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22/09/2012

L’espion qui se sapait

la libre,momento,tendances,james bondJames Bond fêtera officiellement ses cinquante ans de cinéma le 5 octobre prochain. Depuis que Sean Connery a endossé son smoking et ses Church, 007 incarne à l’écran un certain style qui, au fil des “placements de produits”, s’est parfois éloigné des canons de son créateur, Ian Fleming.

Lèche-dressing: Alain Lorfèvre

1969-1971: Bons baisers de Fulham
 
Selon Bronwyne Cosgrave, historien de la mode et l’un des curateurs de la récente exposition du Barbican “Designing Bond”, les créations d’Anthony Sinclair étaient à la mode masculine l’équivalent de Chanel pour les dames : simples, seyantes, distinguées et intemporelles. Mais il n’en fut pas toujours ainsi pour Bond. L’éphémère incarnation de James Bond par Roger Lazenby, en 1969, marque l’élargissement de la gamme des couleurs de 007. Peter Hunt, le réalisateur de “Au Service Secret de Sa Majesté”, fit appel pour ce film à Dimi Major, un styliste alors branché du quartier londonien de Fulham. Bond porte ainsi des vêtements plus sportifs et colorés, qui annoncent déjà les années 70. Lorsque Sean Connery reprend le rôle dans “Les Diamants sont éternels” (1971), on le voit même porter, durant la séquence en Utah, un costume crème avec une cravate rose – un crime de lèse-Fleming !
 
 
1973-1985: Rien que pour vos yeux
 
Lorsque Roger Moore décroche son permis de tuer, l’acteur a déjà son tailleur attitré, Cyril Castle, qu’il impose à la production. C’est le début des années 70 : l’heure est aux pattes d’éph, aux pulls à col roulé ou aux sahariennes. Les poches sont plus larges, avec rabats, les teintes marron ou ocre. Bond évitera toutefois les chemises à fleurs. En 1978, Moore s’exile pour des raisons fiscales, non pas en Belgique, mais en Suisse. Trop loin pour l’insulaire Castle. L’acteur se tourne alors vers Douglas Hayward, installé dans le sud de la France, qui comptait parmi ses clients Peter Sellers ou Michael Caine – pas les plus mal fagotés de leur confrérie. Celui-ci va œuvrer sur la garde-robe de Bond à partir de “Rien que pour vos yeux” qui marque le vingtième anniversaire de Bond au cinéma et son entrée dans les années 80. Avant leurs dérives excentriques, celles-ci débutent par un retour vers le classicisme des années 50 auquel Hayward souscrit pour les costumes de ville de Bond, moins datés pour cette période que ses tenues sportives plus flashy.
 
 
1987-1989: Permis de prêt-à-porter
 
Si Timothy Dalton, Bond injustement décrié, marque un retour à une certaine bestialité, en accord avec le statut de tueur de 007, côté vestimentaire, sa (brève) carrière d’agent secret est marquée par une certaine décadence. “Tuer n’est pas jouer” et “Permis de tuer” sont caractérisés par l’introduction d’un style informel propre à l’époque : Bond tombe la cravate et, sacrilège, endosse même du prêt-à-porter lors de son passage en Floride dans “Permis de tuer”. Jodie Tillen, costumière sur ce dernier, avait notamment contribué au look de Don Johnson dans la série “Miami Vice”, emblématique de la mode des années 80. C’est probablement à elle que le Bond de ces années-là doit ses pantalons à pinces et les épaulettes de ses vestons. Timothy Dalton, tenant d’un style plus fidèle aux origines britanniques de son personnage, dut batailler pour éviter d’être vêtu de couleurs pastel. Fleming s’en serait retourné dans sa tombe…
 
 
1995-2002: La mode ne suffit pas
 
Avec Pierce Brosnan reprenant le matricule en 1995, la garde-robe de James Bond revient aux sources. Ou presque… Signe des temps : les costumes de 007 sont désormais taillés par les petites mains de l’Italien Brioni, à l’instigation de la nouvelle costumière de la série Lindy Hemming – toujours en activité en 2012. On revoit même l’agent secret porter un très classique “trois-pièces” qu’il avait jeté aux orties depuis près d’un quart de siècle. Une différence essentielle apparaît néanmoins, qui aurait choqué Ian Fleming : la nature onéreuse des costumes de Bond est désormais ostensible – à l’image des montres de marque, toujours bien visibles à son poignet, placement de produit oblige. Un vice de nouveau riche qui était naguère l’apanage de ses vulgaires adversaires…
 
