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25/08/2012

De la photo à la vigne

La Libre, Momento, Papilles, Vins, Oliviero ToscaniConnu pour ses qualités de photographe, Oliviero Toscani s’est récemment lancé en tant que vigneron, produisant un vin qui se veut innovant. Rencontre.

Mise en bouteille: Baudouin Havaux


EN TANT QUE CÉLÈBRE PHOTOGRAPHE, notamment des sulfureuses campagnes de Benetton, la réputation d’Oliviero Toscani n’est plus à faire. Sa passion pour les chevaux de race appaloosa – qu’il fut le premier à importer des Etats-Unis en 1980 – n’est un secret pour personne, par contre, sa vocation plus récente de vigneron est moins connue.
 
Cet été, “Momento” a eu l’occasion d’aller à sa rencontre, chez lui, au cœur de la Toscane, dans son domaine le “Podere Campigallo” situé dans la vallée en contrebas du pittoresque et authentique village de Casale Marittimo. C’est un homme décontracté, jovial, heureux de partager ses passions, qui nous accueille pour nous faire découvrir ce coin de paradis, distribué entre les chevaux, les oliviers et les vignes, qu’il a construit années après années depuis près de 40 ans. Oliviero Toscani n’est pas natif de Toscane, et son amour pour la campagne s’est déclaré très tôt quand, pendant la dernière guerre, sa famille l’a emmené à la campagne, en dehors de Milan où il habitait, pour échapper aux bombardements.
 
Quand il n’est pas dans un studio à Paris, New York ou Milan, c’est ici que, loin des mondanités et des artifices de la vie moderne, il se ressource et trouve l’inspiration. Actuellement, son bureau – niché comme un nid d’aigle au dernier étage d’une maison du village, qui abrite son studio – offre une vue imprenable sur la campagne vallonnée de la Toscane. Au loin, on aperçoit la Méditerranée dont les courants marins tempèrent avantageusement la vallée tapissée du nouveau vignoble que Toscani a planté, tel un amphithéâtre, à 400 mètres d’altitude, au sommet des collines, pour profiter des températures plus fraîches et des sols rocheux, granitiques, chargés de minéraux de couleur rouge feu. L’année prochaine, l’aigle déménagera sur l’autre versant de la vallée, pour nicher au dernier étage de la toute nouvelle cave en construction au pied du vignoble.
 
L’idée de planter de la vigne dans cette vallée germe depuis les années 70. A cette époque, le photographe travaillait en Californie où l’on plantait de nouveaux vignobles le long de la côte. Bien que le village soit situé à quelques kilomètres des vignobles renommés de Bolgheri, personne n’avait planté de la vigne à Casale Marittimo. C’est son ami Angelo Gaja qui lui mit le pied à l’étrier, et accompagna Oliviero Toscani dans son projet. Le vignoble, qui compte 12 ha, a été planté en 2003, la première vendange est sortie en 2006 et, actuellement, ce n’est que le millésime 2008 qui est sur le marché. Une histoire somme toute assez récente et, si l’on n’a pas eu l’occasion de goûter les vins ou de rencontrer son producteur, on pourrait a priori émettre des doutes quant à la pertinence de ce projet.
 
On aurait pu s’attendre à des vins de qualité “standard” superpromus par le génie du marketing. Mis à part le concept de packaging et de présentation marqué par la patte d’un grand créatif, il n’en est rien. C’est un projet volontariste qui s’inscrit dans la détermination de créer un vin innovant, un concept personnel qui fait fi de ce qui existe déjà et qui laisse libre cours à son imagination. Un projet dans lequel Toscani se sent libre. Il n’a pas souhaité planter de Sangiovese, et ses vignes comptent 50 % de syrah, 25 % de cabernet franc et 15 % de petit verdot. Sa volonté a été de produire un seul vin rouge, décliné en non boisé et boisé, qui passe entre 14 et 16 mois en barrique. La production totale est limitée entre 20 000 et 25 000 bouteilles. Le positionnement des vins, qui se situent entre 10 et 15 € et qui pourraient à terme arriver à 30 €, n’est pas élitiste, surtout si on le compare avec celui de ses voisins à Bolgheri qui s’affichent à des niveaux beaucoup plus hauts.
 
Le vin non boisé, dont l’étiquette s’inspire de la toile “carré rouge” de Kazimir Malevitch, exposée au musée de Saint-Pétersbourg, est en fait un carré rouge qui n’est pas carré et qui devrait titiller l’imagination des buveurs de vin. La cuvée traditionnelle passée en bois ne porte pas de capsule, seulement une fine bandelette autour du goulot, et est marquée par le logo OT dessiné il y a 40 ans pour marquer les chevaux. Le logo est décliné dans les trois couleurs fondamentales, le cyan, le jaune et le magenta, et chaque caisse compte deux bouteilles de chaque couleur.
 
On perçoit dans le verre un vin signé par un grand créatif, passionné par la nature, épris de liberté, très exigeant, et animé par la volonté d’aller toujours plus loin.
 
 
La Libre, Momento, Papilles, Vins, Oliviero ToscaniDégustation
C’est un vin complexe, aux arômes fruités de cassis et de cerise. Le bois est très bien fondu. La bouche présente une belle fraîcheur, des notes de réglisse, beaucoup de vivacité et une belle longueur en bouche. C’est un vin de plaisir, gai à boire, ce n’est pas un vin de funérailles comme se plaît à le souligner Oliviero Toscani.
 
 
Ph.: Oliviero Toscani

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