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30/06/2012

Sang pour sang neuf

Momento, Pixels, jeu vidéo, Lollipop ChainsawLe jeu vidéo nippon se tourne vers l’Occident pour épater la galerie. Dernier exemple en date, “Lollipop Chainsaw” signe la rencontre du génial Suda 51 et de James Gunn, scénariste culte de séries B.

Michi-Hiro Tamaï, envoyé spécial à Los Angeles


DU ROSE ET DES ARCS-EN-CIELFLASHY sur du sang et des membres découpés. “Lollipop Chainsaw” ouvre les portes d’un rêve sous acides, quelque part entre “Barbie”, “Mon Petit Poney” et les films de zombies de John Romero. Echappant à tous les codes du genre, ce beat them all barré enfile la mini-jupe de Juliet Starling, pom-pom girl sexy mais aussi sorcière et chasseuse de morts vivants (sic !) jouant d’une tronçonneuse multicolore pour s’en débarrasser. Depuis Lara Croft et Bayonetta, on n’avait d’ailleurs pas vu figure féminine aussi percutante dans un jeu. Au propre comme au figuré.
 
 
Notre intention n’était pas de faire une Lara bis , précise d’emblée Scott Warr, producteur de ce jeu américano-japonais. Suda 51, le designer du jeu, en avait simplement marre de placer des héros masculins dans ses productions. Il est arrivé chez nous avec l’image d’une femme forte équipée d’une tronçonneuse. Vu son parcours, ça nous a immédiatement emballés. De par sa puissance physique et sa plastique généreuse, Juliet Starling évoque à bien des égards une des Supervixensde Russ Meyer. La filiation entre l’univers des séries B (ou Z) et ce jeu imaginé par Suda 51, pape des jeux de genre sur consoles (“Killer 7” ou “No More Heroes”) est d’ailleurs limpide.
 
Pour épicer son projet, Scott Warr a en effet eu la très bonne idée de débaucher James Gunn, nom iconique des longs métrages “Troma” (1). Le scénariste de “Tromeo and Juliet” (1996) et de “L’Armée des morts” (2) se prête ici, et pour la première fois, à l’exercice du joystick. L’esquisse du jeu de Suda 51 montrait cette fille qui découpait des zombies d’où jaillissaient des arcs-en-ciel et des cœurs. J’ai immédiatement pensé à James Gunn , poursuit Scott Warr. Je les ai réunis mais je me demandais comment les choses allaient tourner, si on allait avoir deux clashes créatifs vu les personnalités en place. James n’avait en outre jamais travaillé pour un jeu. Mais tout s’est bien passé. Nous étions à Burbank en Californie et on a bossé à distance avec le Japon, par webcams interposées. C’était assez incroyable, j’ai montré à James comment écrire pour un jeu vidéo …”
 
Tous deux rangés derrière l’étiquette de sous-culture, le cinéma de genre et le jeu vidéo se rencontrent ici dans un contexte inhabituel. Naturel aussi puisque Suda 51, le génie créatif derrière “Lollipop Chainsaw”, a toujours mixé les genres avec un rare talent via Grasshopper Manufacture Inc., son studio de développement nippon.
 
Ancien préparateur de fleurs et de crémations pour des pompes funèbres japonaises, ce fan de lucha libre mariait ainsi la culture pop occidentale et nippone sur “No More Heroes”. Directement inspiré par l’ambiance d’“El Topo”, western métaphysique culte d’Alejandro Jodorowsky, ce jeu Wii sorti en 2008 castait ainsi un héros au profil improbable entre Otaku (nerd japonais) et Johnny Knoxville (Jackass). Avec une pincée de David Bowie et de Johnny Depp façon “Fight Club”.
 
Aujourd’hui, l’ensemble de l’industrie vidéo ludique nippone, habituellement très repliée sur elle-même, semble suivre cette fascination pour l’Occident.
 
Récemment, le “Binary Domain” de Sega copiait ainsi “Gears Of War”, tandis que Namco Bandai filait les clefs de “Ridge Racer” aux créateurs de “Flatout”, jeu de course musclé ayant fait de l’intérim entre “Destruction Derby” et “Burnout”.
 
Konami, lui, envoyait un des disciples d’Hideo Kojima en Grande-Bretagne pour superviser son “NeverDead”. Le tout pour un résultat décevant, vu que le travail de développement est totalement pyramidal au Japon et totalement participatif en Europe. Un problème d’adaptation des cultures que Suda 51 et James Gunn n’ont pas connu, vu que leur “Lollipop Chainsaw” claque à tous les étages…
 
(1) De Troma Entertainment, maison de production culte née dans les années 50 et toujours active
aujourd’hui, produisant des films gores surréalistes.
(2) Excellente relecture du “Zombie” de Romero sortie en 2004.
 
 
Ph.: Warner Interactive - Grasshopper Manufacture Inc.

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