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22/09/2012

Au cœur de Molenbeek

la libre,momento,24h avec,éducateur de rue,molenbeekMinoritaires, mais particulièrement visibles, les jeunes qui traînent sur la voie publique reflètent une grande diversité de situations. Depuis quelques années, une équipe parcourt les rues de la commune pour aller à leur rencontre, et tenter de les tirer vers le haut.

Reportage: Valentin Dauchot
Photos: Alexis Haulot


C’EST L’AGITATION À MOLENBEEK ! Pas d’émeutes, ni de vols ou autres faits de violence si souvent relatés par les médias, mais le marché du jeudi qui prend ses quartiers rue Comte de Flandre, où seuls quelques crieurs s’affrontent pour attirer le chaland. Le parfum de menthe fraîche se dispute à celui de fruits magnifiques, et les politiques de tous bords défilent d’un air enjoué pour distribuer cartes et sourires, dans le grand barnum habituel des élections communales. Passé la foule, les stands s’amenuisent et mènent directement au bâtiment rénové qui abrite l’asbl “lutte contre l’exclusion sociale” créée en 1992. “Une année un peu particulière”, explique, d’emblée, Ali Ben Abid qui dirige la cellule “Coaching-Partenariat”. “A l’époque, le Vlaams Blok est en plein avènement, le FN arrive sur Bruxelles, et de violentes émeutes éclatent à Forest et conduisent les pouvoirs publics à mettre en place des projets de prévention.” La lutte contre l’exclusion sociale fait son apparition, et l’asbl monte un réseau de maisons de quartier avec une triple mission de soutien social, scolaire, et mise en place d’activités socio-éducatives, sans parvenir à toucher le public le plus sensible. “On s’est rendu compte que les gens qui étaient demandeurs d’une aide profitaient de ces infrastructures, mais que les jeunes qui traînent sur la voie publique n’étaient absolument pas touchés. Eux ne demandent rien. Il faut aller à leur rencontre avec une équipe de terrain et trouver les moyens de créer un contact.”

L’équipe en question patiente tranquillement dans la salle avoisinante, exceptionnellement réunie au bureau pour faire le point sur ses activités. Mohammed, l’enfant du quartier à la carrure impressionnante et à la bonne humeur contagieuse, passe ses journées dans les rues avec son pote Fahretin. Ils ont 29 et 28 ans, vivent depuis toujours à Molenbeek et sillonnent le quartier en permanence pour partager leur expérience. “Notre cible, ce sont tous les jeunes qui traînent dehors et tombent dans la délinquance”, insistent les deux gaillards. “Le problème n’est pas tant qu’ils soient déscolarisés, mais que ces jeunes restent là à glander sur la voie publique avec tous les risques que ça comporte.”

Un public minoritaire, mais bien visible et potentiellement nuisible, dont les profils varient énormément. Certains “souffrent de carences affectives”, d’autres sont bien chez eux, mais changent complètement de personnalité une fois en dehors, et une partie d’entre eux viennent de familles complètement dépassées. “Tous les parents du monde veulent que leurs enfants réussissent”, s’offusque poliment Ali Ben Abid. “Ils ne sont pas moins bons à Molenbeek ou ailleurs, mais certains sont plus démunis, et beaucoup appartiennent à la vieille garde qui pense encore que si on va à l’école, on trouve du travail.” Ce n’est plus le cas aujourd’hui, et la question de l’enseignement prend une place centrale dans la lutte contre l’exclusion.

