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20/10/2012

Avec les montagnards d’Ethiopie

La Libre, Momento, Escapade, Ethiopie, Tigray, randonnéeDu tourisme pour le développement, c’est possible depuis Adigrat. Les paysans montagnards reçoivent la moitié des revenus générés.

Découverte: Marie-France Cros


C’EST UN PAYS QUE L’ON N’OUBLIE PAS. Au nord de l’Ethiopie, en fin de saison des pluies (septembre), le Tigray offre au regard ses paysages grandioses de montagnes chevauchées par des nuages noirs, entre lesquels le soleil couchant glisse des faisceaux jaunes. Ses vallées au tapis de damiers irréguliers verts et bruns – les champs que des paysans cultivent à la houe ou à l’araire tiré par des bœufs. Ses groupes d’enfants portant, sur leurs mains croisées, un vieillard emmitouflé qui ne dispose pas d’autre moyen pour se rendre à l’hôpital à partir de sentiers de chèvre. Ses fillettes qui gardent un petit troupeau de vaches en se tressant mutuellement les cheveux. Ses bergers marchant à grands pas, un bâton en travers des épaules sur une toge de coton blanc qui achève de leur dessiner une silhouette biblique. Ses “table mountains” devant lesquelles les Sud-Africains, qui n’en ont qu’une, pâliraient d’envie. Ses falaises vertigineuses, propres à rivaliser avec les montagnes du Colorado – et pourtant moins inexpugnables que ce que le spectateur, écrasé par tant de grandeur, imagine.
 
 
Car on y grimpe, dans ces montagnes. A partir d’Adigrat, un projet de développement basé sur le tourisme, avec la collaboration d’une ONG espagnole, Manos Unidas, a ainsi permis à des communautés de montagnards d’avoir accès à de l’argent et d’épargner en vue de projets communs.
 
Plusieurs circuits sont proposés; ils peuvent être combinés en une semaine de randonnée, durant laquelle un petit groupe de touristes, sous la conduite de guides, passe d’un “lodge” à l’autre. Nous avons testé une de ces randonnées à Chembreti.
 
La marche commence en plaine d’altitude, avant d’attaquer la montagne. Sur sa route, le randonneur a l’occasion de voir un sanctuaire dédié à la Vierge – nous sommes en pays orthodoxe, christianisé avant l’Europe – autour d’une trace dans le roc en forme de pied – celui de la mère de Jésus, dit la tradition locale. Plus loin, on peut visiter une de ces églises taillées dans la roche, qui font la célébrité de l’Ethiopie. Celle-ci, creusée dans le grès rouge d’Adigrat, date du IVe siècle après J.-C. et est attribuée aux rois Abtaha et Atsbeha. Alors que les randonneurs poursuivent leur ascension, ils peuvent admirer, sur la falaise, la fuite éperdue de babouins. Plus loin, une grotte à deux issues offre aux marcheurs une vue spectaculaire sur la vallée à pic en contrebas.
 
Nous arrivons sur le haut plateau, où le “lodge” nous accueillera pour la nuit. A dire vrai, il ressemble plus à un refuge des Pyrénées qu’aux luxueux hôtels de brousse du Kenya ou de Tanzanie, qui portent le même nom. Le confort y est sommaire : les matelas sont posés sur des banquettes de ciment; on s’éclaire à la bougie; il n’y a pas de salle de bains, et l’on ne pourra se débarbouiller, au matin, qu’à la bassine d’eau froide amenée par les paysans – mais les latrines ont une fenêtre ouverte sur la plus belle vue du monde !
 
Les paysans de la communauté se relaient pour entretenir les lieux, préparer et servir un repas (soupe de lentilles épicée; injera aux fayots ou, avec un supplément de 36 euros pour tout le groupe, au mouton, l’animal étant tué à votre arrivée au sommet) et des boissons. Et, si l’atmosphère s’y prête, ils entretiendront leurs hôtes de chants et danses locales; le spectacle tourne rapidement à la fête et tout le monde danse.
 
 
La Libre, Momento, Escapade, Ethiopie, Tigray, randonnéeInformations pratiques
 
On arrive à Adigrat par deux heures de bonne route, venant de Mekkele, capitale de l’Etat régional du Tigray, reliée à Addis Abeba par des liaisons aériennes régulières. Le ticket Bruxelles – Addis Abeba – Mekelle, par Ethiopian Airlines, et retour, revient à un peu plus de 1 000 euros.
La randonnée n’exige pas d’être alpiniste, mais d’être bon marcheur et d’avoir une petite expérience de la montagne, les sentiers de chèvre qu’empruntent les montagnards – en particulier la descente – n’étant pas à la portée de n’importe quel habitant du plat pays ! Les villageois qui servent de guides locaux sont cependant extrêmement gentils avec les touristes et font tout ce qu’ils peuvent pour leur faciliter les passages difficiles.
En raison de l’altitude et du confort rudimentaire, il est conseillé d’emmener un bon pull et une écharpe, voire un coupe-vent pour le soir, une lampe de poche, des lingettes.
La randonnée coûte 800 birrs (environ 32 euros)/personne et par 24h, repas, boissons et guides compris. Supplément de 36 euros pour le groupe, si on veut du mouton au repas du soir.
Renseignements et réservation : www.tesfatours.com et info@tesfatours.com. Et un peu de patience : la réponse peut tarder 2 jours.
 
 
Ph.: Manu Van Lier

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