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29/09/2012

Tous les sens dans la ville rouge

La Libre, Momento, Escapade, Maroc, MarrakechLes clameurs, les odeurs, les saveurs, les couleurs : tout, dans Marrakech, est un appel au sensoriel. On s’y nourrit aussi d’histoire, on se rassasie d’impressions furtives ou intenses. Et quand on s’en éloigne, les horizons s’élargissent encore.

Déambulations: Marie Baudet


PREMIÈRE IMPRESSION après la majesté sobre de l’aéroport Ménara et le transfert en ville : l’odeur prenante des gaz d’échappement dans le vrombissement des mobylettes. Et, tout de suite après, celle de la fleur d’oranger – car les avenues sont bordées de ces arbres gracieux aux feuilles presque vernies, fleuris donc ou, selon la saison, chargés de fruits lourds.
 
 
A Marrakech, la circulation, intense sinon anarchique, semble s’autoréguler par une sorte de prodige. Feux de signalisation rarissimes, passages zébrés inexistants ou presque : piétons, attention ! On s’habitue vite cependant à ces trottoirs hauts, et à regarder partout à la fois pour tenter la traversée d’un large boulevard. Si la ville s’étend bien au-delà – et notamment vers la Palmeraie ponctuée d’hôtels de standing et de golfs rutilants –, elle est pour l’essentiel divisée en trois quartiers principaux dont le plus ancien, la Médina, conserve les traces de la ville fondée en 1062, sous la dynastie des Almoravides.
 
Ceinte de remparts ocre rose sur lesquels nichent des cigognes, la ville ancienne se révèle peu à peu. De l’imposante, la légendaire, l’immense place Jemaâ El Fna – avec ses charmeurs de serpents, ses montreurs de singes, ses diseuses de bonne aventure et ses tatoueuses au henné, avec ses échoppes de fruits secs et d’oranges pressées, le tout se muant au crépuscule en gigantesque restaurant à ciel ouvert – aux détours les plus secrets des ruelles où se blottissent d’insoupçonnés palais. En passant bien sûr par les quelque dix-huit souks de Marrakech, chacun avec sa spécialité : textile, bois, cuir, épices et herboristeries, dinanderie, céramique… L’artisanat y est encore, pour partie du moins, local et authentique (le quartier des tanneurs, par exemple, se visite avec, sous le nez, “le masque à gaz berbère”, un bouquet de menthe qui isole du fumet âcre du guano utilisé pour tanner les peaux). Les tentations pullulent ici, les apostrophes aussi, car les marchands n’hésitent pas à vous inviter à entrer dans leur boutique, pour “le plaisir des yeux” . C’est le moment d’apprendre à négocier – sport répandu, voire recommandé !
 
Les réfractaires au marchandage pourront se fournir en à peu près toutes les spécialités (de la babouche au panier brodé en passant par la théière) à l’Ensemble artisanal (avenue Mohamed V) qui regroupe des coopératives et pratique des prix fixes.
 
 
A deux pas de Jemaâ El Fna culmine la Koutoubia, dont le minaret (jumeau de celui de Séville) sert de point de repère d’à peu près partout dans la ville.
 
En veine de visites historiques et patrimoniales, on ne manquera pas les Tombeaux saadiens, l’un des rares vestiges de la dynastie saadienne (XVIsiècle), mausolée magnifique et émouvant, voisin de la mosquée de la Kasbah. Au nord des souks, la Medersa Ben Youssef, école coranique à l’architecture spectaculaire, aligne les cellules en multiples galeries autour d’un patio entièrement sculpté. L’extrême sobriété y côtoie le somptueux. Jardins, patios, chambres innombrables richement ornées, plafonds de bois peint, doré et marqueté : le Palais de la Bahia est un autre joyau arabo-andalou, dont on comprend sans peine qu’il soit si fréquenté.
 
Si la fin des visites coïncide avec le déclin du jour, on ralliera la place des Ferblantiers et empruntera les escaliers du Kosybar. Assez nettement destiné aux touristes et expatriés (très nombreux dans cette ville), il n’en propose pas moins une terrasse offrant un point de vue de rêve au coucher du soleil. Plus calme que bien d’autres. Pour un idéal apéro avant de repartir dans l’agitation.
 
