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12/05/2012

Facile, la montagne!

La Libre, Momento, Escapade, montagne, été, Les MenuiresAu cœur des 3 Vallées, les Menuires et Saint-Martin-de-Belleville jouent sur deux tableaux :
le tourisme de masse et l’amoureux de la montagne.

T.Bou.


VOUS CONNAISSEZ LA DIFFÉRENCE entre un éboulement et une avalanche ?”, lance le guide aux 4 cordées aussi attentives qu’essoufflées. “L’éboulement, ce sont des pierres qui tombent, l’avalanche, c’est de la neige.” Expliquer la montagne et la rendre accessible, c’est le credo de Jean-Michel et Olivier, attachés au bureau des guides de la Vallée de Belleville aux Menuires. Fin juillet, col de Ploset, 3 240 mètres d’altitude, sur la ligne entre la Maurienne et la Tarentaise. Une vingtaine de vacanciers, dont cinq ados, sont partis tôt le matin de Val Thorens. Prendre ses congés d’été près d’une des stations de montagne les plus hautes d’Europe a des avantages. Pour la plupart, c’est une première. Peu auraient imaginé un jour s’initier à la haute montagne. Comment s’attacher et avancer en cordée ? Qu’est-ce qu’un glacier ? Une moraine ? Comment utiliser un piolet ? Comment marcher avec des crampons ? Dans la neige mouillée et dans la dure ? En montée et en descente ? Chance : il a neigé pendant trois jours, et le grand bleu est sur le glacier. En avant, au pas du montagnard. “Et n’oubliez pas de mettre le petit braquet quand c’est trop pentu !” Trois heures plus tard, au col, les souffles se reprennent. Les pique-niques se déballent. La pression descend. La fierté monte. Les regards deviennent complices. “Jamais j’aurais cru…” S’enchaîne une succession de photos souvenirs avec casque, corde et piolet de location. Les héros d’un jour prennent la pose comme des vrais. Et ils goûtent à l’ivresse de l’altitude et de l’effort récompensé.
 
Hier, aux Menuires (1 800 mètres), une partie de ces vacanciers ont partagé leur journée pluvieuse entre la piscine de l’aquacentre, le fun park couvert, et osé, en fin de journée, plusieurs descentes sur la piste de luge d’été. “Je ne m’attendais pas à ce qu’il pleuve et fasse si frais”, explique cette mère de famille de Lille en tongs et T-shirt. “C’est la première fois qu’on vient en montagne. La location n’est pas chère, mais avec nos deux enfants, il est impossible de rester dans le petit appartement. On ne m’avait pas prévenue…”, soupire l’ingénue qui enlève l’étiquette d’une “polaire” soldée. Difficile de confondre la montagne avec une mer d’huile. La règle, là-haut, est de s’attendre à tout. La palette est large. Demain, la météo annonce nuageux mais pas d’eau. Les sportifs accrocheront leur VTT aux remontées mécaniques et s’enfileront quelques descentes à faire crier les freins et monter l’adrénaline. Avec ce qui est tombé du ciel, “ça va être gras !”. Casque obligatoire. La sécurité, Patrick la maîtrise avec zèle. Avec un autre guide, il encadre, pendant une semaine, une dizaine d’enfants entre 6 et 13 ans. Découverte de la flore et de la faune, escalade, via ferrata, initiation à l’orientation, tyrolienne, canyoning… : aujourd’hui, 14h, la petite bande arrive au lac du Lou après une balade de 200 mètres de dénivelé. L’excitation règne. Après avoir relevé des empreintes l’après-midi, ils passeront un repas et la nuit dans le refuge d’Alberto Scano à 2 035 mètres. Pas trop triste sans plage ? “Trop cool !
 
Le choix de la montagne, pour passer ses vacances en été, ne va pas de soi dans l’imaginaire du tourisme de masse occidental. Pour apprécier les sensations profondes et rares des hauteurs, il faut le mériter. Sortir des chemins battus et quelquefois mouiller sa chemise : la formule n’est pas vendeuse. Mais les professionnels du tourisme en altitude ne veulent plus miser sur les seuls sports d’hiver qui assurent plus de 80 % de leur chiffre d’affaires. Les logements et infrastructures existent, comment convaincre un public plus large de venir l’été ? “On a constaté que la montagne souffrait d’une image de pénibilité, d’accès difficile auprès d’un public pour qui la destination classique de l’été est la mer”, explique Géraldine, directrice de l’office du tourisme de la Vallée de Belleville qui promeut le typique village de Saint-Martin et les imposants Menuires. “Nous avons donc conçu et adapté de nombreuses activités.” Prioritairement visées : les familles avec enfants qui ne disposent pas d’un gros budget. Tout est prévu : semaines d’ateliers thématiques, paintball, garderies pour tout âge, parc de loisir géant, carte multiloisir avec 20 activités à volonté, karts à pédales… A des tarifs concurrentiels : un hébergement pour 7 nuits en studio, 4 personnes, avec la carte multiloisir aux Menuires, commence à 67 € par personne ! A ce prix, ne vous croyez pas obligé de faire du trampoline. Prenez de la hauteur et des chaussures de marche (plus une veste et une gourde !). La montagne est à vous.
 
 
La Bouitte et ses herbes
 
“Bienvenue dans mon jardin”, sourit le cuisinier Maxime Meilleur en entrant dans le bois avec son panier. Après une heure de cueillette et d’explications, il revient à la Bouitte, le restaurant familial situé à Saint-Martin-de-Belleville. Aujourd’hui avec de l’oxalys (qui ressemble à du trèfle), des girolles, de la valériane, du lichen, des orties, des épinards sauvages, des fraises des bois et de la rhubarbe des moines (ou rumex alpin). Dans 15 jours, à des endroits plus caillouteux (et qui gardent donc la chaleur), il trouvera des myrtilles. Une référence dans le dessert savoyard. Sauf que ce pâtissier avant tout le revisite avec son fameux “Biscuiron”, marque déposée entre le biscuit et le macaron qu’il parfume à la Reine-des-prés (ulmaire) trouvée sur les versants sud. Maxime cuisine avec son père René. Ancien biathlète, Maxime fonce et crée. René assagit avec de la profondeur régionale. Ce duo a fait de la Bouitte un deux étoiles Michelin. Aujourd’hui, à 20 en cuisine, ils se décarcassent pour décrocher leur troisième étoile. Ce passage du prêt-à-porter à la haute couture vaut le détour avec, déjà, un menu découverte à 80 €.


Ph.: Philippe Royer

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