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14/07/2012

Nantes de tous les possibles

La Libre, Momento, Escapade, Nantes, Voyage à NantesJusqu’au 19 août, Nantes invite au “Voyage” et se renverse par l’art. L’estuaire n’est pas en reste. Urbanité et nature. Du muscadet pour se rafraîchir et la certitude qu’une ville, ça peut se réinventer.

En plein rêve: Véronique Leblanc


AU 32E ÉTAGE DE LA TOUR de Bretagne, à Nantes, la vue est imprenable sur une ville métropole entre Loire et Bretagne, à 30 minutes de l’océan. Cinquième agglomération de France, Nantes était appelée jadis la “Venise de l’Ouest” avec ses bateaux qui sillonnaient l’Erdre jusque dans la ville. Mais ce temps est révolu, les canaux ont été comblés, créant de nouveaux quartiers et une cité aux ambitions fortes dont “Le Lieu Unique”, inauguré dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier 2000 sur le site des anciennes usines LU, est emblématique. Culture en mouvement, innovation pour mot d’ordre, jamais rien d’acquis, tout à réinventer encore et encore. C’est justement Jean Blaise, ancien directeur du “Lieu Unique”, que nous retrouvons au sommet de la tour de Bretagne, installé dans les coquilles d’œufs du “Nid”, le bar conçu par Jean Julien, une des créations pérennes créée à l’occasion du “Voyage à Nantes” qui “renversera la ville par l’art” du 15 juin au 19 août.
 
 
Mi-cigogne, mi-héron, un grand oiseau blanc veille sur la ville et écoute Jean Blaise expliquer sa nouvelle mission, puisque du “Lieu Unique”, il est passé à ce “sens dessus dessous” de la ville, le temps d’un été. “Nantes est une ville complexe à appréhender”, précise-il, “elle a été beaucoup détruite par les bombardements de 1943, a dû affronter la disparition de ses chantiers navals, le but du ‘Voyage à Nantes’, complété par ‘L’Estuaire, paysage, art et fleuve’, est de la faire découvrir de façon sensible, humoristique, en impliquant les artistes, les graffeurs, mais aussi les services des espaces verts qui se sont révélés très inventifs.” Une envie de voir autrement, mais sans la trahir, une ville qui a misé sur la culture pour signer “son humanisme, son ouverture totale”.
 
Pour arpenter ce “Voyage à Nantes”, un fil rose court au fil des 41 propositions mises en place dans la ville. Les découvertes sont foison, et il faut compter deux jours pour éviter le pas de course qui procure plus d’épuisement que d’émerveillement. A ne pas rater en tout cas, dans le centre historique, “L’Ultime déménagement”, une installation aussi légère que spectaculaire de l’Argentin Léandro Erlich. Emerveillement décalé garanti : tout en haut d’une fine rampe métallique, suspendue à 10 mètres d’altitude, les restes d’une demeure ancienne flottent en plein ciel et défient les lois de la gravité. On n’a qu’une envie, les photographier pour garder le souvenir que le rêve est possible.
 
Ville de culture, Nantes ne renie pas ses liens avec le 7e art dont elle est fière. C’est au Passage Pommeraye, haut lieu du commerce et magnifique ensemble architectural, que l’on trouvera l’évocation la plus émouvante de Jacques Demy, alias “Jacquot de Nantes”. Son épouse, cinéaste plasticienne, y a investi une ancienne boutique, la seule qui appartienne encore à la ville, et l’a encombrée de vieux téléviseurs diffusant des images d’“Une chambre en ville”. C’est en ce lieu que Jacques Demy a tourné ce film avec Dominique Sanda et Michel Piccoli. L’ambiance est belle, les images revivent, parées d’une présence nouvelle, et le coup d’œil sur les contre-marches de l’escalier du passage est un de ces détails auxquels il serait triste de ne pas prêter attention. Et le fil rose continue sur 10 km avec ses surprises, parfois très prenantes, parfois plus faibles, mais toujours poétiques. Une autre manière de voir la ville, sans a priori, en sachant qu’elle s’est faite belle et surprenante pour vous. Le château des ducs de Bretagne est là, bien évidemment, campé sur ses vieilles pierres du XVe siècle, à deux pas de la cathédrale où un discret escalier permet de découvrir enfin les gisants de François II – père d’Anne de Bretagne – et de son épouse. A son angle, une étrange statue de la confiance, mi-jeune, mi-vieille, intrigue dans sa beauté plastique.
 
 
L’estuaire Nantes-Saint-Nazaire est tout une aventure en soi, une aventure artistique dont le dernier épisode aura lieu cet été. Le but en est que chaque commune riveraine ait son œuvre bien à elle : “Le Pendule”, de Roman Signé à Rezé, la fantomatique “Maison dans la Loire”, de Jean-Louis Courcoult à Couëron, les “Anneaux”, de Buren au fil de l’eau… “L’invitation au voyage à Nantes” n’aurait sans doute pas déçu Baudelaire. L’urbain en mouvement le fascinait. Mais il aurait fallu que ce dandy consente à de confortables chaussures de marche !
 
 
Les Machines de l’île
Une folie, mais si réussie. Dans les anciens chantiers navals, une équipe de constructeurs fous a installé son atelier et construit un bestiaire de machines vivantes qui s’échappent dans la ville tout comme les grands et petits navires prenaient le large vers de lointains horizons. Le plus connu d’entre ces animaux est le grand éléphant – 12 mètres de haut, 8 mètres de large et 48,4 tonnes. On peut y embarquer, découvrir la ville comme si l’on était au 4e étage d’une maison en déplacement et déclencher les barrissements. Arbre aux hérons, tout nouveau Carrousel des Mondes marins de 25 mètres de haut et 20 mètres de diamètre, où la mer se livre dans tous ses états. Un univers pour petits et grands digne de Jules Verne, natif de la ville. Et parce que l’envers du rêve, c’est aussi beau que le rêve, n’oubliez pas de traverser la rue de la Nef pour rejoindre les deux terrasses de l’Atelier par le grand escalier. A 7 m 50, vous assisterez au travail des constructeurs dans un univers de bois et d’acier. Quant aux emplettes ou au rafraîchissement bienvenu, direction la boutique de la branche, prototype de l’Arbre aux hérons. Idéal pour un moment de détente le long des quais en regardant passer “L’éléphant de Nantes”.
 
 
Ph.: Véronique Leblanc

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