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26/05/2012

Entre spa et clinique

La Libre, Momento, Bien-être, sha wellness clinique, valence, alicantePerchée sur la montagne, dans la province de Valence, la Sha Wellness Clinic allie disciplines orientales ancestrales et techniques occidentales modernes. Bienvenue à la clinique du bien-être !

Dans le rôle de la patiente/cliente: Laurence Dardenne, en Espagne

AU LOIN, APRÈS AVOIR LAISSÉ DE CÔTÉ les tristes tours de Benidorm, on croirait apercevoir un paquebot de croisière. Blanc, il semble accroché à flanc de colline : c’est la Sha Wellness Clinic. Une fois monté à bord de la luxueuse enceinte, on tangue.
 
Et c’est bien entre deux eaux que vogue cette clinique du bien-être : plus qu’un luxueux hôtel doté d’un spa au sens classique du terme et moins qu’une clinique – ne prononcez surtout pas le mot hôpital, “ça, c’est trop médical”.
 
Alors, qu’est-ce au juste ? “C’est un nouveau concept, unique”, nous rétorque, après brève réflexion, Alejandro, vice-président et fils d’Afredo Bataller Parietti, fondateur, qui a mûri ce projet pendant 8 ans pour le voir sorti de terre, clinquant, il y a 3 ans et demi. Sourire peps aux dents (le blanchiment est l’un des nombreux traitements proposés à la clinique), teint bien bronzé, cheveux noir jais, ligne parfaite dans son costume taillé sur mesure, le jeune homme pimpant est la meilleure carte de visite de son entreprise. Tout droit sorti d’un magazine – on l’aurait très bien vu aussi chevauchant sa monture sur un terrain de polo –, voilà cet Argentin débarqué en Espagne propulsé directeur des ventes et du marketing de l’entreprise familiale dans laquelle plusieurs membres ont trouvé, avec bonheur, une fonction.
 
Et c’est avec conviction qu’Alejandro vous conte la saga familiale : comment son père, ayant souffert de problèmes à l’estomac 25 années durant, s’en est finalement sorti grâce à la macrobiotique (voir ci-après) et comment lui, migraineux chronique, s’est débarrassé de son enfer par la même méthode. “On n’est pas à Lourdes, précise-t-il quand même, mais les bénéfices sur l’organisme sont évidents”.
 
Par ces temps où les maladies dites “de société” ou “de civilisation” foisonnent, un concept, tel celui-là, n’a rien de très étonnant. Pas fondamentalement incongru. A priori, on pourrait le dire plutôt utile même, histoire de “désencombrer” les structures hospitalières de patients souffrant de ce que certains médecins qualifieraient davantage comme relevant de la “bobologie”. A une époque où l’on s’escrime à transmettre de sempiternels messages de pur bon sens, prônant une bonne hygiène de vie, la formule imaginée ici est séduisante et pourrait s’avérer efficace pour autant que…
 
Pour autant que lorsque l’on opte pour le programme minceur intensif, d’une durée recommandée de 14 jours, facturé 4 900 € (hors frais d’hôtel et de restauration), on ne s’empiffre pas le soir sur la terrasse à l’heure de l’apéro d’un kilo de pistaches arrosé de vodka en fumant le cigare… Car c’est bien là le paradoxe de certains “curistes”, dirons-nous, ne sachant pas s’il faut, en l’occurrence, parler de “patients” ou de “clients”…
 
Là, deux jeunes Russes, blondes décolorées, visages fermés, ces pauvres nouvelles petites filles riches semblent traîner leur ennui. Ne sachant pas comment dépenser les mannes qui leur sont tombées un peu vite dans les poches, elles voudraient tromper leur mal-être.
 
