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26/05/2012

Pékin en douceur

La Libre, Momento, Escapade, Pékin, ChineLa capitale chinoise ne séduit pas au premier abord. Massacrée par les chantiers, elle suscite un certain émerveillement grâce à plusieurs quartiers qui évoquent, mieux que tout autre, la Chine d’autrefois.

Découverte: Valentin Dauchot


LE CHARME PÉKINOIS ne saute pas aux yeux : pollution, trafic incessant, succession d’immeubles identiques et immenses boulevards impersonnels hérités du communisme en font plutôt une ville désagréable. Pourtant, les lieux finissent par captiver. Quiconque y reste plus d’une semaine s’imprègne inconsciemment de sa richesse culturelle inouïe, éparpillée dans les quartiers inégaux d’une ville en destruction pleine de paradoxes.
 
Essentielle et inévitable, la Cité interdite constitue une porte d’entrée idéale. Elle replace la capitale dans son contexte historique et fournit d’emblée les armes nécessaires pour appréhender les vestiges d’un passé prestigieux, riche d’une Histoire millénaire. On la visite en semaine, en hiver de préférence, quand la lumière crue magnifie les toits orange et les colonnes rouges du palais impérial, et fin janvier, quand les touristes chinois affluent de tout le pays pour visiter l’édifice et se faire prendre en photo devant le sacro-saint portrait de Mao. Le Grand Timonier trône sur Tian’anmen et veille sur la place du même nom qui la prolonge, la plus grande au monde, dit-on, qui n’a de réel intérêt que les souvenirs qu’elle évoque. Pas de bancs pour s’installer et repenser à la manifestation étudiante de 1989 ou au massacre qui s’ensuivit, et pas grand-chose à voir, finalement, outre les bâtiments officiels et l’immense mausolée de Mao. La plupart des touristes ne font que passer et se dirigent massivement vers Qianmen, ancienne artère commerçante où stands de rue et magasins occidentaux se mêlent aux bâtiments d’époque dans un grand melting pot commercial qui évoque plus Disneyland que la Chine d’antan.
 
La plupart des hutongs ont été détruits, ou vont l’être. Ces petites ruelles typiques de Pékin construites sous les dynasties Yuan, Ming et Qing sont magnifiques, mais souvent insalubres et presque entièrement supprimées pour laisser place aux centres commerciaux et immeubles d’appartements. Un déchirement pour le visiteur qui retrouve dans ces quartiers authentiques, à cours carrées, la plus belle manifestation de la Chine impériale. Les guides locaux ont beau vanter les mérites de Wangfujing, l’artère commerçante qui se situe à deux pas. Celle-ci est peuplée de fast-foods et de bâtiments vides, désertée par la jeunesse branchée qui lui préfère désormais le quartier des ambassades de Sanlitun.
 
Plus au nord, le lac Houhai n’était à l’origine qu’un petit village en bordure d’eau. Labellisé “lieu touristique”, il est, lui aussi, flanqué de magasins de souvenirs, restaurants industriels et bars à chanteurs folk, dont toute la rue a le bonheur d’entendre la voix criarde par la grâce de baffles extérieurs. Ses eaux gelées attirent les patineurs en hiver et séparent deux agréables quartiers de hutongs aux ambiances radicalement différentes. Nanluogu Xiang, à l’est, bel ensemble de hutongs rénovés où s’engouffrent touristes, hôtels de charme et délicieux restaurants à prix abordables. Et le quartier de Xidan, à l’ouest, peu touristique et d’autant plus magnifique que ses hutongs moins tape-à-l’œil sont entiers et authentiques. Là, les Pékinois font leurs courses et se retrouvent dans un marché couvert.
 
La rue Xuanwumennei serpente entre les échoppes et les ruelles délicieusement défraîchies, et amène tranquillement vers une rame de métro moderne qui vous transportera à Gulou pour un petit yuan. C’est l’un des quartiers phare de la ville. Une artère touristique, certes, mais de taille humaine, bordée de petits commerces, de stands de rue et de cafés de charme qui invitent à la flânerie. Ici, les magasins vintage jouxtent les petits bouis-bouis typiques où tout est frit pour 5 yuans et dévoilent une place magnifique, discrètement enclavée derrière l’artère principale. A l’ombre de la Tour du tambour, les chauffeurs de pouss-pouss somnolent sur leurs bécanes, s’adonnent au jeu de Go sous le regard des passants, et subissent les conseils de la moitié du quartier venue commenter pendant des heures les coups des deux joueurs. A l’aube, les retraités s’y retrouvent pour faire leur exercice quotidien sur fond de musique traditionnelle ou de techno des années 80, puisque très peu d’entre eux bénéficient d’une couverture médicale et ne peuvent se permettre de tomber malade. C’est au tour du visiteur de s’asseoir dans un café pour observer ces scènes touchantes de la vie quotidienne, qui illustrent avec acuité une part vivante de la tradition chinoise.
 
 
Les plus fêtards finiront à Wudaokou pour rencontrer les étudiants des dizaines universités logées aux alentours, avant d’aller chanter dans un karaoké ou d’assister à l’un des rares concerts donnés en ville. Ceux qui disposent du temps nécessaire poursuivront dans le quartier russe de Ritan ou près du parc Beihai, plus beau et plus calme que Houhai, où le tai chi est encore pratiqué et la presse officielle placardée sur les murs. Avant, sans doute, de s’éloigner de cette agitation frénétique pour découvrir la “vraie Chine” dans ses campagnes magnifiques.
 
 
Ph.: Valentin Dauchot

15:30 Publié dans Escapade | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : la libre, momento, escapade, pékin, chine | |

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