Beaucoup de ces jeunes ont une image négative d’eux-mêmes”, analyse Mélanie, “madame emploi”, qui coordonne les petits boulots proposés aux quelques privilégiés. “Ils ont le sentiment de ne rien savoir faire de bon, et c’est lié au fait que beaucoup d’entre eux se retrouvent directement dans des écoles professionnelles avec des orientations qui n’ont rien à voir avec leurs compétences.” Il n’y a pas d’écoles alternatives à Molenbeek, et, pour Ali Ben Abid, “trop de gamins coincés dans leurs quartiers par le décret enseignement”.

la libre,momento,24h avec,éducateur de rue,molenbeekDe l’autre côté de la rue, les derniers clients du marché commencent à évacuer les lieux, et nos quatre éducateurs décident de se mettre en route pour rejoindre le centre névralgique de la zone qu’ils couvrent : le parc Bonnevie situé juste en face de la station Comte de Flandre. A cette heure-ci, les rues sont désertes. La plupart des jeunes sont à l’école, “et les méchants dorment encore”, plaisante à moitié Mohammed en se promenant d’un air décidé. Deux adolescents ne tardent pourtant pas à faire leur apparition et viennent directement saluer l’équipe. “Alors ? T’as eu tes résultats ? Tu passes la troisième ?”, lance notre homme à l’un d’entre eux. “Oui, oui, c’est bon”, lui répond l’adolescent de 15 ans en lui tendant son bulletin. “Moi, je viendrai à la formation que tu proposes”, répond l’autre. “J’ai 18 ans, et je suis toujours dans la même classe !” La discussion s’anime, les blagues fusent pour faire passer les conseils en douceur, et quelques minutes plus tard, les deux ados repartent tranquillement non sans gratifier le groupe d’une “bonne fin de journée” qui épate la galerie. “Celle-là, c’est la première fois qu’on l’entend”, s’étonne Fabien, venu de Bretagne il y a quelques années et tombé à Molenbeek un peu par hasard. “Ces deux-là ne viennent chez nous que quand ils ont épuisé toutes les autres possibilités. Le juge a récemment dit au plus jeune qu’il venait de griller sa dernière chance. Ce gamin a 15 ans, il a fait plein de conneries, mais il est calme depuis deux ans et, maintenant, il doit encore passer devant le tribunal.” Problème : beaucoup de ces jeunes ont perdu leur certificat de bonne vie et mœurs. “La grande majorité des personnes que vous verrez ici ont plus ou moins essayé de travailler, mais on demande systématiquement à vérifier leur casier judiciaire”, explique Ali Ben Abid. “Vous imaginez bien qu’ils en ont un, mais certains ont changé, et quand ils veulent vraiment s’en sortir, on ne leur donne rien. C’est quasiment impossible de leur trouver du boulot.”

C’est à ce moment qu’intervient Mélanie. Elle cherche, négocie, contacte la commune, “Couleur Café” ou l’IBGE pour leur trouver de petits boulots, et donner l’occasion à un petit nombre de jeunes d’avoir une fonction rémunérée et d’assumer des responsabilités. “La règle de base, c’est de ne jamais les considérer comme des victimes”, explique la jeune femme. “On part de l’idée qu’ils ont tous quelque chose à faire valoir, indépendamment de leur passé.” Certains, parmi les plus difficiles, reçoivent même l’opportunité de participer à un projet en Afrique pour changer d’air pendant quelques semaines. Une sorte de seconde vie “où aucun de ces jeunes n’est stigmatisé”, insiste Ali Ben Abid. “Quand ils sont là-bas, ils se sentent Belges, respectés, et dès qu’ils reviennent, beaucoup retombent dans leurs travers. On voit des gamins en pleine progression à qui on n’a rien à proposer à leur retour et qui perdent quasiment tout ce qu’ils avaient acquis.”
 
Ces dernières années, d’ailleurs, les petits boulots sont de plus en plus difficiles à dénicher, et les vrais emplois, quasiment introuvables. Ceux qui réussissent à Molenbeek “travaillent essentiellement pour Bruxelles propreté, la Stib et la police”, les autres “quittent le quartier dès qu’ils en ont l’occasion” et emportent avec eux leur réussite exemplaire, et ceux qui restent, enfin, ne cherchent qu’un temps ou finissent par traîner dans la rue sans objectifs, avec le risque élevé de tomber d’une façon ou d’une autre dans la délinquance.
 
