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28/07/2012

Régimes amaigrissants : si on arrêtait ?

Les experts sont unanimes : les régimes sont tous voués à l’échec. D’aucuns parlent de “médiacalisation”.

Analyse Michèle Dryepondt


la libre,momento,bien-être,régimes amaigrissantsIL EXISTE, PARAÎT-IL, 30 000 RÉGIMES qui offrent une méthode rapide, facile et pratique pour perdre du poids. Le nombre parle de lui-même. Tellement efficaces qu’il faut recommencer chaque année avec un bonus-malus pondéral qui ne cesse de s’élever. Il n’est pas rare qu’un souhait de se débarrasser de trois kilos engendre une reprise du triple dans les 10 ans. Cette année, lors du 14e Entretien de Nutrition de l’Institut Pasteur de Lille, des experts ont fait le point sur les attraits et et échecs des régimes.
 
Fin 2010, le rapport de l’Anses (LLB 08/12/2010) sur les régimes amaigrissants était tombé comme un pavé dans la mare. Il y était dénoncé les effets délétères sur la santé des régimes déséquilibrés, promoteurs de la reprise de poids à plus ou moins court terme. Pourtant, au printemps 2012, ils faisaient toujours la une des magazines féminins.
 
Qu’est-ce qui produit cet engouement pour les régimes ? Jean-Jacques Boutaud, professeur en information-communication à l’Université de Bourgogne, évoque la “médiacalisation”. Il utilise un néologisme pour définir la tendance actuelle qu’ont les médias à vulgariser un peu rapidement le discours médical et les avancées en nutrition. Confronté à ces injonctions, émanant aussi des pouvoirs publics, sur le bien-être et la santé et coincé par la pression sociale sur l’image du corps, l’individu adopte souvent des comportements contradictoires. Maîtrise et contrôle de l’alimentation se contrebalancent par le relâchement et l’excès.
 
S’ensuivent des perturbations pondérales. La perspective, lorsque le soleil commence à se pointer, de devoir dévoiler ce corps devenu “ inesthétique” à ses yeux devient tout à coup intolérable. Et c’est ici que le régime “miracle” tombe à pic. Au prix de quelques sacrifices, auquel il consent aisément, ces méthodes offrent LA solution pour un retour rapide à l’équilibre. On entreprend son régime comme on part au combat, pour retrouver l’estime de soi et l’assurance face au regard des autres.
 
Estelle Masson, maître de conférences à l’Université de Bretagne Occidentale, quant à elle, envisagerait les régimes comme un véritable malaise de société. A l’heure de la médicalisation et de l’industrialisation de l’alimentation, nous sommes amenés à nous interroger sur ce que nous mangeons et les crises alimentaires de ces vingt dernières années ont certainement renforcé cette réflexion. S’alimenter repose alors sur une démarche plus réfléchie que spontanée. Malaise, s’il en est, entre le naturel du mangeur, sa méfiance par rapport aux aliments industriels mais aussi sa volonté de correspondre aux critères esthétiques d’une société où l’image de l’individu est synonyme de sa capacité à se respecter et à se discipliner. Le régime se présente alors comme le régulateur : il met de l’ordre dans le chaos et pose des balises sur la voie de l’alimentation.
 
 En France, une femme sur deux a, au moins une fois dans sa vie, entrepris un tel régime et 79 % des femmes qui entament un régime amaigrissant estiment que sa réussite ne dépend que de la capacité à contrôler et dominer leur corps. Ce contrôle engendre des frustrations incompatibles avec la nature humaine qui a tôt fait de reprendre ses droits. Alors que manger représente une fonction biologique primordiale et naturellement régulée, c’est aussi l’une des plus investies socialement, collectivement et affectivement. Et une autre mesure s’ajoute à cette difficulté d’autocontrôle : nos repas restent des moments de partage et le suivi d’un régime implique une certaine isolation. Et puisque manger n’est pas seulement nourrir le corps mais aussi le lien social, il est compréhensible que la poursuite d’un régime qui isole ne puisse se faire sur le long terme.
 
Les experts sont unanimes, les régimes sont tous voués à l’échec. Et nous en sommes aussi tous convaincus. Pourtant …

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