Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

26/05/2012

Réaction instantanée

La Libre, Momento, Autoportrait, Pierre LapointeAuteur-compositeur- interprète québécois, Pierre Lapointe est un des tout grands représentants de la chanson francophone. Il a quatre albums à son actif : “Pierre Lapointe”, “La Forêt des mal-aimés”, “Les Sentiments humains” et “Pierre Lapointe seul au piano”.


PIERRE LAPOINTE EN 4 DATES

23 mai 1981 : c’est à cette date que j’ai vu le jour… à Alma, au Lac-St-Jean. La région qui reste dans mon cœur, l’endroit où j’ai passé les beaux moments de mon enfance. Plus précisément à St-Gédéon, un petit village donnant sur une plage magnifique. La naissance de Pierre Lapointe, est-ce vraiment un moment important ? Pour qui ? Surtout pour moi, je crois.

Août 1999 : je commençais l’école de Théâtre. A St-Hyacinthe. Une école de Théâtre professionnel. C’est là que tout a commencé. J’étais avec d’autres jeunes aussi créatifs et curieux que moi. J’étais sur le point de commencer ma vie pour de vrai. Premier appartement, seul, sans les parents.

Octobre 2001 : j’ai été nommé auteur/compositeur/interprète de l’année au Festival international de la chanson de Granby. Concours mythique, ici, au Québec, qui a vu naître des artistes comme Jean Leloup, Isabelle Boulay, Lynda Lemay, Luc de Larochelière et… Pierre Lapointe. J’y ai rencontré des gens très importants. Jeanne Cherhal, entre autres, qui reste une artiste que je respecte énormément. Mais, surtout, j’ai eu la confirmation qu’il se passait quelque chose. Que j’étais peut-être sur scène pour les bonnes raisons. J’ai mis encore plusieurs mois avant d’être véritablement à l’aise avec l’idée de faire de la chanson mon travail, mais je dirais que c’est durant mon passage à Granby que je me suis dit que c’était possible d’envisager un avenir pour moi dans le domaine de la chanson.

Octobre 2005 : le gala de l’ADISQ (l’équivalent des Victoires de la musique, mais au Québec). J’avais présenté mon premier album l’année précédente. J’étais en nomination dans 13 catégories différentes, ce qui arrive très rarement, tout le monde parlait de moi. J’étais dans un tourbillon assez difficile à décrire. Horrible et beau à la fois. Sensation étrange. Sans le vouloir, j’ai mis le feu au gala en dénonçant le manque de charisme des radios commerciales. Il y avait une énergie superbe dans la scène musicale québécoise : Ariane Moffatt, Malajube, Arcade Fire, Les trois accords, nous étions tous là, les nouvelles têtes. Nous avions un nouveau discours. C’était très stimulant de faire partie de ce mouvement, de ce nouveau souffle.


UN EVENEMENT DE MA VIE

Le 14 février 2000, j’ai chanté en public pour la première fois. Personne ne savait que j’allais chanter. Même pas mes parents. Je n’avais jamais chanté, d’ailleurs… Même moi, je ne m’en savais pas capable avant cette représentation. C’était dans le cadre d’un concours intercollégial (CEGEP en spectacle). J’y ai présenté deux chansons. Des chansons très vaporeuses sans couplet, sans refrain. J’étais mort de peur. Je n’ai rien dit, suis arrivé sur scène, ai sorti d’une petite boîte un Bambi miniature, l’ai placé sur le piano et me suis mis à chanter. La réaction a été instantanée. Tout le monde se demandait d’où sortait cette voix. Moi aussi. J’ai remporté le premier prix.
Cette performance a donné lieu à une rencontre avec mes professeurs qui étaient très intrigués par ce qu’ils avaient entendu sur scène. Ils en sont venus à la conclusion que, si j’avais cette voix, cette présence en chantant pour la première fois de ma vie sur scène, je me devais de quitter l’école et de partir chanter. Ils m’ont donc mis à la porte. Grande tristesse pour moi, mais également une grande chance. Je ne savais pas encore, mais c’est le fait d’avoir été mis à la porte de l’école de Théâtre qui a fait que j’ai évolué si rapidement.


TROIS PLATS

Le pâté chinois
On cherche encore la provenance exacte de ce plat populaire. Mais il semblerait que c’est un plat qui a vu le jour dans les cuisines des maisons ouvrières il y a maintenant plusieurs décennies. Trois composantes : des pommes de terre pilées/du maïs en conserve/du bœuf haché. Le tout superposé en étages dans un plat creux. Ici, TOUT le monde a un souvenir d’enfance relié au pâté chinois. On le mange avec du Ketchup (Heinz) à l’américaine. C’est un plat qui est tout, sauf raffiné, mais qui reste très réconfortant par les jours tristes ou les jours de grand froid.

