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22/09/2012

Les séries déjà à l’heure du vote

la libre,momento,derrière l'écran,séries politiques,us,the newsroomQuatre séries parmi les plus récentes abordent directement la bataille politique aux Etats-Unis, préfigurant les élections de novembre prochain. Avec Aaron Sorkin, père du genre en télévision, “The Newsroom” ouvre la voie d’une réflexion pertinente sur l’actualité. Sur Be 1, dès jeudi, à 20 h 55.

Karin Tshidimba


SI, DANS LA RÉALITÉ, Barack Obama et Mitt Romney en sont encore à fourbir leurs derniers arguments et à concocter leurs dernières vidéos de campagne; en télévision, la bataille pour le pouvoir suprême fait rage depuis de longues semaines, voire de longs mois et a même, parfois, déjà trouvé son épilogue. Thème régulièrement abordé dans les fictions télévisées, il se fait central dans quatre des séries les plus récentes : Veep, Political animals, Boss et The Newsroom.
 
 
Si la première est une comédie et même une (lourde) parodie, les autres ont choisi un ton plus grave, voire parfois même tragique, pour parler de l’échiquier politique local (“Boss”) ou national (les trois autres). Offrant du même coup aux sériephiles l’occasion de creuser les dessous et ressorts d’un monde trop souvent présenté de façon binaire et simplifié par les médias comme par les hommes politiques eux-mêmes.
 
Or, cette vision parfois simplificatrice, voire caricaturale, de la vie politique nationale et internationale est justement au cœur de la nouvelle série d’Aaron Sorkin : The Newsroom***. Personne n’a oublié l’incroyable qualité et la formidable richesse de sa précédente création : “The West wing” (“A la maison blanche”) qui, durant sept saisons, a décrypté le fonctionnement interne et externe de la Maison Blanche.
 
Analyste avisé et conteur hors pair, Sorkin poursuit, ici, son œuvre vulgarisatrice en se penchant sur la façon dont les médias (et particulièrement les chaînes tout info, sur le modèle de CNN) rendent compte de la vie politique et façonnent, en partie, les opinions. Prises dans un épineux maelström politique, financier et publicitaire, les chaînes sont-elles en mesure de mener à bien leur mission qui est d’informer les futurs électeurs ? Aaron Sorkin en doute, décryptant les mécanismes puissants, et souvent souterrains, qui ruinent cette visée essentielle.
 
Alors que l’info va de plus en plus vite et que les sources se démultiplient pratiquement à l’infini, la tentation est grande de tenter de capter l’attention à tout prix. Avec le même respect affiché précédemment à l’égard de la fonction présidentielle, dans ce qu’elle a de plus noble, Sorkin imagine une chaîne bien cotée (ACN) soumise aux pressions des annonceurs et dont le présentateur vedette (campé par Jeff Daniels) a la réputation d’être un fieffé intervieweur. Endormi sur ses lauriers, celui-ci va être réveillé par l’engagement d’une nouvelle équipe de jeunes journalistes et réalisateurs décidés à redorer le blason de la presse. Faut-il préciser que le ton (jugé “arrogant” et “grandiloquent” par certains) et les visées pédagogiques de Sorkin en ont irrité plus d’un dans le milieu ?
 
Buzz des derniers screenings (présentation des nouvelles séries) de Los Angeles, la série diffusée dès le 24 juin, a essuyé nombre de critiques mais a été renouvelée pour une saison 2. Course à l’audience et bataille des ego, pressions politiques et financières, dérives des chaînes et spectacularisation de l’info, concurrence du Net : aucun des enjeux de la presse n’est oublié, rendant la série particulièrement addictive pour tous ceux qui connaissent le milieu de près ou de loin.
 
 
Mais ce n’est pas tout ! Chacun des dix épisodes est en effet centré sur un événement récent et les interactions qu’il crée au sein de la rédaction d’ACN en pleine mutation. Après l’explosion d’une plateforme pétrolière dans le Golfe du Mexique, “The Newsroom” aborde Fukushima, la révolution égyptienne et la traque de Ben Laden. Sans oublier la polarisation croissante de la société américaine entre Démocrates et Républicains, portée par une analyse brillante des dérives et mensonges du Tea Party. On se régale !
 
Alors que les vraies élections se profilent dans six semaines, ne ratez pas l’occasion de plonger au cœur de l’actu américaine en bonne compagnie. Car Sorkin sait, aussi, comment rendre ses personnages particulièrement attachants.
 
 
 
Boss ***
L’action se déroule à Chicago, cité qui a toujours symbolisé l’Amérique et son ambition. A travers cette fiction ambitieuse, stylisée dans ses premiers épisodes par la caméra experte de Gus Van Sant, la petite chaîne Starz revisite la vie de Richard Joseph Daley, élu démocrate qui régna sur Chicago de 1955 à 1976. A l’époque, la ville vécut, entre autres événements majeurs, les émeutes liées à la mort de Martin Luther King et les violences entourant la convention démocrate de 1968.
Quarante ans plus tard, l’imposant Kelsey Grammer endosse la personnalité de ce maire mythique dont le “règne” a charrié son lot de corruption, de déviances, de loyauté aveugle, de “bons et de méchants”. “Tom Kane est un combattant, sans aucun sentiment ou question de conscience.” “Les sacrifices (exigés par la politique) portent toujours sur des amis, des collègues, ou la famille. Mais ils restent faciles à opérer lorsque vous tenez le couteau”, précise le maire dès la bande-annonce.
 
