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23/06/2012

Humanité commune

La Libre, Momento, Autoportrait, Sébastien de FoozSébastien de Fooz est un marcheur au long cours. Il a notamment relié Jérusalem à pied en 2005. Cette année, il a également lancé le concept de marche “Jorsala”, une marche pour la promotion du dialogue interculturel.


SEBASTIEN DE FOOZ EN 6 DATES

27 mai 1973 : je suis né à Gand, “un jour où – d’après ma mère – les hirondelles volaient haut dans le ciel”. Enfance heureuse à la campagne avant de déménager dans une belle maison spacieuse. Je suis récemment retourné à l’endroit où j’ai passé ma première enfance, les champs ont laissé place à des lotissements.

19 septembre 1998 : anniversaire de mariage de mes parents, premier départ d’une série de marches au long cours. A 24 ans, je pars de ma ville natale, Gand, pour rejoindre en solo le Cap Finisterre espagnol. Expérience fondatrice qui sera le début d’un changement radical, une marche qui m’amène du “je veux tout tout de suite” au bonheur du “je veux ce qui est”.

27 mars 2005 : départ pour Jérusalem. Sept ans après mon premier départ, je repars à pied de ma ville natale en direction du Proche-Orient. Lente transformation vers un mode de vie différent : rejoindre le lointain, lentement. Cela devient une condition de vie. Lors de cette expérience, je deviens cet étranger que je rencontre dans nos représentations archétypales.

2 octobre 2005 : arrivée à pied à Jérusalem. L’improbable est devenu réalité. Même si cela fait sept ans aujourd’hui, je repense chaque jour à cette expérience de profonde solitude partagée. Pendant plusieurs années, j’ai donné des conférences au sujet de cette démarche du lâcher-prise. Je continue encore à tirer des enseignements de ce voyage.

8 mai 2011 : naissance de notre fils Basile, fruit de notre mariage. Moment d’une émotion extraordinaire. Magnifique chemin d’apprivoisement mutuel. Avant qu’il ne soit là, on ne pouvait s’imaginer notre vie avec un enfant, maintenant qu’il est avec nous, on ne peut se l’imaginer sans lui. Avec lui, aller au bout du jardin est déjà un voyage d’une densité rare.

31 mars 2012 : départ de la marche “Jorsala”. Lancement de la première marche pour la promotion du dialogue interculturel de Bruxelles à Aix-la-Chapelle. Soixante personnes, issues de la diversité socio-culturelle belge, vivent, au cours de cette marche pédestre, une expérience de déconstruction de projections et d’a priori. Au sein du projet “Jorsala”, nous voulons lancer un label qui reconnaît des “espaces de dialogue”.


UN EVENEMENT DE MA VIE

En 2009, j'ai eu la chance de rencontrer Pierre Moorkens, dirigeant d’entreprises et philanthrope. En effet, je voulais suivre des formations à l’Institut du NeuroCognitivisme, créé par lui, à Bruxelles, en 2007. Cet institut dispense des formations passionnantes sur les modes de fonctionnement du cerveau et sur les bénéfices en calme, en adaptabilité et en créativité, générés de sa bonne “utilisation”. Sur les conseils d’un ami qui y travaillait, j’ai été voir Pierre Moorkens pour lui proposer des ateliers de marche nocturne en échange de formations. Au terme d’une longue et riche rencontre, il m’a proposé de travailler pour l’Institut. La confiance qu’il m’inspirait avait été déterminante. Alors que j’étais allé le voir pour un échange commercial, je ressortais de l’entretien avec un nouveau contrat d’emploi. Pourtant, après mon périple à pied à Jérusalem, je n’avais pas vraiment l’intention de réintégrer le monde de l’entreprise. Mais ces nouvelles opportunités, tant professionnelles que d’apprentissages, m’ouvraient soudain de nouvelles perspectives.
Pendant deux ans, j’ai notamment pu me former à l’Approche NeuroCognitive et Comportementale, modèle applicatif d’optimisation de nos ressources cérébrales à partir des connaissances actuelles en neurosciences.
Lors de notre premier échange, je lui avais parlé de mon désir de travailler sur un concept de création de routes pour la promotion du dialogue interculturel. Nous en reparlions souvent de ce projet. Puis, un jour, il m’a proposé de le développer au sein de sa fondation, la Fondation M, une fondation d’utilité publique qu’il a créée. C’est ainsi qu’est né le projet “Jorsala” qui a pour mission de créer des routes de dialogue. Nous venons de clôturer la première édition. Soixante personnes, issues de la diversité socio-culturelle belge, se sont lancées sur un itinéraire de Bruxelles à Aix-la-Chapelle à pied, traversant des réalités qui ne se rencontrent pas habituellement. Pas à pas, des préjugés se sont déconstruits, et cette expérience simple a amené les participants à vivre, au-delà de leurs différences, leur humanité commune.


