que vous aimerez moins.

Comment se déroule un essayage de parfums ?
On n’en essaie pas plus de quatre ou cinq dans la même journée (et on renifle des grains de cafés pour se nettoyer l’odorat entre deux parfums). On essaie sur la peau : c’est elle qui va faire parler le parfum. Disons qu’on en sélectionne deux, un sur chaque poignet. Je conseille d’attendre quinze à vingt minutes au moins, le temps que les fragrances se développent, et même d’aller faire un tour. Voire de se faire parfumer, de vivre une journée avec et de revenir. Les coups de foudre arrivent, mais le plus souvent, le choix se passe en deux temps.

Qui fréquente la haute parfumerie ?
Une clientèle très diverse, avec beaucoup d’habitués. Et singulièrement pas mal de gens qui s’y connaissent. Je note aussi qu’on a de plus en plus de clients masculins – et pas forcément ceux qu’on croit, alors que l’homme est plus fidèle que la femme, en matière de parfum. Je suis d’origine espagnole et un proverbe, que je vais traduire littéralement, dit : “Ecouter, voir et se taire.” C’est ça ! Car la discrétion est indispensable dans une ville où, peu ou prou, tout le monde se connaît, et dans une boutique qui reçoit aussi bien une jeune étudiante qu’une actrice, un homme d’affaires ou une employée qu’une tête couronnée. La base est de ne jamais, jamais juger les gens sur l’apparence – je suis bien placé pour savoir à quel point elle peut être trompeuse. Et de traiter tout le monde avec les mêmes égards.

www.senteursdailleurs.be


Ph.: Reporters

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