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08/09/2012

RTL mise sur le “talent”

La Libre, Momento, Derrière l'écran, Belgium's got talentLundi à 20 h 20, RTL-TVI lance la contre-offensive à “The Voice” en adaptant à la sauce 100 % belge
un format international. Place donc aux chanteurs, danseurs, magiciens et autres jongleurs dans “Belgium’s Got Talent”. Un concours d’amateurs qui entend bien faire parler de lui !

Reportage: Hubert Heyrendt


DURANT L’ÉTÉ, RTL-TVI a enregistré les 5 premières émissions de “Belgium’s Got Talent”, consacrées aux auditions. Quelque 1 800 Belges francophones ont tenté leur chance dans ce nouveau télécrochet; 170 ont été retenus pour affronter le jury. Le 13 juillet dernier, en ce premier jour de tournage, c’était l’effervescence aux alentours de Wolubilis à Bruxelles. Camions, régisseurs courant dans tous les sens, poignées de curieux derrière les barrières Nadar… L’info est bien passée.
 
A l’intérieur, ce n’est pourtant pas la grande foule. A peine 200 personnes se sont déplacées pour venir encourager les leurs ou tout simplement par curiosité. On cadrera mois large et l’on resserra les rangs pour faire illusion… Dans la salle, les accents sont surtout liégeois et carolo mais on vient aussi de Namur ou de La Louvière. Pas vraiment de Bruxelles. Steph, le chauffeur de salle, chargé de créer l’ambiance, s’amuse. “Vous venez de Bastogne… Il y a l’électricité partout là-bas ?”, se moque-t-il gentiment. “Vous êtes le 4e homme. Je veux que vous mettiez le feu quand le numéro commence et quand il finit !, reprend-il, plus sérieux. Et pas de chewing-gum, sinon on va vous mettre avec les blancs-bleus-belges. Moi je m’en fous, mais c’est vous qu’on va voir à la télé…”
 
L’ambiance est décidément bon enfant. On se prête au jeu de la télé de bonne grâce, en applaudissant sur commande sans se poser de questions… C’est les vacances et le public est plutôt jeune et familial. Pour beaucoup, on sent bien que c’est la première fois qu’ils découvrent l’envers du petit écran. Autant dire que lorsque la belle Julie Taton et le sympathique Jean-Michel Zecca font leur apparition sur scène, aussi pro que souriants, l’excitation monte d’un cran ! Et toujours la même rengaine : “C’est vous le 4e membre du jury !”, lancent-ils en cœur.
 
Au bout d’une petite heure de mise en place, les choses sérieuses peuvent commencer : le jury entre en piste. Sous un tonnerre d’applaudissements, comme il se doit. Carlos Vaquera est suivi de Maureen Dor mais c’est le papy bluesman Paul Ambach qui fait l’entrée la plus remarquée, manquant de se casser la figure dans les escaliers. Aujourd’hui, ce sont eux les stars, Julie et Jean-Mi restant cantonnés en coulisses pour recueillir les impressions des candidats après leur prestation.
 
Si, à l’écran, le rythme semblera frénétique, comme toujours en télé, tout prend du temps. Premières retouches maquillages pour les jurés avant même le passage du tout premier prétendant de “Belgium’s Got Talent”. Il s’agit d’un groupe de 7 jeunes filles et d’un garçon, les “Just Move”, qui dansent ensemble depuis une petite dizaine d’années près de Visé. Ils proposent un numéro de funk amusant mais pas des plus pro. “C’est pas parfait mais c’est gai, enlevé”, commente Maureen. Passeront-ils la première étape de l’émission ? Réponse à l’écran…
 
En attendant, les participants se succèdent. Cela va du prof de français langue étrangère proposant un rap d’amour improbable à un gamin de Châtelet qui se prend pour un rappeur US ou un artiste de cabaret d’une cinquantaine d’années se faisant appeler Mister Messenger. En passant par deux armoires à glace, des jumeaux qui interprètent une chanson pour leur maman. “C’est hyper sexy”, s’enflamme Maureen de sa voix de crécelle. “Je vous avais dit qu’on verrait des choses étonnantes”, s’esclaffe le chauffeur de salle, plus terre à terre.
Pendant ce temps, à l’étage, sous le regard des caméras, des salles d’attente ont été installées, où des gamins jouent au poker en attendant leur tour. Dans la salle à côté, une troupe de majorettes en grande tenue répète son numéro…
 
Mais la première vraie émotion dans le public, c’est un frêle garçon au look BC-BG qui la provoque. William doit pourtant d’abord s’interrompre pour un problème technique. “On n’est pas en direct, on s’en fout. Vas-y Justin Bieber”, lui lance une Maureen décidément en forme. La voix de ce gamin qui ne fait même pas ses 16 ans enveloppe alors la salle, le temps d’une reprise irréprochable de… “Feeling Good” de Nina Simone.
 
A sa sortie de scène, William est content. “C’est maman qui m’a parlé de ‘Belgium’s Got Talent’. Au début, je n’avais pas envie de passer à la télévision mais c’est une expérience. Je chante depuis toujours mais seulement pour mes amis ou au cabaret de l’école. Depuis cette année, je suis un cours de chant.” Malgré le manque d’expérience, il n’a pas flanché face aux caméras. “J’avais le trac avant d’entrer en scène mais Julie et Jean-Michel m’ont déstressé un peu. Et puis, une fois sur scène, le stress est retombé d’un coup.” Décidément étonnant, le jeune homme explique le choix, inattendu pour un jeune de son âge, de Nina Simone. “J’adore la soul et l’univers des Blacks. Ils sont vraiment incroyables ! Aretha Franklin est mon idole mais là, ce n’était pas à ma portée… J’ai découvert une de ses chansons dans une émission comme celle-ci et puis j’ai eu envie de découvrir l’original…”
 
Sur 5 jours d’auditions, du 13 au 17 juillet derniers, le jury aura vu passer 170 candidats : beaucoup de chanteurs, pas mal de danseurs mais aussi des “talents” plus inattendus, comme quelqu’un qui casse des noix avec ses fesses ! Trente-deux finalistes seront finalement retenus pour la seconde phase de l’émission.
 
Combien de vrais artistes l’émission découvrira-t-elle ? Plus ou moins que “The Voice” ? Peu importe. Comme tant d’autres, “Belgium’s Got Talent” continuera à faire vivre l’illusion que la célébrité est à portée de tous et que le talent se cache en chacun de nous. Ou plutôt que chacun de nous est un “talent”. A force d’adapter des formats internationaux, la télévision est en effet en train de tout formater, y compris la langue. Un linguiste devrait d’ailleurs se pencher sur le langage de la téléréalité, intégré par ses téléspectateurs. Il suffit pour s’en rendre compte d’écouter, horrifié, la façon dont s’expriment les gamins de “MasterChef Junior”, qui ont non seulement intégré le langage mais aussi les valeurs de compétition, de dépassement de soi, d’individualisme forcené qu’il véhicule…
 
 
Ph.: RTL/O.Pirard

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