Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Envoyer ce Blog à un ami | Avertir le modérateur

15/09/2012

Pour toi, c’est quoi, la quarantaine ?

La Libre, Momento, Bien-être, crise de la quarantaine, les arbres ne montent pas jusqu'au ciel, RubinsteinHistoire d’une femme qui, après s’être effondrée à la suite d’une rupture, se reconstruit dans ce milieu de la vie, un cap parfois violent à passer pour certaines. Et pourquoi ?

Rencontre: Laurence Dardenne


NÉE EN 1966 À PARIS – TIENS, ELLE VA DONC avoir 47 ans… –, maître de conférences en économie à l’université Paris 7, Marianne Rubinstein est l’auteure de “Les Arbres ne montent pas jusqu’au ciel”, un romant fort attachant. (1)
 
Un roman quelque peu autobiographique ? Elle s’en défend. Pourtant, plusieurs vagues similitudes avec Yaël Koppman, le personnage central de cette “fiction”, nous auraient fait penser que… Mais non, “la trame n’est absolument pas autobiographique”, nous assure l’auteure, même si l’une (Yaël K.) a 41 ans et l’autre (Marianne R.) 47, la première, un garçon de 3 ans, tandis que celui de la seconde en a 12, ou encore si la fac est leur univers professionnel à toutes deux, alors que la littérature et l’écriture sont leurs grandes passions, moments d’évasion et d’accomplissement, espace de liberté. Mais soit…
 
 
Bien sûr, pour écrire ce nouveau roman, Marianne Rubinstein s’est nourrie des événements de sa vie, des réflexions glanées auprès de ses amies… mais l’essentiel n’est finalement pas là. En narrant, sous forme d’un journal intime, l’histoire de Yaël, Marianne Rubinstein avait avant tout “envie d’écrire sur une femme qui s’effondre au début de la quarantaine, nous dit-elle. Souvent, les femmes qui sont en crise, on les représente comme des femmes qui s’en vont, qui fuient… Moi, j’avais l’image d’une femme qui vit une espèce d’Hiroshima intérieur, où tout est calciné, en cendres, mais tout reste en place. Ce qui m’intéressait, c’est de voir ou montrer comment cette femme allait se reconstruire dans ce milieu de la vie”.
 
Mais au fond, pourquoi s’effondre-t-elle ? Parce qu’elle vient de passer le cap de la quarantaine ? Parce que le père de son fils de 3 ans l’a quittée pour une de ses amies ? “Oui, et parce que cela fait écho à des failles intérieures plus profondes, comme souvent. Tout à coup, cette rupture touche quelque chose dans le lien plus profond avec sa mère. Cela découvre une faille ancienne qui la fait s’effondrer, s’arrêter avant d’être à nouveau en mouvements. Elle s’effondre aussi au moment de la quarantaine par rapport à la question du désir de l’autre, puisque Yaël est toujours inquiète de savoir si elle est désirée.”
 
Alors, comment va-t-elle se reconstruire ? “Ce sera une reconstruction non pas dans la projection d’une autre relation avec un homme, mais plutôt en s’éloignant de cette question du désir qu’elle peut susciter pour s’interroger sur qui elle est vraiment, et pour, finalement, trouver son espace de liberté.”
 
Pourquoi à ce moment ? “C’est lié à cette période de la vie, en l’occurrence après celle de la nidification qui a généralement lieu à la trentaine, voire un peu avant, quand la femme fait son nid. Yaël n’est plus dans cette logique de nidification, son nid a été fait; il a explosé. Elle doit à présent reconstruire quelque chose de différent. C’est ainsi qu’elle passe d’une logique de nidification à une logique de création de ce qui lui importe le plus, à savoir la littérature.” En cela, doit bien admettre Marianne Rubinstein, il y a ici un peu d’autobiographie dans l’air… “En ce qui me concerne, j’ai le sentiment qu’à ce moment de la vie, on comprend tout d’un coup les choses qui nous sont le plus essentielles, et qui nous donnent le plus d’espace. On est moins dans le désir de l’autre et l’on s’interroge plus sur ses propres désirs. Progressivement, je me suis débarrassée d’un tas de choses comme une certaine ambition au sein de l’université pour me retrouver dans ce qui m’importe vraiment, à savoir écrire. En cela, c’est très autobiographique. Etre dans une activité où l’on est profondément soi, où l’on se retrouve, où ce que l’on fait a du sens…
 
