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09/06/2012

Au service de la télévision publique

La Libre, Momento, Derrière l'écran, UER, coulissesVisite des locaux de l’UER à Genève en compagnie de son directeur général, le Belge Jean-Paul Philippot. Une Union européenne de radio-télévision très active. Et pas seulement dans le concours Eurovision…

Visite: Hubert Heyrendt, à Genève


UER (EBU EN ANGLAIS). Pour beaucoup, l’acronyme d’Union européenne de radio-télévision ne dit sans doute pas grand-chose. Les quelques notes du “Te Deum” de Marc-Antoine Charpentier (1643-1704) sur un bon vieux logo étoilé, qui marquaient le début de chaque retransmission en “Eurovision”, réveilleraient sans doute quelques souvenirs chez les moins jeunes… Mais au-delà du réseau Eurovision et du célèbre concours de la chanson auquel il a donné son nom (regardé chaque année par 125 millions de personnes, de quoi en faire la plus grande émission de divertissement européenne), que connaît-on de l’UER ? Pas grand-chose… C’est que l’institution est plutôt discrète.
 
Créée en 1950 par les chaînes publiques britannique, française, néerlandaise, ouest-allemande, belge et danoise, l’institution est présente aujourd’hui dans 56 pays de l’Europe non pas géographique ou politique mais telle que définie par la Convention internationale des télécommunications. Ce qui explique qu’elle possède des membres en Afrique du Nord, au Moyen Orient et en Asie. Parmi ses membres associés, on retrouve des pays plus lointains, comme le Japon (NHK), les Etats-Unis (CBS), la Chine (CCTV) ou la Corée (KBS). Avec ceux-ci, l’UER travaille notamment à la mise en place de standards technologiques communs, l’une de ses missions depuis ses origines. Aujourd’hui, l’UER possède ainsi un important département Technologie & Développement, où des ingénieurs de renommée internationale travaillent sur les médias de demain : télévision et radio hybrides (connectées), très haute définition, systèmes sonores multicanaux, 3D…
 
Si la mission première de l’UER est clairement affichée : rendre indispensables les médias de service public, on trouve étrangement parmi ses adhérents des chaînes privées comme Cana+, TF1, Europe 1 ou encore Channel 4. Une bizarrerie qui s’explique historiquement. C’est par exemple le groupement des radiodiffuseurs français (qui comprend aussi bien Radio France, RFI et France Télévisions que TF1 et Canal +) qui représente la France à l’UER.
 
 
Depuis janvier 2009, c’est l’administrateur-général de la RTBF, Jean-Paul Philippot, qui est à la tête de l’UER. Réélu début 2011, il achèvera son second mandat (non rémunéré) à la fin de l’année et affirme n’avoir pas encore décidé s’il se représenterait ou non. Soucieux de moderniser l’institution, il a notamment créé un poste de directeur général, confié à la Néerlandaise Ingrid Deltenre, qui a travaillé pour la presse suisse avant de diriger une régie publicitaire puis la SRG, la télévision suisse alémanique. Celle-ci met notamment l’accent sur l’un des services que rend l’UER à ses membres, le très précieux échange de sujets d’actualités. Les rédactions de tous les adhérents sont ainsi reliées par une conférence téléphonique permanente. A tout moment, on peut proposer ou demander un sujet. Le tout est centralisé à Genève, où une rédaction s’occupe de remonter et légender les vidéos brutes qui lui sont envoyées, qui sont ensuite disponibles pour chacun des membres. Au total, ce sont 45 000 sujets par an qui sont ainsi mutualisés, servant notamment à illustrer les brèves internationales des JT. Ce service est compris dans la cotisation annuelle (261 000 €/an pour la RTBF). Laquelle donne également accès, pour les radios, au catalogue de concerts des grands orchestres classiques (3 800 par an), même si l’UER tente désormais d’élargir l’offre à la musique actuelle.
 
 
A ses membres ou à des rédactions extérieures, l’UER peut également louer des liaisons satellites ou organiser des directs improvisés, lors de l’accident de car de Sierre par exemple. Tandis qu’elle est capable d’envoyer ses équipes partout dans le monde pour permettre une couverture médiatique même là où il n’y a plus d’infrastructures, comme à Fukushima après le tsunami ou en Haïti après le tremblement de terre. Tout cela grâce à son réseau Eurovision (satellites et fibres optiques), qui couvre la planète entière, hormis l’Afrique subsaharienne.
 
Ce réseau incontournable, l’un des plus importants au monde, permet à l’UER de retransmettre en direct la plupart des grands événements internationaux, qu’ils soient sportifs, culturels ou politiques grâce à des contrats avec le Vatican, la Maison Blanche, l’Union européenne, Buckimgham Palace mais aussi les principales fédérations sportives (UEFA, Fifa, F1, CIO, UCI, IAF…).
 
Mais le nerf de la guerre est ailleurs… L’UER est en effet l’un des principaux acteurs sur le marché des droits sportifs. Euro, Coupe du monde, Tour de France, athlétisme… Elle est détentrice des droits de quelques-uns des plus grands rendez-vous annuels, même si elle vient de perdre les droits des JO pour 2016 et 2020. Sa force, même si elle offre des sommes moindres qu’une agence privée, c’est la large couverture en clair qu’elle garantit aux fédérations. Sur un cycle olympique de 4 ans, ce sont ainsi 74 milliards de téléspectateurs cumulés qui suivent (20 milliards pour le direct) ses compétitions. Contrairement à une agence privée comme Lagardère ou Globcast, qui négocie les droits puis cherche des diffuseurs, le système est inversé à l’UER. L’union réunit d’abord ses membres pour décider combien elle peut mettre sur la table pour acheter les droits. Pour ses membres, cela représente un réel avantage concurrentiel et justifie souvent leur présence au sein de l’association. Cette négociation de droits sportifs est d’ailleurs l’activité la plus importante de l’UER, représentant pour 4 ans (les budgets annuels fluctuent fortement les années paires ou impaires, avec ou sans JO), un chiffre d’affaires de plus d’un milliard d’euros !
 
Des sommes qui donnent le tournis mais aussi la mesure de l’importance de l’Union européenne de radio-tévision dans le paysage médiatique mondial.
 
 
Ph.: Victorine Brohier/UER

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