La ville neuve, c’est, d’une part, Hivernage, quartier très vert comme son nom l’indique, où foisonnent les hôtels, mais aussi des ambassades, boutiques de luxe (les écarts de niveau de vie sont criants, du plus grand dénuement à son exact opposé) et autres nightclubs devant lesquels s’arrête parfois une limousine…
 
Et d’autre part Guéliz, variée, par endroits résidentielle, en d’autres, très commerciale, “la vraie ville”, en quelque sorte, moins immédiatement charmante que profondément attachante.
 
Marrakech est aussi le point de départ des voyageurs désireux de partir à l’assaut de l’Atlas – dont on aperçoit les sommets enneigés du cœur de la ville. Dans les vallées, ou à flanc de montagne, des villages isolés surgissent, vivant presque en autarcie. De Tighdouine, où jaillissent des sources d’eau plate et pétillante, partent des circuits de balade à dos de mulet, jusqu’à un village de potiers, et l’accueil – avec plantureux repas – dans une maison villageoise.
 
 
Sur les premières marches du Haut Atlas, un domaine propose du logement (du bivouac à l’ecolodge) et des activités nature ou sportives, dont la tyrolienne (http://terresdamanar.com).
 
On visite une coopérative de femmes transformant les noix de l’arganier en précieuse huile et ses diverses applications, culinaires et cosmétiques.
 
On déambule dans les allées du Jardin bio aromatique de l’Ourika (www.nectarome.com) à la découverte des essences aromatiques et médicinales. Les sens en éveil, toujours.
 
 
CARNET D'ADRESSES
 
Manger. Le tajine se décline sur toutes les tables, des plus modestes aux plus huppées. Moins répandue est la tangia marrakchia – plat typique des ouvriers du bâtiment, fait de viande longuement confite sous la braise, dans une jarre. A découvrir. Notamment Chez Lamine Hadj Mustapha, 18-26, Souk Ablouh : où on lunche avec les employés du quartier. Délicieux couscous le vendredi.
Parmi les pépites tapies dans les méandres de la Médina, notons le Ksar Essaoussan (rue des Ksour, 3 Derb El Messaoudyenne – +212(0)524.44.06.32) ou Dar Mima (9, Derb Zaouia El Kadiria, Riad Zitoune J’did – +212(0)524.38.52.52). A Guéliz, un restaurant contemporain, élégant, conjugue la tradition au présent : l’Ibzar (28, rue Moulay Ali – +212(0)524.42.04.02), chaudement recommandé.
Et, pourquoi pas, un atelier cuisine ? De la réalisation à la dégustation, instructif, ludique et pratique (www.faimdepices.com).
 
Se dorloter. Produit d’appel de nombreux hôtels et riads, le combo hammam & spa, héritage de la tradition, a diversement évolué (lire aussi en pages “Bien-Etre”). Du hammam familial jouxtant la mosquée à l’infrastructure de luxe, toutes les formules coexistent et foisonnent à Marrakech. Testé et approuvé : le Bain Bleu (32, Derb Chorfa Lakbir, Medina – +212(0)524.42.69.99). Au Hammam Dar El Bacha (20, rue Fatima Zohra, proche de Jemaâ El Fna, hommes le matin, femmes l’après-midi), touristes rares et gommage musclé. La voie médiane : le petit salon de coiffure et d’esthétique de quartier : St-Tropez (rue de la Liberté – Immeuble My Youssef, Appt n°3, Guéliz – 0524.43.06.29). Sans oublier le plan copines chez Bollynails (4, rue Badr, Guéliz – 0524.44.95.99), murs fuchsia, écrans où passent des extraits de comédies musicales bollywoodiennes, d’où l’on sortira les mains douces et les ongles laqués de grenat ou de lavande.
 

La Libre, Momento, Escapade, Maroc, Marrakech

 
Ph.: ONMT

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