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14/07/2012

L’Arche dans la campagne

La Libre, Momento, Bien-être, zoothérapie“L’Arche de Noé”, à Ernolsheim-sur-Bruche, à un quart d’heure de Strasbourg, recueille des animaux abandonnés. Des handicapés et des jeunes en difficulté sont mis à contribution et se développent positivement au contact des animaux.

A la ferme: Véronique Leblanc


L’ÂNE EST CRAINTIF DANS SON BOX, juste un regard, on sent qu’il ne faut pas le brusquer. L’émeu passe la tête et se laisse prendre par le cou avant de se dire qu’il emporterait bien une de vos boucles d’oreilles en souvenir. “Il aime tout ce qui brille”, commente Hugues Lentz, directeur de “L’Arche de Noé” à Ernolsheim-sur-Bruche, à un quart d’heure de Strasbourg. Le cadre est idyllique, mais la réalité plus cruelle.
 
Au total, ce sont 53 chevaux, répartis l’été dans les 25 ha du domaine, 10 bovins, une cinquantaine de chèvres et de moutons, un lama, un alpaga, des animaux de basse-cour, des lapins rescapés de laboratoire, les traces d’électrodes toujours visibles sur le dos, qui ont trouvé refuge ici en compagnie de l’émeu farceur et de l’âne au regard doux. Ah oui! il y a aussi Potty, un énorme cochon, offert en cadeau de retraite à un Alsacien vivant en appartement. Ce nouvel animal de compagnie, en vogue depuis que George Clooney en a lancé la mode, est charmant petit, mais quelque peu encombrant une fois adulte. Sur un lit de paille, un agneau fiévreux et non sevré, retrouvé la veille sur l’autoroute, se remet de ses émotions. “Il s’en sortira”, a assuré le vétérinaire qui travaille pour l’association en ne faisant payer que les médicaments.
 
Car de la solidarité, Hugues Lentz en a besoin pour tenir à flots son Arche de campagne. Pierrette a obtenu le droit d’amener les surplus de fruits et légumes du supermarché où elle travaille. Tous les mercredis après-midi et les samedis matin, des bénévoles s’activent au nettoyage des boxes, cages et abris, tout en prenant soin des animaux. Des manifestations, des journées portes ouvertes, des visites d’école, des ventes de gâteaux, tout est bon pour trouver les 163 000 euros par an nécessaires au fonctionnement. “Il s’agit de gros animaux abandonnés, saisis par la justice pour maltraitance ou trouvés sur la voie publique”, explique Hugues Lentz, “mais nous ne faisons pas que les aider, ils apportent beaucoup à ceux qui prennent le temps de s’occuper d’eux”.
 
La Libre, Momento, Bien-être, zoothérapieDes propos que confirme Aurore Schmitt, bénévole à l’Arche, mais également aide médico-psychologique à l’Association départementale d’aide aux parents et amis de personnes handicapées mentales du Bas-Rhin (ADAPEI). Dans le cadre de son projet professionnel, elle a décidé, en 2007, d’emmener une quinzaine de handicapés au milieu des animaux pour les faire participer aux travaux d’entretien, de ravitaillement en eau, mais aussi de pansage. Au début, par groupes de trois accompagnés d’un éducateur. “L’expérience a été concluante, explique-t-elle, au fil du temps, ils sont devenus autonomes et se sont intégrés, heureux d’être en contact avec des non-handicapés”. Elle évoque Edgar qui s’affaire dans la cour. “Très démuni au départ, renfermé, moqué par les autres pensionnaires de son Foyer, mal intégré dans l’Etablissement et service d’aide par le travail (ESAT) de Duttlenheim où il est employé, il a beaucoup progressé grâce à son bénévolat à l’Arche. Les animaux ne font pas la distinction entre les handicapés et les autres, ils se sont attachés à Edgar, et celui-ci a réussi à s’imposer aux chèvres qui l’effrayaient au début. Il parle de son travail aux autres pensionnaires du foyer, et lui qui n’avait aucun repère spatio-temporel identifie désormais les jours où il vient seul, en train, à Ernolsheim.” Les handicapés n’ont pas la possibilité d’avoir des animaux domestiques, et Aurore avait jadis obtenu la permission d’emmener son chien au foyer, un jour par semaine, pour leur donner la possibilité de créer un autre type de lien. “La métamorphose d’Edgar a été spectaculaire, dit-elle. Il sortait enfin de sa chambre, promenait l’animal, se sentait investi d’une responsabilité, donnait et recevait de l’affection”. A l’Arche, c’est avec Potty qu’il a noué une relation privilégiée. “Le cochon se couche sur le dos et se laisse caresser le ventre par son bénévole préféré, Edgar est radieux !
 
Des jeunes en travaux d’intérêt général passent aussi par l’Arche, d’autres exclus du collège ou du lycée ont également cette possibilité et “cela se déroule toujours mieux que lorsqu’on les confine à des tâches administratives”. Et Hugues Lentz d’évoquer une jeune fille de 16-17 ans enfermée dans un placard, enfant, adoptée par une famille d’accueil, mais hurlant au moindre cri. “Un jour, on nous a amené un cheval en très mauvais état, et elle a dit ‘il y a encore plus malheureux que moi’…”
 
 
Des chevaux maltraités, il y en a d’autres parmi lesquels une jument blanche, Mélusine, qui gambade sur ses trois sabots, le quatrième ayant été enlevé parce que irrécupérable après ce qu’on lui avait fait subir. Il y a aussi deux petites chèvres en pleine forme qui attendent le retour de leur maître incarcéré. “Il appelle toutes les semaines”, explique Hugues. “Il n’a plus que ces animaux dans la vie; alors, on les lui garde en pension.”
 
Tous ces animaux peuvent être adoptés, mais restent la propriété de l’association, ils ont aussi la possibilité d’être parrainés par des personnes qui financent leur alimentation. Tous cohabitent sans problème et ne sont nullement effrayés par l’homme. Ici, ils ont appris qu’on ne leur voulait que du bien et qu’ils pouvaient, eux aussi, faire du bien.
 
 
 
Ph.: Véronique Leblanc

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