Esseulés, ces messieurs d’un âge plus mûr, sont venus s’offrir un break. Soigner leur burnout, peut-être. Et l’endroit, il est vrai, y est propice, au bord de la sublime piscine à débordement offrant une vue plongeante sur la Grande Bleue. Ils ne demandent clairement qu’à s’abandonner entre des mains – diversement expertes – pour un massage profond ou relaxant, selon l’envie ou le besoin du moment, mais ne peuvent clairement pas se décrocher de leur portable intelligent…
 
Les uns voudraient retrouver le sommeil, d’autres aimeraient perdre des kilos. Les uns s’imaginent déjà deux semaines plus tard, une fois pour toutes débarrassés de leur clope, d’autres rêvent de revenir quelques années en arrière, refusant les signes du temps qui passe inexorablement…
 
Minceur, detox, antistress, antitabac, récupération du sommeil, fibromyalgie, douleur chronique musculaire et squelettique, rajeunissement intégral, esthétique (médecine non invasive)… sont quelques-uns des programmes spécifiques proposés. Composés d’un check up médical, de consultations avec des spécialistes, de cours théoriques, d’exercices pratiques, d’activités en groupe, de soins divers en individuel,… ils sont concoctés à la carte pour se refaire une santé, se refaire une beauté, se refaire un moral d’acier en une, ou de préférence deux semaines. Un peu de motivation, et tout paraît réuni pour une prise de conscience et pour réapprendre les bonnes habitudes : manger sainement, bouger raisonnablement, dormir correctement, pouvoir déconnecter de temps en temps…
 
Dans un décor où certaines blouses blanches ont des allures de personnages de séries télévisées. Ambiance mi-feutrée mi-asceptisée. Entre deux eaux, comme on disait.
 
 
 
A la macrobiotique!
 
Pas de café, pas de vin, pas de pain, pas de sucre, pas de produits laitiers, pas de viande rouge… pas de quoi, a priori, entrer – avec joie – dans la macrobiotique, discipline de vie prônée en ce lieu. A posteriori, on change pourtant vite d’avis. Inventifs, savoureux, audacieux, gourmands, parfois curieux, les mets servis au SHAmadi, le restaurant principal, s’avèrent le plus souvent délicieux. A la base de cette autre pyramide alimentaire, on trouve des céréales complètes (riz, millet, orge, avoine, maïs, blé, sarrasin). La consommation journalière devrait, en moyenne, comprendre 30 à 50 % de céréales complètes, selon le régime macrobiotique. Une portion de cette quantité peut être des nouilles ou des pâtes, du pain complet sans levure et d’autres grains traités ou des dérivés de grains comme le couscous, le boulgour ou les flocons d’avoine. Les légumes, idéalement issus de l’agriculture locale et biologique, devraient constituer 25 à 35 % de notre alimentation quotidienne. Ils peuvent être cuits à la vapeur, bouillis, sautés avec un peu d’huile de sésame non raffinée et occasionnellement frits ou en style tempura. A l’occasion, une petite portion de légumes frais, crus en salades ou en saumures, est autorisée. Interviennent ensuite les légumineuses et algues marines (5 à 10 %), ainsi que, dans les mêmes proportions, les soupes de légumes de saison avec du miso, du shoyu (sauce soja naturelle) ou du sel marin.
 
Poissons blancs pauvres en graisse, comme le cabillaud ou la sole, sont “acceptés en quantités raisonnables” une ou deux fois par semaine. Fruits frais, secs ou cuits le sont plusieurs fois par semaine. Côté desserts, sont autorisés les mochis, sushis, flans, gélatines naturelles, gâteaux de riz… faits avec des ingrédients complets et des sucres naturels (orge malté, sirop de riz ou de fruits...), mais sans œufs, ni farine raffinée ni produits laitiers.
 
Et pour les boissons ? De l’eau – mais pas au cours des repas – ou du thé de brindilles brancha, de riz complet ou d’orge fumée… Mais “tout thé traditionnel qui n’a pas de parfum aromatique ou un effet stimulant peut être consommé”, nous rassure-t-on, de même que, de temps en temps, les jus de fruits et de légumes, frais bien évidemment ! Quant aux bières, vins et saké, ils sont tolérés avec modération.
 
Entre autres conseils : le soir, manger le plus tôt possible, idéalement trois heures avant d’aller dormir, et mâcher chaque bouchée aussi longtemps que possible avant d’avaler, idéalement 50 fois, ou plus, jusqu’à ce que la nourriture se liquéfie dans la bouche…
 
Cela étant, la macrobiotique ne se résume pas à un régime nutritionnel, il s’agit de tout un mode de vie.
 
 
Ph.: L.D.

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