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29/09/2012

D8, “la nouvelle grande chaîne” qui fait peur

La Libre, Momento, Derrière l'écran, D8, D17 Canal+Le rachat par le groupe Canal+ des deux chaînes de la TNT du groupe Bolloré pourrait déstabiliser le secteur de la télé gratuite. En faisant, en particulier, de D8 une chaîne premium…

Caroline Gourdin, correspondante à Paris

LE GROUPE CANAL+ A CRÉÉ un séisme dans le paysage audiovisuel français. En rachetant au groupe Bolloré D8 et D17, ex-Direct 8 et Direct Star, deux chaînes gratuites de la TNT. TF1, M6 et France Télévisions montent au créneau depuis plusieurs mois, craignant que la puissance de feu du groupe Canal+ ne vienne déstabiliser l’univers de la télé gratuite. Déjà qualifiée de “Free du PAF”, radicalement transformée par Canal, D8, en particulier, fait peur. Avec le slogan “D8, la nouvelle grande chaîne” et un budget qui sera multiplié par trois pour atteindre 120 millions d’euros en 2015, D8 s’affiche comme une chaîne premium, la plus riche des chaînes de la TNT (TMC ou W9 disposent de 40 à 50 millions).
 
“Comparé aux 2 milliards investis sur Canal +, cet investissement de 120 millions reste modeste”, tempère Rodolphe Belmer, directeur général adjoint du groupe Canal+ en charge du pôle édition, soucieux de rassurer la concurrence : “On ne va rien s’interdire, mais on ne va pas déstabiliser le PAF. Ce n’est pas notre projet, confie-t-il. Nous voulons faire une belle chaîne, qui ne soit pas misérable, qui ne ressemble à aucune autre, avec notre ligne, notre identité”.
 
La soirée de lancement, orchestrée par le réalisateur du “Grand Journal”, Renaud Le Van Kim, illustre cette ambition. Sur la scène des salons du Carrousel du Louvre, on a vu défiler des personnalités du PAF. Laurence Ferrari, rayonnante en robe fuchsia, s’est entourée de quatre femmes de caractère, Elisabeth Bost, Audrey Pulvar, Roselyne Bachelot et Hapsatou Sy, pour animer un talk-show à l’heure du déjeuner (voir ci-contre). L’autre star de la chaîne, Cyril Hanouna, élargit la bande de “Touche pas à mon poste !” (précédemment sur France 4), pour une quotidienne en direct à 18 h 15, avec Gérard Louvin, Nicolas Rey, Philippe Vandel, Alexia Laroche-Joubert ou Jean-Luc Lemoine, et se voit confier une hebdo mais aussi la présentation de la “Nouvelle Star”, qui renaît sur D8 avec André Manoukian, Sinclair, Olivier Bas et… Maurane dans le jury.
 
Avec des allures de future “nouvelle petite chaîne qui monte”, D8 met en avant Guy Lagache (ex-M6 devenu directeur des programmes de Direct 8), qui animera deux magazines d’investigation et pilotera l’information, incarnée notamment par Daphné Roulier (venue de Canal). C’est encore un animateur estampillé M6, Alexandre Delperier (sur Direct 8 depuis 2008), qui anime “Amazing Race”, un jeu autour du monde qui a raflé plusieurs Emmy Awards aux Etats-Unis. Sont également annoncés : Philippe Labro avec “Langue de bois s’abstenir”, Thierry Ardisson, avec la rediffusion de “Tout le monde en a parlé”, et dans un second temps, Frédéric Mitterrand, à la tête d’une série documentaire. On parle d’une possible collaboration de la Première Dame, Valérie Trierweiler, qui a animé plusieurs émissions sur Direct 8.
 
Cette grille est censée fédérer 4 % de part d’audience d’ici à 2015, passant devant W9 et TMC, qui font les meilleures audiences des petites chaînes de la TNT. Mais elle fait déjà jaser. “D8 ressemble dans sa forme à une chaîne de la TNT avec des rediffusions, du recyclage. Par rapport à la promesse d’une chaîne qui voulait mettre en avant la création, l’innovation, la grille est décevante”, lançait il y a peu Frédéric de Vincelles, le patron de W9.
 