Tout notre travail consiste à éviter que la rue ne se privatise”, insiste le directeur de la cellule. “Empêcher que les codes et les règles de conduites ne soient dictés par les jeunes eux-mêmes. Ces gars-là font les rois dans leur quartier, mais dès qu’ils traversent le canal, ils sont perdus. Toute leur vie se réduit à une petite portion de territoire qui comprend la rue où ils sont nés, leur famille, leurs amis, leur école, et Chez René, la friterie au coin de la station Comte de Flandre.”
 
 
Dès la tombée de la nuit, l’ambiance se met à changer. “Le dragon se réveille”, comme disent fièrement certains habitués. Les plus jeunes rentrent chez eux, les noctambules prennent possession d’un banc ou d’un coin de rue qu’ils ne quitteront probablement pas de la soirée, et l’autre Molenbeek se met en place. Nos éducateurs aussi retournent chez eux, mais Fahretin et Mohammed vivent dans le quartier et savent très bien que s’ils n’ont pas de boulot à proposer, ce n’est pas la peine d’aller discuter avec les “grands”. Trop d’espoirs déçus par des promesses difficiles à honorer.
 
Difficile, aussi, pour ceux qui s’en sortent et trouvent des petits boulots dans le quartier, de travailler aux yeux de tous. “Il y a une jalousie terrible”, témoigne Mohammed. “Une pression du groupe qui n’accepte pas que quelqu’un réussisse là où ils ont échoué. Même à moi, on me demande si je travaille encore pour la cellule de lutte contre l’exclusion sociale. Ils n’ont qu’une seule envie, c’est de prendre ma place.”
 
La journée touche à sa fin, mais le travail ne fait que commencer, et une question reste en suspens : où sont les filles ? Tous les jeunes rencontrés en rue étaient de sexe masculin. Les filles sont donc moins visibles, “mais ça ne signifie pas qu’elles ont moins de problèmes”, conclut Ali Ben Abid. “Ils sont différents. On ne parle plus d’études ou de mise à l’emploi.” “Le vrai problème”, ajoute Mohammed, “c’est les frangins, les familles qui exercent un contrôle social énorme ou craignent qu’il ne leur arrive quelque chose s’ils les laissent sortir. Depuis quelques années, il y a beaucoup moins de respect. On voit des gamins insulter des adultes, fumer leur joint juste à côté d’eux, et une fille pourrait se faire insulter avant d’aller chercher son frère pour la défendre. C’est dû au fait qu’il y a beaucoup plus de monde qu’avant, mais c’est aussi dû à toutes ces personnes de l’extérieur qui viennent traîner dans nos rues.”

Ingrat, le métier d’éducateur ? “Tu ne fais pas ce métier pour que ce soit gratifiant”, conclut Fabien, “mais quand un jeune t’appelle pour t’annoncer qu’il a trouvé quelque chose, c’est magnifique, tu sais que tu as vraiment servi à quelque chose.”

Commentaires

j'ai fait connaissance d'un policier MARCO ( dit la fouine) il m'a dit qu'il travaillais a la brigade du grand banditisme , je lui ai preter 320 euros car il avait des problems , aujourd'hui je n'arrive pas a recuperer mon argent si vous le connaisser envoyer moi son non de famille , merci je veut simplement recuperer ce qu'il me doit , il trouve toujour des excuse pour pas rembourser , il ma arnaquer et je compte bien lui faire payer
Merci de m'aider

Écrit par : meeus ginette | 26/09/2012

pour une fois qu on denigre pas le travaille des vrais personnes qui font le travaille merci bcp
j habite molenbeek je traverse chaque jrs le quartier est je voit tjrs c est personne presente!!!!
grace a c est personnes ont ce sent en securite
merci a eux et a l auteur de nous comprendre.

Écrit par : akerkach | 28/09/2012

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