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23/06/2012

Haro sur la mauvaise réputation du Sud éthiopien

La Libre, Momento, Escapade, Ethiopie, sud, sud éthiopienSi vous ne vous retrouverez pas facilement, comme Zabou Breitman en terre inconnue, à converser, l’air de rien, avec les Nyangatom, le sud de l’Ethiopie recèle bien des trésors pour qui s’y aventure.

Découverte: Caroline Grimberghs


LE CIRCUIT NORD EST qualifié d’“historique”, celui du Sud d’“ethnique”. Un mot à utiliser avec modération. N’est pas Frédéric Lopez qui veut et, à moins de beaucoup de chance, vous ne vous retrouverez pas facilement, comme Zabou Breitman en terre inconnue, à converser, l’air de rien, avec les Nyangatom dont la femme du chef du village vous propose tout de go de construire, rien que pour vous, une maison traditionnelle.
 
La vallée de l’Omo, où se déroule l’émission de France 2, jamais avare en images magnifiques, est située dans le sud-ouest de l’Ethiopie, à quelques kilomètres de la frontière avec le Sud-Soudan. Une région dont les médias ont surtout parlé ces derniers mois en raison d’une attaque armée dans un bus ayant provoqué la mort de 19 personnes à Gambela. Le touriste lambda, qui ne bénéficie pas de l’attirail de France Télévisions, ne poussera donc que rarement son envie d’exotisme jusque-là. Mais les beautés du sud de l’Ethiopie sont multiples, et il n’est pas nécessaire de s’éloigner tant que cela de la capitale pour en profiter pleinement. A une bonne heure de bus d’Addis-Abeba, direction le sud, et vous voici, déjà, le long du lac Ziway, le premier des cinq lacs de la vallée du Rift. Où les arbres sont verts, l’eau bleue et l’air frais. Rien à voir avec le Nord, plus sec, plus étouffant et à la végétation moins luxuriante.
 
Moins conseillé que les autres lacs de la région, il serait pourtant dommage de ne pas s’infliger quatre toutes petites heures de route supplémentaires pour rejoindre le lac Awasa. La promenade y est parsemée de jeunes couples en goguette amoureuse, de familles en pique-nique et de parties de kicker endiablées. Les marabouts, ces grands oiseaux noirs et blancs, arborant fièrement un goitre impressionnant, se réunissent par dizaines à la cime des arbres qui bordent l’étendue d’eau, réjouissant les badauds de leurs grandes envolées. Avec ses larges avenues arpentées par les “Bajaj” (tuk tuk locaux) et ses nombreuses terrasses ombragées, Awasa, capitale de la région des peuples du Sud, a des airs de dolce vita. C’est d’ailleurs l’une des seules villes du pays où trouver des infrastructures touristiques de haut standing n’étant pas complètement laissées à l’abandon. Le Haïlé Resort et le Lewi Hotel se font face, de part et d’autre du lac. Au programme : luxe à outrance. Il n’y a pas de plus bel endroit pour admirer le coucher de soleil, en sirotant une strawberry margarita, s’il vous plaît. Tout en observant les nombreux singes “colobe” (qui rôdent) s’emparer de l’apéro du voisin.
 
En remontant vers le nord, l’arrêt à Shashemene est conseillé par de nombreux guides en raison de l’expérience inédite que constitue la rencontre de la communauté rasta qui s’y est installée. Haïlé Sélassié, dernier empereur d’Ethiopie, de son vrai nom Ras Tafari, est considéré, ici, comme le descendant du Christ. Idolâtré en Jamaïque, l’homme s’y est vu attribuer une portion de territoire (Ethiopialand) pour le remercier d’être venu apporter la pluie tant attendue sur l’île dans les années 50. “On lui est tous très reconnaissants”, explique Salomon qui, en provenance directe de Kingston, a rejoint ce qu’il estime être “sa ville sainte”. “Depuis la venue de Sélassié, les Jamaïcains sont beaucoup plus souriants, beaucoup plus heureux.” En retour, Haïlé Sélassié, que l’on dit très embarrassé par cette reconnaissance, attribua à ses “fidèles” un quartier de la ville de Shashamene.
 
La Libre, Momento, Escapade, Ethiopie, sud, sud éthiopienJamaïcan Place est l’un des lieux les plus fertiles du pays : avocatiers, manguiers, goyaviers se disputent l’espace avec les champs de betteraves ou autres bananiers. Le quartier est facilement identifiable : les murs des habitations sont peints aux couleurs de la Jamaïque, les portraits de Bob Marley sont sur les T-shirts des chauffeurs de taxi. Et bien qu’illégale, la marijuana est disponible sans problème. Le mot d’ordre des Rastafarians : peace&love . “Ici, on vous accueille dans l’amour”, explique Joshua. L’ambiance y est pourtant électrique. La religion, comme dans tout le pays, est vécue avec passion. Joshua a quitté la Jamaïque il y a 7 ans pour rejoindre la communauté qui vit, ici, au rythme des lectures bibliques et des préceptes associés aux 12 fils d’Israël. Né en mars, vous serez protégé par Benjamin. Le noir est votre couleur, et la partie du corps du Christ qui vous est associé, ce sont les pieds. Qualité principale : l’intelligence. Votre plus grand défaut : la haine. Chaque mois de l’année est ainsi associé à un trait de caractère positif et un trait négatif qui mèneront vos actions, et que vous devrez mettre au service de votre foi. “Il faut lire la Bible, un chapitre par jour !”, explique avec force Joshua. La cinquantaine bien entamée, l’homme ne mâche pas ses mots : “La Bible, c’est ce qui nous rassemble. Si tu le fais aussi, tu pourras être membre de la Communauté.” Ouverture à tous ? Pas vraiment… “Il est totalement impossible d’être à la fois croyant et homosexuel. Ceux qui disent que c’est compatible mentent ! Nous, on tue des gens pour ça”, explique-t-il sans gêne. Le peace&love a ses limites…
 
La sérénité pourra être retrouvée quelques kilomètres plus loin à l’occasion d’un arrêt au bord du lac Langano ou du lac Ziway. L’accès au front de lac est évidemment payant pour les touristes, comme tout le reste en Ethiopie. Mais les quelques birrs à débourser valent la peine. Expédition particulièrement prisée des voyageurs : partir à la rencontre des hippopotames. Quelques minutes avant le coucher du soleil, les majestueux animaux apparaissent par dizaines à la surface du lac, vous gratifiant de leurs célèbres bâillements. Une dernière image du Sud à ramener dans vos bagages.
 
 
Ph.: Aurélie Grimberghs

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