UNE PHRASE

“Tous les hommes sont égaux, mais tous les hommes ne sont pas égaux dans leurs rêves. Les hommes qui rêvent la nuit dans les recoins de leur esprit découvrent le lendemain que leurs rêves n’étaient que pure vanité. Les hommes qui rêvent le jour sont les plus dangereux, car ils vivent leurs rêves les yeux ouverts, ils les réalisent.”
Lawrence d’Arabie


TROIS LIVRES

“La traversée de l’en-bas”, de Maurice Bellet
Ce livre est dédié à tous les paumés, la racaille, le bas du bas, les infréquentables, les déprimés déprimants, les fous, les malades, à tous ceux qui vivent dans l’abîme “où se défont les beaux discours”. Dans la traversée de l’en-bas, au fond du fond, dans ce paysage inconnu, quelque chose d’immuable nous attend. Ce message parle à toute ma part d’ombre, à tout ce que je ne voudrais pas amener au grand jour. Ce livre est une invitation à marcher au-delà du bout de la nuit.

“Eloge des voyages insensés”, de Vassili Golovanov
Journal intime d’un voyage insensé où la frontière entre la terre et la mer est flottante. L’auteur scrute les horizons incertains d’une île perdue dans la mer de Barents. Au cours de son expédition sur cette île polaire, l’auteur décrit l’après-chute du communisme par le biais d’une pérégrination qui mêle l’imaginaire au poétique. J’aime profondément cette idée de passage d’un monde à un autre, passer d’une réalité à une autre, se laisser se perdre pour mieux nous remettre en chemin.

“L’homme qui marche”, de Christian Bobin
Il va tête nue. La mort, le vent, l’injure, il reçoit tout de face, sans jamais ralentir son pas. A croire que ce qui le tourmente n’est rien en regard de ce qu’il espère. A croire que la mort n’est guère plus qu’un vent de sable. A croire que vivre est comme il marche – sans fin.” Je vis la lecture de ce livre comme la lecture de quelque chose qui ne nous appartient pas, comme si c’étaient quelques mots qui volaient au vent et qui ont été captés par l’attention de l’auteur. L’auteur, cela aurait pu être toi, moi, nous, vous, dès lors qu’on est attentif à ce qui se passe réellement autour de nous, en nous.


TROIS MOMENTS

La nuit
Une nuit, je marchais dans la rue de la Loi à Bruxelles. Il n’y avait ni voiture ni bruit liés à l’activité humaine. Je marchais au milieu de cette grosse artère de la capitale. Ce que j’ai trouvé inouï, c’était d’entendre le chant d’un merle ou d’un rossignol. La densité du moment était telle qu’il paraissait surréel. Je ne m’y connais pas assez pour différencier le chant du merle de celui du rossignol. J’imaginais cette rue quelques heures plus tard, encombrée, obstruée, “décibellée” par le vrombissement des voitures avortant toute chance de vivre la grâce d’une rencontre insolite de ce type.

L’aurore, évidemment
Pendant des années, j’ai organisé des ateliers de marche nocturne en forêt. Nous partions au cœur de la nuit pour marcher en individuel dans la forêt. Le but est de marcher de la nuit profonde jusqu’au lever du jour. Pour certains, la forêt, la nuit, est le lieu de toutes les angoisses. Au fil des pas, la nuit passe et l’aurore revient; la promesse du nouveau jour point avec son incessant bouquet de lumière, passant du noir au bleu nuit jusqu’aux premiers rayons de soleil inondant la frondaison des arbres, mettant ainsi à mal les derniers soubresauts de l’angoisse de la nuit.

Le moment du café, le dimanche matin
Le dimanche matin, c’est le moment où je prends le temps de me choisir un bon disque vinyle, les notes de musique remplissent l’atmosphère et le temps s’arrête enfin. Chaque geste devient un petit rituel, on se fait son café, on se choisit un magazine ou un article d’un quotidien qu’on n’a pas eu le temps de lire en semaine. Un pur moment de bonheur à déguster sans modération.


UNE DATE

25 décembre 1914
La trêve de Noël dans les tranchées d’Ypres.


Ph.: Johanna de Tessières

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