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06/10/2012

Des hommes de doutes

La Libre, Momento, Derrière l'écran, série, ainsi soient-ilsQu’est-ce qui pousse un jeune aujourd’hui à devenir prêtre ? S’engageant sur un chemin pavé d’aspirations profondes et de doutes, la série “Ainsi soient-ils” frappe un grand coup et plonge au cœur des tourments humains. Un pari osé, joliment relevé, malgré quelques faiblesses. Arte, jeudi, 20 h 50.

Karin Tshidimba


LE BUZZ DE LA RENTRÉE SÉRIES, c’est Arte. En France, s’entend. Mais, déjà, pour la petite chaîne culturelle, c’est un grand pas. Elle est en effet parvenue à battre Canal à son propre jeu : celui de la campagne de pub gentiment provoc. Avec ses affiches refusées par la RATP, Ainsi soient-ils** s’est en tout cas déjà assuré une certaine notoriété. Ajoutez à cela le prix de “meilleure série française 2012”, attribué par un jury international lors du Festival Séries Mania en avril dernier, et vous serez forcés de reconnaître que, pour une série traitant du destin de cinq futurs prêtres, c’est un joli coup.
 
 
Par ces temps de susceptibilité exacerbée à l’endroit des religions et de scandales à répétition, le thème est en effet éminemment risqué. Pourtant, il n’a pas fait reculer une bande de trentenaires ambitieux emmenés par Bruno Nahon. Le résultat est à découvrir dès ce jeudi à 20 h 50 sur Arte et ne s’adresse ni aux “grenouilles de bénitier” ni aux “bouffeurs de curé”. A quelques clichés près (le Cardinal et ses ors), “Ainsi soient-ils” est en effet une série équilibrée et pas du tout austère. Ni parfum de scandale, ni odeur de soufre façon “Borgia”. On ne le dira jamais assez : les campagnes de pub sont souvent mensongères…
 
Enfin, pas totalement. La troisième affiche, qui présente un prêtre aux mains tatouées, est une référence explicite au personnage de José (Samuel Jouy), récemment sorti de prison, cinquième et ultime candidat de cette rentrée chez les Capucins. L’un des personnages les plus intéressants proposés par la série.
 
Figure archétypale – à l’instar des quatre autres –, il est celui dont l’engagement est le plus interpellant. A ses côtés, on retrouve des candidats plus “classiques” : Yann, petit “Pinson” venu de sa Bretagne natale; Raphaël, riche héritier qui fuit les requins de la finance; Emmanuel, brillant étudiant en archéologie venu soigner (?) sa dépression au Séminaire; et enfin Guillaume, un gars plutôt solide, naviguant à vue entre une mère irresponsable et une sœur adolescente.
 
 
“Tant qu’à choisir un métier impossible, autant être intimement persuadé que c’est cette vie-là qui vous fera grandir et qu’il n’en est pas de meilleur pour vous épanouir”, les prévient d’emblée le père Fromenger (Jean-Luc Bideau). C’est ce “choix radical” qui est traité au fil des huit épisodes : tiendra-t-il le choc de la confrontation avec le monde ? “Est-ce que nous allons disparaître ?”, s’interroge-t-il encore, alors que chaque rentrée amène de moins en moins de séminaristes dans ce lieu de calme et de paix situé en plein cœur de Paris. “Pas un seul n’a la source, l’énergie, l’élan qui nous frappe au cœur et au ventre”, regrette-t-il de prime abord, espérant être détrompé au fil des semaines.
 
C’est sur ce plan qu’“Ainsi soient-ils” réussit le mieux son pari : en mettant en avant une belle humanité sans oublier la réalité rugueuse contre laquelle elle vient se cogner. Guerre des ego, orgueil et préjugés, intrigues à Rome et inquiétudes à Paris, engagement quotidien face aux sans-abri, etc. La série s’attache à décrire leur quotidien mais aussi ce qui peut se cacher derrière certains choix. Neuf hommes (jeunes et vieux) face à l’ambition, au pouvoir, au désir, à la maladie, à l’argent, à la tentation, mais aussi aux belles paroles et aux pieux sermons. Confrontés au désintérêt de leurs contemporains, à la vie en vase clos, comment réagiront-ils ? On le voit, beaucoup de thèmes sont abordés, mais pas toujours avec la profondeur souhaitée.
 
On n’évite pas tous les effets de manche (ou de soutane) ni même certains clichés, mais reste un univers relativement inexploré qui, forcément, intrigue. Et une série qui prend son temps, avec des vrais extraits d’Ecritures saintes dedans – c’est suffisamment culotté pour être souligné.
 
 
Un bémol, cependant : à part Jean-Luc Bideau, qui incarne le père Fromenger avec beaucoup de grâce et de profondeur, et Julien Bouanich, qui campe le jeune Yann, on regrettera que la question du “pourquoi ils sont là” soit trop peu abordée. On aurait aimé que le passé des séminaristes soit davantage creusé et qu’au lieu d’entendre parler de l’appel auxquels ils ont répondu, on puisse voir ce qui les a amenés là.
 
Mais ces questions seront peut-être abordées dans la deuxième saison, déjà en cours d’écriture.


Ph.: François Rousseau/Zadig Productions

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