Conçue comme une version contemporaine du “Roi Lear” de Shakespeare ou du “Prince” de Machiavel, la série montre un homme qui “reste persuadé que tous les moyens sont bons pour parvenir à ses fins”. “Ce n’est pas un bad guy, mais la plupart de ses interventions sont illégales”, souligne Farhad Safinia. Le créateur et producteur de “Boss” dit avoir “voulu explorer ce que les gens font lorsqu’ils cherchent à obtenir des choses les uns des autres”. “Le plus fascinant est de voir ce qui est montré devant les caméras et ce qui se passe réellement en coulisses”, renchérit Kathleen Robinson qui campe Kitty O’Neil, bras droit du maire Tom Kane, dans un making of disponible sur YouTube.
Apprenant qu’il est atteint d’une maladie dégénérative incurable, lui laissant 3 à 5 ans d’espérance de vie, Kane est saisi par l’urgence de vivre et d’accomplir un certain nombre de projets, y compris sur le plan personnel. En résulte un rôle prenant, hors normes et permettant tous les excès, pour le plus vif plaisir de son interprète principal, Kelsey Grammer, jusqu’ici plutôt abonné aux comédies. Campant avec force l’un de ces “grands malades qui nous gouvernent”, l’acteur a vu sa prestation saluée du Golden Globe 2012 du meilleur acteur dans une série dramatique.
Contrairement à “The West Wing”, modèle incontesté du genre, “Boss” propose une vision cynique et désabusée de la politique. Et si la nouvelle production d’Aaran Sorkin (“The Newsroom”) évoque encore la politique par la tangente, c’est au journalisme qu’elle applique cette fois sa cure d’optimisme et d’émulation intellectuelle (cf. ci-dessus).
 
 
Political Animals **
Dans cette série, tous les rapprochements avec le couple Clinton ont été soigneusement entretenus et travaillés. Sigourney Weaver incarne en effet Elaine Barrish, une ex-Première Dame, et épouse bafouée, devenue secrétaire d’Etat, qui se décide soudain à briguer la présidence des Etats-Unis. Mais les problèmes d’addiction de son plus jeune fils et les nombreux travers de son ex-mari (ambitieux, opportuniste et dragueur invétéré) risquent de ne pas lui faciliter la tâche.
Amour, politique et argent : l’éternel trio sulfureux mène la danse dans cette série HBO. Sans oublier stratégies publiques et relations familiales : un autre duo détonant déjà exploité par le scénariste Greg Berlanti dans ses précédentes créations, “Jack et Bobby” (sur l’enfance des Kennedy) et “Brothers and Sisters”, qui observait l’impact sur une famille de l’entrée en politique de l’un de ses membres.
Placée au cœur de négociations gouvernementales et des tensions diplomatiques, la fonction de secrétaire d’Etat occupée par Elaine Barrish est d’autant plus délicate qu’elle est souvent l’occasion d’encaisser les traîtrises et les coups bas, voire les échecs inopinés tandis qu’à d’autres sont accordés les lauriers des actions rondement menées. L’exploration de ces coulisses de l’administration américaine se révèle instructive même si elle n’est pas totalement inédite. Et, par moments, l’analyse des dérives des uns et des autres emprunte davantage à l’univers et aux codes (langage, situation, profils) de “Dallas” (soap fondateur) qu’à ceux
d’“A la maison blanche”. Inscrivant les limites d’un genre qui perd sans doute en pertinence ce qu’il gagne en capacité de délassement.
 
 
Veep *
En devenant vice-Présidente des Etats-Unis, Selina Meyer découvre que le métier est très loin d’être aussi “cool” qu’elle l’imaginait : inaugurations foireuses, réunions ennuyeuses, champ d’action limité, communication verrouillée par le président et ses multiples conseillers hyperactifs… La série HBO est l’occasion d’une satire plus ou moins savoureuse de la vie et de la scène politiques américaines. Où la petite brune Julia Louis-Dreyfus ne manque pas de points communs avec une certaine Sarah Palin. L’humour n’est pas toujours des plus fins (le terme sitcom regroupe le meilleur comme le pire) mais certains clins d’œil plairont à tous ceux qui s’intéressent au quotidien des hommes politiques au pays de l’Oncle Sam.
Créée et réalisée par Armando Iannucci, qui avait déjà à son crédit la britannique “The Thick of it”, la série manque de crédibilité et donc assez rapidement d’intérêt, même si on ne peut lui enlever son caractère foncièrement délassant. Dans un tout autre genre, mais avec le même modèle de femme politique, on préférera bien sûr “Game Change”, film très documenté produit par Tom Hanks qui raconte les circonstances et conséquences de la nomination de Sarah Palin comme candidate à la vice-Présidence des Etats-Unis en 2008, avec Julianne Moore dans le rôle principal. Nettement plus instructif.
 
 
Ph.: HBO

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