L’objectif affiché de Canal + en rachetant D8 et D17 est de “faire grossir le groupe pour générer plus de ressources pour financer une ligne éditoriale et des contenus d’exception. Nous ne sommes pas là pour déséquilibrer le modèle économique des autres chaînes”, insiste Rodolphe Belmer. En grignotant des parts de marché sur la TNT, Canal+ a cependant toutes les chances de devenir le troisième acteur publicitaire, derrière TF1 et M6, qui se partagent 60  % du gâteau. Pour éviter une déstabilisation brutale du secteur, l’Autorité de la concurrence et le Conseil supérieur de l’audiovisuel ont posé des garde-fous. Le CSA a assorti son feu vert, le 18 septembre dernier, de huit conditions. Exemple : pendant trois ans, D8 ne pourra diffuser des séries américaines achetées à l’une des 6 majors qu’un soir par semaine, mais elle pourra diffuser les séries produites par Canal+, telles “Braquo” ou “Pigalle, la nuit”, désormais visibles sur une chaîne en clair un an et demi après leur diffusion en crypté. Autre condition : Canal+ et D8 ne peuvent acquérir en commun plus de 20 films français inédits et un tiers de ceux-ci doivent être dotés d’un budget inférieur à 7 millions d’euros, soit des petits films qui font généralement peu d’audience.
 
 
Roselyne Bachelot chroniqueuse
 
“Notre liberté est totale ! Et c’est assez jouissif”, affirme tout sourire Laurence Ferrari, en charge d’un talk-show quotidien d’actualité sur D8, baptisé “Le Grand 8” (à 12 h 15). L’ex-présentatrice du “20 heures” de TF1, qui anima aussi le magazine politique “Dimanche+” sur Canal+, s’est entourée de quatre femmes. La présence de l’une d’entre elles pourrait sembler incongrue. Mais Roselyne Bachelot, qui occupa trois postes ministériels (à l’Ecologie, aux Solidarités et à la Santé et aux Sports), n’a jamais eu sa langue en poche sur les plateaux de télé. Du coup, lorsque Laurence Ferrari est venue la chercher pour “sa générosité, son énergie et son humour”, elle n’a pas hésité…
 
“Durant toute ma carrière politique, j’ai reçu des propositions alléchantes de différents groupes pour faire des émissions de télévision. Evidemment, je n’y ai pas donné suite. Ensuite, j’arrête la politique à un moment où je pense l’avoir bien mérité, après avoir, pendant 35 ans, mis ma vie personnelle et mes projets entre parenthèses. Alors que je me prépare à me consacrer à l’écriture de livres et à continuer dans les associations caritatives qui ont structuré mon engagement depuis longtemps, je reçois quatre propositions de chaînes différentes dans les quinze jours qui suivent !”, nous explique-t-elle.
 
 
Pourquoi avoir choisi D8 ? “D’abord parce que les autres propositions étaient strictement politiques, ce qui n’était pas terrible sur le plan déontologique. Ce n’aurait pas été très confortable de me retrouver face à mes collègues ministres ou aux gens que j’ai combattus pendant 30 ans. J’ai aussi choisi D8 parce que la proposition venait du groupe Canal+, qui a une liberté de ton qui me correspond. Ensuite, c’est un projet nouveau. Quand vous arrivez dans une chaîne de service public, on vous demande de vous formater, de vous couler dans le moule, ce qui n’est pas mon genre. Laurence me proposait de faire une émission avec des femmes très diverses dans leur parcours, pour faire quelque chose qui n’existe pas encore, avec un ton nouveau. J’ai trouvé que pour une vieille dame comme moi, c’était quand même un challenge assez excitant !”
 
Une retraitée qui entend bien s’exprimer comme elle l’entend sur l’actualité culturelle, politique, sociale, la nutrition ou la santé, tout en poursuivant hors antenne ses combats : “les malades atteints du Sida, les personnes en situation de handicap et l’égalité hommes-femmes.”
 
 
Ph.: Vincent Flouret

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