La pastilla
Plat d’Afrique du Nord que j’ai découvert il y a 10 ans. Un plat raffiné (tout le contraire du pâté chinois), tout en subtilité, quelque part entre le sucré et le salé. Pour moi, manger de la pastilla reste comme un moment important dans mon année. J’en mange rarement… mais j’adore.

Calissons d’Aix
J’ai eu la chance de goûter des Calissons d’Aix quand j’étais ado. Ici, au Canada, c’est le genre de truc qu’on trouve rarement. J’adore le goût, évidemment, mais j’aime l’idée de manger une friandise qui existe depuis plusieurs siècles, sans jamais avoir perdu son goût d’origine. J’ai un peu l’impression de faire un minivoyage dans le temps en mangeant des Calissons. Je trouve ça très émouvant, en fait. J’aime l’idée de l’artisanat qui traverse les époques.


TROIS CREATEURS

André Courrèges
J’ai commencé à m’intéresser à la mode et aux créateurs “d’objets” avec M. Courrèges. J’ai découvert son travail en me renseignant sur l’histoire d’Expo 67 quand j’étais ado. J’ai vu des documents d’archives qui illustraient un défilé qu’il avait fait durant l’Expo au pavillon de la France. Des vêtements en plastique, les minijupes et les mannequins qui bougeaient comme des robots. Je suis tombé en amour avec la couture-futur. Ensuite, je me suis intéressé à Pierre Cardin, Paco Rabanne… Et grâce à ces créateurs, j’ai appris beaucoup. Sur la théâtralité, oui, mais aussi sur l’anticipation. C’est inspirant de voir des créateurs qui projettent dans le futur pour créer maintenant. Ce qui m’émeut souvent, c’est de voir comment on voyait le futur dans le passé, de voir le futur du passé. Je trouve également intéressant de constater comment les créations de Courrèges ont vieilli. Je trouve que c’est encore super d’actualité. De voir aussi comment sa femme Coqueline Courrèges fait évoluer la compagnie et la recherche technologique qu’elle fait pour essayer de participer à l’élaboration d’un monde meilleur.

François Lacasse
Un peintre abstrait québécois. Un de nos plus grands peintres à mon avis. Je ne suis pas fan de peinture abstraite, mais à l’âge de 19 ans, je suis tombé sur une de ses toiles au musée des Beaux-Arts du Canada, et j’ai vécu un choc. J’étais interpellé par une drôle de sensation. En fait, j’avais, pour la première fois de ma vie, envie de lécher littéralement une toile. Comme quoi l’art peut nous réserver bien des surprises. Mais si vous ne le connaissez pas, allez découvrir son travail.

Patrick Jouin
Créateur d’objets français. Il a fait des choses incroyables à l’aide de nouvelles technologies. Je crois qu’il est un grand poète. Un des plus grands poètes de l’avant-garde actuelle. Pour moi, les poètes du futur ne parlent pas avec des mots, mais bien en créant des sensations fortes à l’aide de la technologie. Un langage plus universel et plus actuel que les mots. Avec la lampe “Bloom” ou sa chaise “SOLID” (pour ne nommer que ceux-là), il a réussi à faire des objets semblant provenir à la fois du passé et du futur. On sent bien que ces objets ont été créés avec des moyens techniques complexes et très modernes, mais on ressent quand même une sensation de déjà-vu émotif. Comme si ces objets provenaient d’un futur qui a toujours existé.
J’ai d’ailleurs intégré une de ses chaises dans une installation que j’ai réalisée avec mon ami Jean Verville, un architecte montréalais, pour l’exposition Big Bang au musée de Beaux-Arts de Montréal l’automne dernier.


UNE DATE

9 novembre 1989
Chute du mur de Berlin.
J’étais devant la télé. J’avais 8 ans et ne comprenais pas tout. Mais je voyais bien qu’il se passait quelque chose de grand. Je me souviens d’avoir pleuré, sans comprendre vraiment pourquoi. La réalité de l’Allemagne était loin du petit Québécois de 8 ans que j’étais, mais je me sentais pris par un sentiment plus grand que moi devant ces images.
J’ai commencé à poser des questions sur la politique après avoir vécu cet événement en direct à la télé. Aujourd’hui, je ressens une certaine fierté face au fait de me souvenir de ce moment-là.


Ph.: IMAGEGLOBE / AFP / Nicolas Tucat

Les commentaires sont fermés.