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23/06/2012

Messagères de paix en terres lorraines

La Libre, Momento, Escapade, Lorraine, Metz, Verdun, guerreA la limite du monde roman et germanique, la Lorraine invite à un tourisme résolument citoyen qui n’esquive pas les différences et les haines d’hier, mais qui n’est pas pour rien non plus une région emblématique dans la construction européenne.

Découverte: Christian Laporte


UN REGARD AUSSI POLI QUE FURTIF vers la cathédrale Saint-Etienne tout en veillant à ne pas aller s’emboutir ou se faire emboutir par les bolides vrombissants qui vous précèdent ou vous suivent…
 
Pour beaucoup de Belges en route vers les cimes alpestres ou le sud de la France par l’autoroute A31 vers Nancy, Toul et Lyon, c’est généralement la seule image que l’on glane de Metz. Et de voir remonter à la surface l’image d’une région forcément sinistrée par la fermeture de son industrie sidérurgique, d’autant plus que l’on a peu auparavant traversé Thionville. L’ancienne capitale de l’Austrasie, et berceau des Carolingiens avant de faire du yo-yo pendant des siècles entre le monde germanique et le monde roman, vaut pourtant bien mieux que cela. Par son riche passé, mais aussi en raison de ses métissages appuyés entre les deux grandes cultures de l’Europe occidentale, Metz est une ville à découvrir sans modération. A son rythme et donc, de préférence, à pied !
 
A priori, sise sur une colline entre la Moselle et la Seille, la cité qui fut de tout temps et par la force des choses une place forte militaire, n’est pas de celles qu’on estime incontournables pour une visite plus ou moins prolongée, parce qu’au fond, se dira-t-on, qu’est-ce qui ressemble plus à une caserne qu’une autre caserne ? Détrompez-vous, véritable lasagne culturelle, la cité messine a su, ci et là, préserver moult lieux et traces de culture pour le repos… spirituel du guerrier. Et, donc, pour celui qui veut découvrir une ville intéressante à quelques petites heures de route de Bruxelles.
 
Et l’on va ainsi de surprise en surprise dès la cathédrale qui n’est pas que le concentré de deux églises bâties sur trois siècles, où Bossuet fit son premier sermon, devenu chanoine à 13 ans (!), mais aussi l’église qui puisse se targuer de compter la plus grande surface vitrée – près de 6 500 m² – et les plus grandes verrières gothiques d’Europe. Mieux, c’est un concentré encyclopédique de l’histoire des vitraux, de ceux sur la vie de saint Paul du XIIIe siècle, aux créations contemporaines de Chagall, Bissière et (Jacques) Villon. Pas étonnant que l’on surnomme la cathédrale, “la lanterne du Bon Dieu”… Peut-on les voir de l’espace ? Sans doute moins que l’éclairage de nos autoroutes, mais l’on soulignera ici, et peu de gens le savent, que c’est au-dessus de Metz qu’en juillet 1975, les vaisseaux spatiaux Apollo et Soyouz se rejoignirent pour la première fois en orbite.
 
Mais à Metz, il ne faut pas scruter que le ciel : rien de tel qu’une longue promenade à travers les quartiers de la cité, témoins idéaux des diverses périodes et, donc, des influences de la ville. Le quartier de la gare est ainsi un superbe concentré de l’architecture allemande sous l’occupation éponyme de 1870 à 1918. L’occasion de souligner que les Messins furent ballottés pendant des siècles entre les deux grands voisins, mais n’en restèrent pas moins proches des idéaux démocratiques. Un indice ? Hitler y était venu au lendemain de Noël, en 1940, mais ne prit pas le risque de s’adresser aux Messins qui n’apprécièrent plus cette ultime occupation.
 
D’une guerre mondiale à une autre, il n’y a qu’un pas rapidement franchi… A une heure de Metz, l’on se replonge dans les heures les plus pénibles de la Première Guerre mondiale. Verdun, à l’instar d’Ypres chez nous, prépare les commémorations du centenaire du conflit de 14-18. Mais les échafaudages des restaurations n’ôtent rien à la dimension un peu sacrée du lieu où des milliers d’hommes des deux camps ont trouvé la mort et où des villages entiers ont été rayés de la carte. Avant le grand rush attendu dès 2014, c’est aussi une région à (re)découvrir. En commençant par la visite du Mémorial qui remet en perspective les enjeux de la bataille. Avant de monter au fort de Doaumont, puis de prendre le temps qu’il faut à l’Ossuaire où, face à tant de sépultures d’innocents morts, l’on ne peut forcément qu’en appeler à la réconciliation et, entre ennemis d’hier mais alliés d’aujourd’hui, se tenir la main comme le firent Helmut Kohl et François Mitterrand…
 
 
Le tournant
Outre toutes celles exposées ci-contre, il y a une autre très bonne raison de se rendre à Metz cet été ! Jusqu’au 24 septembre – et rien n’exclut une prolongation… – le petit frère du grand Centre Pompidou, installé en terre messine depuis peu, accueille une passionnante exposition sobrement intitulée “1917” où se côtoient œuvres de tous bords et horizons d’artistes excédés par la durée de la guerre, mais, surtout, par l’imbécillité des hommes et traces du conflit. Dans nos éditions du 1er juin, Roger-Pierre Turine en a fait la critique dans ces colonnes, non sans souligner qu’elle s’accompagne d’un catalogue qui est pour ainsi dire lui-même une œuvre d’art qui invite autant à la contemplation qu’à la réflexion ! Une visite et une lecture qui se doubleront utilement de la découverte des traces des guerres, au pluriel cette fois, au cœur même de Metz et dans ses alentours avec les forts qui furent épargnés en 14-18, mais qui montrèrent leur utilité pendant la Seconde Guerre. Autre escale intéressante : le monument aux morts de la Grande Guerre que les Allemands avaient fini par récupérer, au propre comme au figuré, pendant leur dernière occupation. Il est vrai qu’en raison de la spécificité messine, tantôt française, tantôt allemande, il incarna somme toute bien l’horreur de la guerre, quel que soit le camp dans lequel l’on se trouve. Mais bon, Metz n’a pas oublié les héros de 14-18 : sur l’avenue Foch, près de la gare, trône aussi “notre” Roi-Chevalier, Albert Ier
 
 
Ph.: M. Laurent/CRT Lorraine

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