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18/08/2012

Pèlerinage à Bali, “l’île des dieux”

La Libre, Momento, Escapade, Bali, Indonésie, spiritualitéBali la belle fait rêver. Petit paradis terrestre empreint de spiritualité, l’île vibre au gré des rites et des cérémonies. Il suffit d’ouvrir l’œil pour y goûter.

Voyage initiatique: Frédérique Masquelier


BALI EST L’UNE DES PLUS PETITES îles de l’archipel indonésien. Ce qui ne l’empêche pas de se distinguer par une histoire et une culture allant à contre-courant de ses consœurs. Elle est, en effet, la seule province à majorité hindouiste en Indonésie, premier pays musulman au monde. Sans aller jusqu’à dire que ce trait de personnalité est facteur de son succès touristique, il faut reconnaître que celle que l’on surnomme “l’île bénie des dieux” est célèbre pour la beauté de ses paysages, bien sûr, mais aussi pour la sérénité de ses habitants et la richesse de son héritage culturel et religieux.

Il semble d’ailleurs que les premiers “touristes” de l’île aient été séduits par sa… peinture. Dans les années 1930, l’art pictural balinais accroche l’œil d’artistes européens et américains en quête d’inspiration. Qui décident de s’installer sur l’île, conquis par les miniatures extrêmement détaillées et exécutées au moyen d’une tige de feuille de palme taillée en pointe, seul outil garantissant la finesse des traits à l’encre de Chine. Un art centenaire, hérité des anciens panneaux colorés qui peuplent les sanctuaires et des calendriers astrologiques illustrés, à ne surtout pas confondre avec les tableaux naïfs que l’on trouve dans les galeries de peinture de Ubud. Lesquels plaisent avant tout aux touristes… actuels.

Outre les arts, la religion imprègne les moindres faits et gestes du peuple balinais. Le voyageur dont l’œil est un tant soit peu averti ne peut le manquer. Car, si les temples et leurs “meru” à étages sautent aux yeux, le quotidien des Balinais est truffé de nombreux rites et autres traditions qu’il est passionnant de déchiffrer. Il faut dire que ceux-ci ont le sens et le goût des cérémonies. Et s’en revendiquent ouvertement, eux qui ont choisi de baptiser leur île “Bali” d’après le terme sanskrit “wali” qui signifie… “cérémonie”.

Une balade en rue suffit pour repérer, çà et là, de curieux petits paniers en feuilles de palme tressées, savamment garnis de fleurs et autres grains de riz, friandises, bâtons d’encens, piécettes et même… cigarettes. Chaque matin, ces “segehans” sont respectueusement déposés à même le sol, à l’entrée de chaque maison, restaurant, boutique ou hôtel. Ils ornent également la multitude de petits autels qui peuplent l’île et que l’on découvre au hasard des pérégrinations : là, au pied d’un arbre, ici, le long d’une rivière, plus loin, à l’intersection de deux sentiers. Nul ne saurait se montrer trop prudent, et manquer une occasion de remercier les dieux et d’apaiser les mauvais esprits par ces offrandes quotidiennes.

Les Balinais ont une peur farouche des esprits, comme des démons. C’est d’ailleurs cette peur qui motive un des rites de passage auxquels tous doivent se soumettre une fois atteint l’âge de la puberté : le limage des dents. Le fait d’égaliser les dents de la mâchoire supérieure en rabotant les deux canines et les quatre incisives débarrasse le corps des forces animales qui l’habitent. Voilà qui explique pourquoi le sourire des Balinais est si particulier…

La Libre, Momento, Escapade, Bali, Indonésie, spiritualitéSi le limage des dents se dérobe aux yeux des curieux, il est une autre cérémonie qui rassemble les foules : la crémation qui ouvre l’accès de l’âme du défunt au monde des esprits. Les festivités sont si colorées et bruyantes, rythmées par le son des “gamelans”, ces xylophones à la balinaise, qu’elles sont facilement repérables depuis la route, au détour d’une promenade à vélo de par les villages. Tous sont bienvenus à suivre la procession de femmes chargées d’offrandes, défilant derrière les convois des lourds sarcophages en forme de vache, portés par les hommes. Les crémations sont très onéreuses, et les familles des défunts se regroupent pour financer pareil événement, parfois des mois après la mort des leurs. L’ambiance est – étrangement, à nos yeux d’Occidentaux – joyeuse et détendue. Les touristes sont d’ailleurs bien les seuls à être gênés de leur propre présence, que les participants acceptent avec chaleur.

Les fêtes religieuses mises à part, les Balinais entrent en communion avec leurs dieux par le biais de la danse, lors de laquelle les divinités empruntent le corps des danseurs pour conter leurs aventures. L’une des plus célèbres est l’épopée hindoue du Ramayana. Chaque représentation donne lieu à une effusion de masques grimaçants, tiares scintillantes et autres habits de lumière, dans lesquels les danseurs se meuvent au son des incontournables “gamelans”.

La plupart de ces spectacles sont exécutés à la chaîne, sans ferveur aucune, à destination unique des touristes. Ceux qui souhaitent prétendre à un peu plus d’authenticité ont tout intérêt à demander le chemin des écoles de danse. Les cours sont souvent donnés au vu de tous, ce qui permet de ne pas rater une miette du ballet de ces fillettes s’essayant au “legong” avec plus ou moins de grâce, les corps pliés en deux, les frêles poignets tordus, les doigts tendus vers le ciel, les yeux écarquillés et les têtes dodelinant de gauche à droite.


Hindouisme
L'hindouisme à la balinaise est celui du Dharma, la loi universelle régissant l’ordre des êtres et des choses. Et diffère de l’hindouisme indien, influencé par le bouddhisme, l’animisme et le culte des ancêtres. Les Balinais croient en Ida, le dieu suprême, mais aussi, comme en Inde, en Brahmâ, Vishnu et Shiva, la trinité hindoue. Parmi les divinités communes, on retrouve aussi Ganesh (à tête d’éléphant), ainsi que Garuda, la monture ailée de Vishnu, symbole de la compagnie aérienne indonésienne. Par ailleurs, la vie des Balinais est régie par l’Ordre cosmique qui veut que tout soit relié : le choix des vêtements, le plan des temples, des maisons, des villages, le rapport à la nature. Les grands principes hindous, dont le système des castes, sont aussi de mise à Bali, mais adaptés à la culture de ses habitants et souvent moins contraignants qu’ailleurs.


Ph.: Frédérique Masquelier

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