 
Comme on le dit parfois – et même souvent – de la crise de l’adolescence, celle de la quarantaine est-elle un passage obligé ? “Je pense que les femmes ne peuvent pas ne pas considérer qu’à 40 ans, on passe un cap, nous répond Marianne Rubinstein. D’abord, parce que, biologiquement, on commence à s’interroger sur la fin de la fertilité, sur le fait de ne plus pouvoir faire d’enfant. Socialement, on est moins regardée comme une femme jeune. A 40 ans, la société nous projette que l’on passe dans une autre phase. C’est aussi une période à laquelle les amitiés féminines retrouvent une place de premier rang. Je crois donc que c’est une reconfiguration pour toutes les femmes.
 
Finalement, la crise de la quarantaine, on la fait plus souvent vers 38-39 ans, parce que l’on a l’impression qu’il faut faire des choses très, très vite, croyant que l’on va basculer dans quelque chose de radicalement différent, ce qui n’est heureusement pas le cas. Donc, oui, pour répondre à la question, que ce soit un peu avant ou après 40 ans, et de façon plus ou moins atténuée, je pense que toutes les femmes passent par cette crise ”.
 
Mais chaque dizaine n’est-elle pas, symboliquement, un peu un cap à passer ? En quoi la quarantaine est-elle différente des autres dizaines pour une femme ? “Il y a, je crois, des étapes plus violentes que d’autres. Je ne pense pas qu’il y ait une crise de la vingtaine et beaucoup de femmes économisent celle de la trentaine, me semble-t-il. Quant à la cinquantaine ou la soixantaine, je pense que ce sont des phases de vieillissement; les choses se sont déjà recomposées. De mon point de vue, le basculement s’opère vraiment à la quarantaine. C’est le sentiment du milieu de vie et c’est le moment où l’on passe de la femme jeune à la femme pas vieille, mais qui reste une femme jeune sans plus tout à fait être une jeune femme… Subtilité !
 
 
Mais si “vieillir, c’est une succession de deuils”, nous rappelle l’auteure qui associe aussi la quarantaine à “l’âge des renoncements qui ouvrent à d’autres choses”, vieillir, “c’est aussi mieux se connaître – ce qui compense – et donc, aller davantage vers des choses qui nous rendent heureuses. On a mieux conscience du temps qui passe et donc, on profite plus des moments. On commence à apprécier les instants pour ce qu’ils sont”.
 
Finalement, c’est un bel âge, alors, la quarantaine ? “Oh oui!, moi je pense. Je me trouve plus heureuse maintenant qu’avant.”
 
Quant à aborder la cinquantaine ? “Pas la moindre appréhension”, nous dit-elle.
 
(1) “Les Arbres ne montent pas jusqu’au ciel”, Marianne Rubinstein, Albin Michel, 17 €.
 
 
 
C’est la recherche de la justesse de l’instant
 
POUR TOI, LA QUARANTAINE, C’EST QUOI ? A plusieurs reprises, la question revient au fil des pages du roman de Marianne Rubinstein, “Les arbres ne montent pas jusqu’au ciel”. (Albin Michel, 17 €)
Selon les femmes auxquelles la narratrice, Yaël Koppman, pose la question, les réponses divergent. Et forcément, on se retrouve dans l’une, voire plusieurs d’entre elles. Petit aperçu des perceptions de ces quadragénaires et autres extraits choisis de ce charmant roman.
 
La préférée de l’auteure : “C’est la recherche de la ‘justesse de l’instant’.”
 
