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11/08/2012

Un jardin dans l'esprit du Moyen Age

La Libre, Momento, Dehors, jardin médiéval, abbaye de Villers-la-VilleReconstituer un jardin médiéval demande un travail minutieux.Les modèles “vivants” ayant totalement disparu, il s’agit de se plonger dans les sources historiques.

Saut dans l'Histoire: Marie Noëlle Cruysmans et Marie Pascale Vasseur


UNE BALADE À TRAVERS les œuvres d’art et les grands textes parvenus jusqu’à nous apporte bon nombre de renseignements. Il y a les incontournables de la littérature, le “Cantique des Cantiques”, le “Décaméron”, le “Roman de la Rose”. S’y ajoutent une série de manuscrits enluminés, livres d’heures, gravures, panneaux peints, tapisseries et objets archéologiques.
 
Le jardin monastique est essentiellement utilitaire, symbolique et méditatif. Il préfigurait le paradis auquel le moine était promis après une vie consacrée à la prière. C’est un hortus conclusus destiné à la production de plantes spécialisées devant subvenir aux besoins du culte, de la cuisine et de l’infirmerie.
 
En Berry, la reconstitution effectuée par Sonia Lesot, Patrice Taravella et Gilles Guillot au prieuré Notre-Dame d’Orsan, à l’issue de leurs recherches dans les grimoires de la Bibliothèque nationale, en est une magnifique illustration. Leur priorité, lorsqu’ils recréent le lieu, est de veiller à conserver l’esprit monastique. Ils dessinent ce qui en était la trame, un cloître de verdure, un jardin de simples pour soigner, un verger et un potager pour se nourrir, et enfin une roseraie dédiée à la Vierge Marie. Dans cet endroit à l’atmosphère magique, le travail de tressage du bois et de palissage des plantes, établi à partir d’enluminures, a permis de reconstituer haies et clôtures, gloriettes et tonnelles, parterres surélevés et banquettes de verdure, véritables signes distinctifs de ces jardins de monastère.
 
Non loin de Versailles, le jardin médiéval de Bois Richeux se déploie devant une splendide ferme seigneuriale du XIIe siècle. Il est agrémenté d’un jardin potager aux légumes anciens, de plantes médicinales et à parfum cultivés en espaces délimités par des bordures ou des plessis.
 
Plus proche de nous, à l’abbaye de Villers-la-Ville, un nouveau jardin d’inspiration médiévale est ouvert au public depuis la fin du mois de juin. Un autre jardin de ce type existait à proximité de la porte de Bruxelles, mais a été supprimé en 1997 en raison de fouilles archéologiques. Dès 2001, l’asbl gestionnaire du site abbatial souhaite recréer dans les ruines un jardin médicinal monastique du Moyen Age. Aucun document concernant l’abbaye n’existe. La localisation même du futur jardin sur le site pose question. Les plantes médicinales se trouvent normalement à proximité de l’infirmerie. Le plan de l’abbaye de Saint-Gall, en Suisse alémanique, datant du IXe siècle, confirme cette hypothèse. Le nouveau jardin aurait dû être implanté à cet endroit, mais ce lieu est actuellement traversé par la ligne de chemin de fer… Le choix s’est donc porté sur une zone située à l’est des ruines, bien ensoleillée et à l’abri des vents.
 
Diverses sources historiques sont consultées, et un certain nombre d’éléments caractéristiques retenus. Le lieu doit être clos pour être protégé des hommes et des animaux. Divisé en espaces réguliers délimités par des treillages ou des ouvrages en bois, les cultures sont réalisées dans des plates-bandes surélevées, consolidées par des planches ou des tressages.
 
 
La fontaine en est une pièce maîtresse. C’est un symbole fort dans un jardin médiéval. Source de vie et rappel des eaux baptismales, elle renforce le caractère sacré du jardin. Plus loin, une treille couverte de vignes sous laquelle il est possible de se promener à l’ombre. Et, enfin, un jardin sauvage est imaginé, évocation de la nature à l’extérieur des murs. Après le parcours administratif de rigueur, le permis octroyé, les travaux débutent en mars 2011. L’ouverture a eu lieu le 22 juin 2012.
 
 
La Libre, Momento, Dehors, jardin médiéval, abbaye de Villers-la-VilleLe choix des plantes
Les sources principales retenues pour le choix des plantes du jardin de Villers sont les écrits d’Hildegarde de Bingen. Pour trois raisons. Originaire de la vallée du Rhin, elle a vécu sous un climat identique à celui de l’abbaye, et décrit des plantes pouvant convenir à nos régions. D’autre part, elle a évolué au sein d’un monastère, ce qui suggère le même souci d’accueil et de soin des malades et des infirmes. Enfin, à plusieurs reprises, elle a eu des contacts épistolaires avec les moines de Villers. Ceux-ci possédaient sa Symphonia, recueil de chants inspirés, et son ouvrage, le “Livre de Vie des Mérites”, dont certains passages étaient lus au réfectoire. Hildegarde de Bingen est une abbesse rhénane du XIIe siècle. Issue d’une famille de la petite noblesse, moniale dès l’âge de 8 ans, elle sera à la fois abbesse, écrivain et prophétesse. Elle transcrit ses visions dans un premier ouvrage, le “Scivias”, qui contribuera au développement de sa notoriété. A côté des textes visionnaires, elle est l’auteur de livres de médecine, de sciences naturelles, de chants et de vies de saints.
 
 
Ph.: Abbaye de Villers-la-Ville

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