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23/06/2012

Grands Crus et caisses d’assurance font bon ménage

La Libre, Momento, Papilles, Vins, grands crus, caisses d'assuranceTout en sécurisant ses avoirs, l’assureur a les moyens nécessaires pour mener au top un Grand Cru.

Eclairage: Baudouin Havaux


DEPUIS PLUSIEURS DÉCENNIES, les prestigieuses propriétés viticoles bordelaises sont les proies de groupes financiers et compagnies d’assurance qui remplissent leurs escarcelles des plus beaux châteaux familiaux mis en vente, suite à des successions familiales difficiles, quand elles ne sont pas victimes de la gourmande administration fiscale française qui prélève l’impôt sur la fortune et sur la transmission de patrimoine. D’un côté, on peut regretter que ces Grands Crus quittent le giron des grandes familles de viticulteurs qui contribuent à la transmission, génération après génération, des patrimoines et traditions vinicoles au profit de groupements financiers. D’un autre côté, on peut se réjouir de l’apport de mannes d’argent frais consacrées à la revitalisation et la modernisation de crus en léthargie.
 
Il ne faut pas se voiler la face, les moyens nécessaires pour mener au top un Grand Cru sont colossaux. Il faut bien souvent restructurer le vignoble, c’est-à-dire arracher et replanter des cépages mieux adaptés avec une densité de plantation plus haute, dont les résultats qualitatifs ne se feront ressentir que plusieurs années plus tard. Il faut également investir dans le cuvier en renouvelant les cuves, les presses, les chambres froides, les tables de réception à tri optiques, etc., et, souvent aussi, dans la rénovation du patrimoine immobilier qui représente un élément important des outils de marketing pour valoriser une marque. On peut citer comme exemple le nouveau cuvier de Cheval Blanc.
 
En conclusion, il faut beaucoup d’argent et les moyens pour investir à moyen et long terme, qu’actuellement, seules les caisses d’assurance et fonds de pension sont capables de réaliser. Bertrand de Villaines, directeur des exploitations viticoles de l’assureur AG2R La Mondiale, nous explique la démarche et les motivations de son groupe qui a successivement acquis à Saint-Emilion, en 1990, le Château Larmande (Grand Cru Classé), en 2005, Grand Faurie La Rose (Grand Cru), en 2006, le Châteaux Soutard (Grand Cru Classé) et, en 2009, Cadet-Piola (Grand Cru Classé).
 
Au total, la compagnie possède près de 60 hectares de vigne. “Le premier objectif d’un assureur est de sécuriser ses avoirs, et avec un investissement foncier dans une aussi prestigieuse appellation que Saint-Emilion, le groupe minimise ses risques. En effet, on observe, de longue date, une augmentation moyenne du prix de l’hectare de 3 %. Nous ne recherchons pas des dividendes immédiats pour nos actionnaires, mais bien un placement sécuritaire à long terme. La décision d’acheter, sur le plateau calcaire de Saint-Emilion, des propriétés voisines, et de constituer de la sorte un patrimoine foncier d’un seul tenant, apporte également une plus value aux investissements.” Monsieur Bertrand de Villaines ajoute également que “de telles acquisitions n’étaient envisageables que dans une région de grande notoriété où il existe un réel potentiel de valeur ajoutée qui justifie les investissements pour maximiser la qualité des crus et, par conséquent, du prix de vente des vins”.
 
Il précise également que “la facture payée pour la rénovation de la propriété ne dépasse pas 15 % du budget total du projet, et le poids de l’acquisition des châteaux à Saint-Emilion représente à peine 1 % du portefeuille de la compagnie d’assurance La Mondiale, et peut, donc, être considérée comme une diversification et un partage de risques raisonnables”. Un autre intérêt pour le groupe d’assurance, qui n’est pas financièrement mesurable, est le pouvoir fédérateur qu’exercent les Grands Crus auprès des collaborateurs et l’utilisation comme outil de relations publiques pour les clients.
 
 
Château Soutard
Situé sur cet unique plateau calcaire où tous les Grands Crus de Saint-Emilion se révèlent, Soutard s’étend sur 27 ha d’un seul tenant, dont 22 ha de vignoble (70 % merlot et 30 % cabernet franc). Deux ans de travaux ont été nécessaires pour rénover les deux ailes du château qui ont été démontées, tuile par tuile, pierre par pierre, pour être reconstruites à l’identique. La roche calcaire a été creusée sur une profondeur de 6 mètres pour accueillir le cuvier et les chais. Sentir la terre et s’imprégner du calcaire fait partie de la visite, afin de partager la magie des lieux. Le Château Soutard s’affirme comme un lieu ouvert sur l’extérieur, on peut le visiter, déguster les vins du groupe, parcourir la boutique, organiser des repas, ou tout simplement prendre son temps pour flâner.
L’ambition est, ici, affirmée sans détour : “Tout mettre en œuvre pour que la Château Soutard devienne Premier Grand Cru Classé de Saint-Emilion.” La dégustation des derniers millésimes dévoile des vins d’une grande pureté, assez fruités, amples mais élégants, qui peuvent sans complexe rivaliser avec les Premiers.
 
 
Ph.: B.H.

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