L’espoir d’une vie nouvelle où la perte des illusions n’empêche pas d’être capable, s’il se présente, de saisir le bonheur au vol.”
 
C’est aussi, quand on vient de se faire larguer par le père de son petit Simon de trois ans, parti pour une de ses amies : “Essayer de faire bonne figure, tenir bon, ne pas sombrer…”
 
Et alors que la femme effondrée éprouve :
Une lassitude grise qui me fait lever le matin plus fatiguée que la veille au coucher.”
 
Pour Marion, l’amie d’enfance, qui vient d’avoir 41 ans, ce sont des premiers cheveux blancs : “Moi aussi, j’en ai. Vingt au sommet de mon crâne qui frisottent parmi mes cheveux raides.”
 
Et pour Anne, qui va bientôt fêter ses quarante-six ans, c’est quoi, la quarantaine ? “Plus qu’à quarante ans, c’est à quarante-cinq ans que ça bascule. La difficulté de passer les quarante ans tient surtout à l’idée que l’on s’en fait vers trente-huit ans, trente-neuf ans, mais dans les faits, rien ne change. En revanche, une fois franchi le cap des quarante-cinq ans, on entre dans la dernière ligne droite avant la cinquantaine. Il faut accepter de vieillir et apprendre à faire avec. C’est aussi l’âge des désillusions.”
 
Dans “Là où les tigres sont chez eux”, Jean-Marie Blas de Roblès écrit : “Elle devait avoir trente-cinq ans, quarante ans, à en juger par certains signes qui interdisaient de lui donner moins, mais sans paraître atteinte par le début d’affaissement biologique propre à son âge.” Comme c’est élégamment écrit…
 
Bon, d’accord, “entre la crise économique, les désagrégations sociales sur tous les fronts (l’école, l’hôpital…), les dérèglements écologiques, les guerres, les fanatismes religieux, la déstabilisation profonde des acquis du féminisme, il y a bien plus grave que la crise de la quarantaine de Yaël Koppman”.
 
Ma vie est loin d’être un enfer, reconnaît Clara. J’ai un mari, des enfants, un travail, mais je ne sais pas pourquoi, je n’y arrive plus.”
Et beaucoup de questionnements : “Où sont passés nos désirs ? Dans quels tunnels nous sommes-nous perdus ?
 
C’est aussi les amitiés féminines qui reviennent en force : “Les quatre femmes réunies, hier, ont alors donné un drôle d’aperçu de la quarantaine. Agatha a commencé en évoquant ses dernières amours avec un Américain. […] A la quatrième bouteille, nous commencions à être beaucoup plus gaies et à échafauder les plans les plus délirants pour venger Cécile qui, entre-temps, avait raconté à Clara et Agatha son dernier week-end. Ce type devait payer, ne cessions-nous de répéter.”
 
Dans son journal intime, en date du samedi 24 avril, Yaël écrit : “Le temps compté et la question du désir : ne pas s’embarquer à la légère dans un truc bancal en pensant que la vie est longue et que l’on retombera toujours sur ses pattes comme un chat ou, à l’inverse, s’embarquer à la légère lorsque le désir est là.”
 
Puis, il y a les copines trop attentionnées qui tentent de vous recaser après un largage : “C’est touchant, mais assez humiliant, ce moment où la famille et les amis se mettent à jouer les entremetteurs pour placer la marchandise déclassée que vous êtes devenue : une femme de plus de quarante ans.”
 
Et quand vient le moment où l’on remonte à la surface après avoir touché le fond : “La vie retrouve des contours et des contrastes. Elle n’est plus une masse informe de jours amalgamés, mais une succession de moments tissés ensemble dans l’étoffe du temps qui passe. Alors, vivre et vite !
La quarantaine ou l’âge des renoncements ? “Et si, une fois atteint l’autre côté du miroir, c’était un âge plus heureux à vivre que celui des possibles, au moins, parce que l’espace des choix s’est réduit et qu’il ne reste donc qu’à profiter de la vie ?
 
 
Illustration: Gaëlle Grisard

Écrire un commentaire