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01/09/2012

L'été de tous les dangers

La Libre, Momento, Pixels, cloud gaming, open sourceCloud gaming, crowdfunding et console de jeu open source bouleversent doucement le monde du jeu vidéo cet été. Le règne de Sony, Microsoft et Nintendo semble compromis.

Explications: Michi-Hiro Tamaï


LE MONDE DU JEU VIDÉO tel qu’il a vécu jusqu’ici est en train de mourir. Ou plutôt de muter. Depuis peu, le médium interactif repense, en effet, toute sa nomenclature avec force. Deux phénomènes attaquent ainsi de front l’écosystème des constructeurs de consoles traditionnels et des éditeurs. A même de changer les habitudes de consommation vidéoludiques des joueurs, le cloud gaming (voir épinglé) et le crowdfunding gagnent ainsi un succès croissant auprès du public. Leur réussite commerciale reste incertaine. Surtout face à la pression qu’exercent (encore) Sony, Microsoft et Nintendo au royaume du joypad. Mais leurs idées et les modèles économiques qu’ils avancent font l’effet d’une bombe en terres pixelisées.
 
Loin d’être révolutionnaire et déjà connu dans le milieu musical, le crowdfunding consiste à trouver des investisseurs sur le Web. Bien installé aux Etats-Unis et prêt à débarquer en Europe, Kickstarter.com recueille ainsi une foule de projets entre cinéma, musique et… jeux vidéo. Là où le phénomène devient particulièrement intéressant, c’est dans sa tendance actuelle à remettre en selle des développeurs de jeux et/ou de séries ultrapopulaires des années 90.
 
Délaissées par les éditeurs, les productions d’aventure point & click connaissent ainsi une deuxième vie, rencontrant des succès et, surtout, des financements inespérés. “Two Guys SpaceVenture” ravive ainsi la saga des “Space Quest”, tandis que “Make Leisure Suit Larry come again !” titille les souvenirs adolescents des trentenaires. “Double Fine Adventure”, la nouvelle production loufoque de Tim Schaffer, a, de son côté, fait sauté la banque. Le créateur de “Monkey Island” et “Day Of The Tentacle” avait ainsi demandé 318 000 euros d’aide lors de son lancement il y a un peu plus de trois semaines. Et se retrouve finalement avec… 2,6 millions d’euros en poche !
 
Kickstarter est une plate-forme de financement fantastique”, avance Swen Vincke, patron de Larian Software, studio gantois de développement de jeux vidéo dont la réputation a largement dépassé nos frontières. “Mais j’ai peur que, parfois, les gens s’emballent trop rapidement sans avoir toutes les clefs en main pour investir en bon père de famille. Je suis très content que Wasteland 2 ait eu plus d’argent que demandé initialement dans son cas, c’est une bénédiction, car les financements demandés initialement n’étaient pas réalistes.” Le très dynamique patron du studio sait de quoi il parle, puisque son studio a toujours mis un point d’honneur à ne pas passer par la case éditeur.
 
 
Numéro un des plus gros financements de Kickstarter avec plus de 6,8 millions d’euros, la console de jeu vidéo Ouya a, elle, dépassé de 904 % ses espérances de financement. Coup de génie de la machine ? Adapter le succès du jeu vidéo sur smartphones et tablettes sur grand écran dans les salons. Square Enix, qui a déjà porté “Final Fantasy III” sur les terminaux tactiles tournant sur l’OS de Google, lancera ainsi son titre légendaire sur Ouya. Avec, on le devine, des frais de développement réduits. Si les gros éditeurs se tâtent encore, on notera que Namco Bandai entamait récemment des pourparlers avec la console qui se destine au Free To Play (1).
 
Attendu au mois de mars 2013 au prix de 79 €, la console remet en fait en cause tout le business des machines de salon. N’importe quel quidam peut en effet développer un jeu sur cette plate-forme. Soit une cassure nette à l’échelle de ce que Nintendo, Microsoft et Sony appliquaient jusqu’ici. “Je pense que les consoles classiques vont disparaître. Je n’y crois plus”, conclut Swen Vincke. “Le modèle en cours actuellement dans l’industrie du jeu vidéo est très monopolistique et malsain. En tant que studio, si je veux sortir un jeu sur Xbox 360, je dois avoir un certain nombre de titres à succès sur cette plate-forme pour pouvoir l’éditer moi-même. Sinon, c’est la case éditeur, avec, à la clef, moins de rentrées financières.”
 
(1) Le jeu vidéo Free To Play propose généralement des titres gratuits dont certaines fonctions sont bridées. Si la production séduit le joueur et que ce dernier veut y plonger, à lui de payer certains éléments supplémentaires du jeu, comme des armes, voire même des niveaux entiers.
 
 
Le cloud gaming, c'est quoi?
Dérivé du “cloud computing”, le “cloud gaming” entretient l’idée de jeu vidéo à la demande. Les données et le matériel informatiques nécessaires au jeu se trouvent sur des serveurs, à distance. Et non plus dans le salon. Comme une vidéo Youtube, le jeu est alors diffusé (“streamé”) en direct sur un terminal connecté au Web. La palette de plateformes possibles s’élargit comme jamais, vu que les contraintes techniques de puissance graphiques s’effacent. “Assassin’s Creed Brotherhood” peut ainsi se pratiquer sur netbook poussif pour se poursuivre sur une tablette et enfin basculer vers une smart TV. Seul matériel nécessaire au joueur : un écran et une (bonne) connexion Web de 3 à 4 Mo. Gaikai et Onlive, les deux acteurs les plus importants du “cloud gaming”, meurent toutefois doucement. Le premier a ainsi été racheté par Sony le 2 juillet dernier, tandis que le second connaît de graves difficultés financières. De quoi faire perdre 23 millions d’euros à Belgacom, actionnaire à 2,6 %.
 
 
Ph.: Ouya

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