 
2006-2012: Habiller n’est pas jouer
 
Si l’on observe attentivement les photos de production de “Skyfall”, le 23e James Bond officiel qui sortira dans les salles le 26 octobre, on note que les producteurs capitalisent sur la nostalgie de l’âge d’or de la série : Daniel Craig rendosse un costume en laine gris, directement inspiré de celui que portait Sean Connery dans “Goldfinger”. A l’œuvre sur la franchise depuis “Quantum of Solace”, Tom Ford n’a jamais caché son admiration pour le style classique, mélange d’élégance racée et de discrétion. Cinquante ans après ses débuts, Bond pourrait sans crainte ressortir de son dressing les créations d’Anthony Sinclair. De là à imaginer que Daniel Craig passerait inaperçu dans la foule de Regent Street, il n’y a qu’un pas…
 
 
 
Le Bond style à la lettre
 
Né avec une cuillère d’argent dans la bouche, passé par Eton, ex-espion de bureau de Sa Majesté, banquier occasionnel, fêtard et coureur de jupons invétéré; bref, bon vivant mâtiné d’Anglais old school, Ian Fleming a taillé le costard de 007 à l’image du sien. Sur le papier (c’est-à-dire dans les romans), le bleu foncé (en anglais : navy blue – quoi de plus naturel pour un Commander de la Royal Navy ?) est sa couleur préférée. Il porte des costumes non croisés (Roger Moore en fera fi), avec chemise blanche et mince cravate tricotée de soie noire. Il lui arrive de revêtir un costume en pied-de-poule blanc et noir. Incontournable, par contre, est le smoking sombre pour aller taper les cartes au casino. Attentif aux créations pour hommes issues de la célèbre Savile Row de Londres, Fleming lui-même ne s’y fournissait pas. Selon son biographe John Pearson, l’écrivain faisait tailler ses costumes (trois à la fois) chez Benson, Perry and Whitley, sur Cork Street. En Anglais bien éduqué, il les portait “jusqu’à ce qu’ils soient en lambeaux”. Dans les romans, le tailleur de Bond n’est pas identifié. Le Bondologue Gary Giblin, auteur de “James Bond’s London”, estime qu’il pourrait s’agir de Anderson Sheppard, sur Savile Row. Mais il n’y a pas que l’habit qui fait l’espion…
 
Lectures.
Indice de son conservatisme snob : James Bond lit le “Times” (et le “Daily Gleaner” lorsqu’il séjourne à la Jamaïque, terre d’accueil de son créateur).
 
Nourriture.
En bon Britannique actif, le petit-déjeuner est son repas préféré. Pour un Anglais, il a d’ailleurs des connaissances culinaires inattendues – sans doute acquises durant son enfance sur le continent. Bond adore le caviar mêlé à du jaune d’œuf, les soles meunières, les crabes noirs, le gratin de queues de langoustes, les quenelles de brochet et la viande tendre qui se coupe à la fourchette. A l’heure du tea, il apprécie le foie gras.
 
Boissons.
Très méticuleux sur le choix des vins, par lesquels il remplace avantageusement le thé, il apprécie plus particulièrement le Mouton-Rothschild 47 et le Piesporter Goldtropfchen 53. Grand amateur de champagne, Bond apprécie indifféremment le Taittinger, le Bollinger et le Dom Perignon. On connaît son goût pour la Vodka Martini (médium dry, au shaker, non à la cuillère et avec un zeste de citron – on appelle ce coktail un Vesper Martini). Mais 007 apprécie aussi le bourbon (étonnant pour un fils d’Ecossais). De passage en Floride, il commandera un double Old Grandal sec.
 
Addiction.
Lorsqu’il apparaît pour la première fois à l’écran, 007 allume une clope. Dans les romans, c’est un véritable pompier : cinq cigarettes à l’heure. Homme d’habitudes – c’est so british – il est fidèle depuis l’adolescence aux Morland Spécials, fabriquées avec un tabac macédonien et vendues dans des paquets à trois cercles dorés. Au détour d’une mission, le lecteur apprendra aussi qu’il résiste à la fatigue (et à l’ivresse) en se dopant à la benzédrine, absorbée dans une coupe de champagne. L’orthotédrine est un autre stupéfiant qu’il consomme occasionnellement.
 
Voitures.
Dans les romans de Ian Fleming, la voiture de Bond est l’extension de son très mâle Moi. Tout Anglais amateur de belles carrosseries et qui se respecte choie une antiquité. Celle de Bond est une Bentley 4 litres 500, avec compresseur Amherts-Villiers, entretenue avec tendresse par un ancien mécano de chez Bentley, employé dans un garage proche de Chelsea Square. On aperçoit dans les deux premières adaptations cinématographiques sa variante, que Bond utilise lorsqu’il est en permission à Londres, la Bentley MkV. La mythique Aston Martin DB5, customisée par Q, est spécifique au Bond de cinéma : elle est apparue dans “Goldfinger”, avec son siège éjectable, ses mitrailleuses sous le capot, son bouclier pare-balles et ses plaques escamotables.
 
 
Ph.: EON/Sony

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