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15/09/2012

Sur la route de Bagan

La Libre, Momento, Escapade, Bagan, Myanmar, BirmanieLes superlatifs s’accumulent pour décrire l’incroyable richesse culturelle du pays birman. De Bagan
au lac Inle, en passant par Hsipaw, prenez donc la voiture à la découverte de petits villages et de marchés authentiques.

Découverte: Valentin Dauchot


À PEINE SORTI DE YANGON, le voyageur se perd. Transporté par les rizières qui défilent devant lui dans un monde contemplatif, où rien ni personne ne peut l’empêcher de rêvasser. Huit heures durant, il se cramponne au siège de la vieille camionnette qui le balade à travers le pays et découvre une multitude des scènes de vie quotidienne qui semblent figées dans le temps, où l’on cultive au bœuf et à la charrue pour vendre sa récolte dans les marchés les plus proches. Les étendues champêtres se suivent et se ressemblent, avant que l’humidité tropicale ne cède progressivement la place à l’aridité des plaines, et que d’immenses rangées de palmiers délimitent à présent des cultures envahies par le sable. C’est l’un des charmes du Myanmar. D’un site à l’autre, le climat change totalement, et la sécheresse étouffante de la royale Bagan sied parfaitement à l’exploration de ce chef-d’œuvre architectural. Trois mille temples érigés dès le XIe siècle dans des plaines sablonneuses pour marquer, à l’époque, le passage du souverain birman au bouddhisme Theravada.
 
Armés de vélos ou entassés sur des Jeep, les visiteurs se lancent à l’assaut de ces vestiges extraordinaires, suffisamment disséminés pour échapper à la cohue et laisser s’installer un silence bienvenu qui confère aux lieux de culte une dimension mystique. Temples et fresques sont magnifiques, à l’image du grand Thabek Hmauk ou de la célèbre Shwesandaw, mais l’apothéose consiste à prendre un peu de hauteur au coucher du soleil pour observer la lumière extraordinaire illuminer la plaine. Pendant que les photographes en herbe sortent fièrement leurs gros engins à la recherche de la photo parfaite, la lumière crue s’atténue et révèle une fine couche de poussière orange qui flotte au-dessus des temples, pour donner au panorama une belle tonalité pastel. Seules les pointes des édifices sont à présent visibles entre les arbres, mais deux nuages laissent échapper un ultime rayon de soleil qui irradie la vallée d’une lumière aveuglante et magnifie l’ensemble dans une ambiance presque divine. Le spectacle est superbe ! Hypnotique, même, quand on constate que plus un son ne sort de la bouche des touristes béats. Pourtant, à l’horizon, une tour dénote. Un temple ? Un restoroute ? Un rien gêné, le guide explique qu’il s’agit en réalité d’un hôtel de luxe construit par la Junte pour ses cadres les plus méritants au beau milieu d’un site protégé. Brillante idée qui, avec le détournement vraisemblable des fonds alloués par l’Unesco pour la restauration des sites, a valu à Bagan d’être rayée de la liste du patrimoine mondial de l’humanité.
 
Trois jours après avoir entamé la découverte de ce spectacle inédit, il faut bien reprendre la route pour visiter d’autres merveilles, mais l’expérience peut s’avérer intrépide. Si le voyageur a relativement peu de chances de se faire voler son sac, la probabilité qu’il trépasse sur la route est, en revanche, bien réelle. La faute à un réseau routier fréquemment inondé en saison des pluies, mais surtout à cette merveilleuse idée qui consiste à rouler à droite, avec le volant… à droite. Cadeau du régime pour rompre avec le passé colonial anglais dans les années 70, qui redonne tout son sens à la place du mort et condamne le passager avant à serrer ses genoux contre son cœur toutes les dix minutes, par crainte pour sa vie ou celle, plus relative, du buffle qu’il vient de frôler. Entre deux râles, la camionnette prend de l’altitude et quitte les plaines birmanes pour rejoindre les montagnes, et entrer en pays Shan.
 
 
Concrètement, le territoire du Myanmar est partagé en “divisions”, essentiellement les plaines centrales peuplées par les Birmans d’origine, entourées d’“Etats” ethniques où vivent, entre autres, Shan, Kachin, Kayah, Karen, Chin ou Rakhaing. Cette mosaïque a toujours existé, mais l’administration anglaise a renforcé les clivages pendant la colonisation, et le Myanmar doit aujourd’hui composer avec une multitude de conflits et rébellions. La plupart de ces zones sont donc interdites d’accès, mais le pays Shan est ouvert et permet de faire un magnifique trekking à Hsipaw avant de rejoindre le lac Inle.
 
La Libre, Momento, Escapade, Bagan, Myanmar, BirmanieLogée entre les montagnes, cette immense étendue d’eau relègue nos lacs belges au statut de grosses flaques, mais se visite encore davantage pour ses villages flottants. Inconfortablement installé sur une petite embarcation en bois, le visiteur va et vient sur les eaux cristallines du lac, pour rejoindre à la vitesse du son tous ces villages sur pilotis. Incroyablement photogéniques, les pêcheurs locaux utilisent encore les techniques traditionnelles de la pêche locale, ce qui leur vaut d’être fréquemment encerclés par les touristes, comme une baleine à Tadoussac (petite ville touristique du Canada réputée pour ses cétacés, NdlR), mais ils jouent le jeu. Puis, en un fragment de seconde, le canoë de fortune bifurque dans un canal entouré de verdure, et pénètre dans une voie d’eau cernée d’habitations flottantes. L’ensemble est sublime, coloré, et donne un peu le sentiment d’être dans un western flottant lors de la lente approche sur le canal central. A la différence qu’ici, personne ne vous tire dessus, mais vous invite chaleureusement à visiter les ateliers flottants qui confectionnent cigares, tissus ou couteaux en tous genres. C’est touristique mais magnifique, et une réelle vie locale continue à se dérouler en marge des visiteurs. A l’image du Myanmar, le lac reste authentique, et c’est à nouveau cela qui fait toute la différence.
 
 
Ph.: Valentin Dauchot

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