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26/05/2012

La télé partout, tout le temps

La Libre, Momento, Derrière l'écran, télé du futur, mip, CannesA l’ère du numérique, on assiste à une révolution de l’offre télévisuelle. Les chaînes ne se contentent plus d’une diffusion classique de leurs programmes, elles se doivent de les exposer sur des nouvelles plateformes toujours plus nombreuses… Un véritable casse-tête pour les développeurs !

Reportage: Hubert Heyrendt, à Cannes


LORS DU DERNIER MIPTV à Cannes, en avril dernier, diverses séances furent consacrées à la révolution de l’univers télévisuel suite au passage à l’ère numérique. Chez les professionnels, on parle désormais d’“audience connectée” pour mesurer l’impact des nouvelles façons de diffuser du contenu, à travers l’explosion des nouvelles plateformes. Car, désormais, les chaînes doivent être présentes partout : diffusion classique, VOD en ligne ou sur les décodeurs numériques, applications mobiles, télé connectée…
 
Si, depuis l’invention du magnétoscope, les diffuseurs ont dû partager le petit écran, les choses ne cessent de s’accélérer ! Consoles de jeux, décodeurs-enregistreurs numériques, télé connectée… ne cessent de grignoter du terrain. Aujourd’hui, un même écran de télévision ne donne, en effet, plus seulement accès aux chaînes gratuites ou à une offre payante, mais permet également d’accéder à des vidéos en ligne, à la vidéo à la demande… Tandis que les tablettes constituent désormais un “second écran” qu’il s’agit encore de conquérir. “Ça devient très compliqué. Et tout le monde veut sa part du gâteau. Désormais, grâce à Internet, on peut se lancer sur le marché sans devoir négocier sa place sur un réseau de télédistribution traditionnel, estime Tom Morrod, analyste spécialisé chez IHS Screen Digest. Dans ce nouvel univers, ceux qui construisent les matériels, qui développent les nouveaux écosystèmes peuvent désormais marier appareil et contenu”. A côté des chaînes traditionnelles, des câblos et des opérateurs télécoms, il faut, en effet, aujourd’hui compter sur des géants technologiques comme Google, Apple, Samsung, Microsoft ou Sony qui, tous, proposent désormais du contenu sur leurs produits (téléphones portables et tablettes, consoles de jeux, téléviseurs intelligents…) sans passer par les circuits de télédistribution classiques.
 
 
Directeur “contenus” de Samsung Europe, Daniel Saunders explique que la marque vend déjà une majorité de smart TV (20 millions écoulées à la fin janvier 2012). Reste à voir si, à l’image des télés 3D, les acheteurs utilisent réellement les nouvelles possibilités que leur offrent ces écrans high-tech… On estime, en effet, que, sur les 80 millions de télés intelligentes vendues dans le monde, seules 20 % d’entre elles sont réellement connectées…
 
Responsable d’acquisition de contenus chez Microsoft, Peter Mercier représente un acteur auquel on ne pense pas spontanément. Il explique pourtant que, depuis des années déjà, la X-Box n’est plus seulement une console de jeux, mais un vrai agrégateur de contenus. Dès 2002, Microsoft permettait à ses clients de jouer en ligne, tandis que la VOD (émissions, films…) était lancée en 2006; la télé live (BSkyB, Canal+) suivait trois ans plus tard. Les possesseurs britanniques de X-Box ont ainsi désormais accès aux programmes de la BBC ou de BSkyB, à l’offre VOD de Netflix et LoveFilm (Amazon), à de la musique (Zune), aux vidéos YouTube… Et que l’on ne s’imagine pas qu’il s’agit là d’une audience marginale. La communauté X-Box Live compte déjà quelque 40 millions de membres dans le monde !
 
Pas question d’ignorer un débouché comme celui-là, comme l’explique Christian Bombrun, responsable de M6 Web. Avec M6 et W9 Replay, le groupe s’est lancé dans une offre de catch up gratuite, permettant à ses téléspectateurs de revoir ses programmes phares (“Top Chef”, “Pékin Express”…), d’abord sur leur PC et, désormais, sur 8 millions de téléviseurs (câble, IPTV…) et 3 millions de tablettes et de smartphones. Tandis que des applications sont également disponibles sur les smart TV de Sony et de Samsung, mais aussi, depuis peu, sur X-Box. “Pour nous, cela représente de nombreux challenges, insiste M. Bombrun. Il faut gérer un grand nombre d’interfaces et de technologies différentes, s’assurer qu’elles sont sûres contre la piraterie. Mais aussi de monétiser tout cela…”.
 
Malgré l’apparente fragmentation de l’audience, il ne se dit pas inquiet pour l’avenir des broadcasters. “Aujourd’hui, il faut acquérir les droits d’un contenu pour pouvoir être partout. Mais quand on travaille sur le non-linéaire, cela doit toujours se faire en lien avec une émission, comme “X Factor” par exemple.” En 2011, M6 lançait sa première expérience de “second screen” avec le télécrochet, permettant aux téléspectateurs de voter ou de suivre un second signal en direct dans les coulisses depuis leur PC, leur téléphone ou leur tablette.
 
Emma Lloyd, directrice des produits émergents chez BSkyB, ne dit rien d’autre. Avec SkyGo, il s’agit là encore de donner accès aux contenus maison sur toutes les plateformes imaginables. Tandis que la chaîne privée va encore plus loin avec son application entièrement dédiée au sport. Laquelle permet, par exemple, de suivre un grand prix de Formule 1 sur quatre écrans en même temps, d’avoir accès aux statistiques des pilotes…
 
 
Pour l’instant, ces nouveaux services sont évidemment des produits de niche. “La télévision linéaire reste largement majoritaire, explique Daniel Saunders (Samsung), mais si le produit est bon, il fonctionnera. La consommation a déjà changé, même si le pourcentage reste encore faible.” Son collègue de Microsoft, Peter Mercier, de préciser. “C’est un nouveau marché qui, pour se développer, a besoin de marques auxquelles les gens font confiance, comme la BBC ou M6.”
 
Des propos qui font écho à ceux de Josh Sapan, lors de sa “Keynote” cannoise. “Le mouvement vers ce qu’on appelle la “télévision partout” – la possibilité de recevoir sur n’importe quelle tablette, téléphone portable ou ordinateur, les chaînes de télé et les programmes qu’on avait l’habitude de payer – est un élément important pour le succès du modèle de la télévision payante”, affirmait le patron du réseau câblé américain AMC. Mais de prévenir : “Ce qui garde les gens devant la télévision et les pousse à payer chaque mois pour la regarder sur toutes ces plateformes… est le contenu.” Avec des séries iconiques comme “Mad Men”, “Breaking Bad” ou “Walking Dead”, AMC n’a, en effet, aucun mal à monétiser ses contenus sur toutes les nouvelles plateformes...
 
 
Ph.: Ahn Young-Joon/AP

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